LES CROIX OU X DE FER
§ I. L'X DE FER DE NAN-KIN INTRA MUROS. Découverte. — Description. — Le fei-lai tsien.
Avant de poursuivre nos recherches, en territoire chinois, sur la croix — talisman, symbole ou pur ornement — qu'on veuille bien me permettre d'ouvrir ce chapitre par un assez long préambule, servant d'introduction à tout un nouvel ordre d'investigations. Sans révéler par avance le sommaire des pages qui vont suivre, je confierai au lecteur que cette dernière partie est surtout motivée par un article des Missions Catholiques, imprimé en 1886, sous le titre: «La croix honorée dans une pagode.»
Je rentrais un soir d'une excursion dans la ville de Nankin, quand au nord de la grande pagode régionale de Confucius, dans un terrain vague et encombré de pauvres tombes d'indigents et de suppliciés, au bas d'une éminence appelée Yé-chan Jjg j[|, mon attention fut soudain éveillée par un singulier instrument de f(»n!e do fer, sur lequel deux jeunes gens se trouvaient assis. Sa forme insolite piqua ma curiosité. Je le dessinai et mesurai exactement, notant par provision les moindres détails et interrogeant le petit groupe de spectateurs qui ne tarda pas à se former. «C'est le fin-lai f-sien», me répondit-on Sans comprendre, j'inscrivis, du mieux que je pus, la romanisation figurée des trois monosyllabes chinois que j'entendais. Puis je repris mes questions : «A quoi cela sert-il? D'où vient ce morceau de fer? Y a-t-il longtemps que cet instrument git là? A quel usage a-t-il jamais été employé?... » Je reçus des réponses qui peuvent se résumer ainsi : «Nous n'en savons rien; mais il est sûr que cet instrument est venu du ciel en volant, il y a longtemps, sans que personne ne le vît.» Je protestai à mes interlocuteurs que leurs dires me laissaient incrédule. Ils finirent par se ranger, en riant, par politesse peut-être, à ma manière de voir, quand je leur assurai que cet instrument avait été fondu jadis, à Nankin même, par leurs propres ancêtres, à une époque inconnue, pour un usage dont on avait perdu le souvenir. Je savais qu'il y avait eu là une fonderie autrefois. Il fut plus difïicile de satisfaire les plus curieux des spectateurs qui me demandèrent dans quel but je dessinais leur fei-lai tsien, auquel je semblais prendre tant d'intérêt.