‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 223 sur 231 · V. LES CROIX OU X DE FER · texte numérisé non relu

V. LES CROIX OU X DE FER

déférence possible pour les vues de nos contradicteurs, que ces trois instruments en X n*ont aucun rapport avec le Christianisme des anciens Cliinois. Ils sont donc actuellement de ressource bien chétive pour Tapologétique chrétienne ! Tout au plus pourrait-on s'aventurer à présenter le culte rendu à celui du Kiang-si comme une trace douteuse, une preuve hypothétique, un vestige un peu fruste, de la vénération dont la croix fut certainement Pobjet en plusieurs Provinces de la vieille Chine. Mais il me semble qu'on ne saurait aller plus loin, être plus afïirmatif et quitter le terrain des conjectures, sans encourir le juste reproche de témérité, sans violenter, non plus, les documents existants pour leur faire dire plus qu'ils ne comportent. La thèse opposée serait certes plus consolante : après mûr examen, nous doutons qu'elle s'accorde avec la stricte impartialité, avec la sincérité non prévenue du critique bien informé.

Nous ne prétendons pas qne la question soit vidée, ni même qu'elle manque désormais d'intérêt ; nous croyons seulement que cet intérêt se déplace, s'élargit même : car enfîn un champ plus vaste d'investigation s'ouvre aux recherches des archéologues, vu le caractère négatif, mal assuré et provisoire, de nos conclusions.

Que sont ces fei^lai tsien ? Comment déterminer la fonction originelle de ces engins mystérieux? Dans quel but, utilitaire ou superstitieux, ont-ils été fondus? De quelle époque datent-ils? A quoi, de fait, ont-ils jamais servi? Comment se trouvent-ils là, dans la campagne, parmi les ruines d'une pagode, dans l'enceinte d'un temple? En existe-t-il quelques autres? Les documents écrits en parlent-ils davantage? A-ton déjà formé quelque hypothèse valable, satisfaisante, à leur endroit? Trouvera-t-on jamais le mot de cette énigme?

Certains indices nous inclinent à croire que le Hou-pé et le Hou-nan, peut-être même le Ho-nan, en conservent quelques autres spécimens, sur lesquels l'attention n'a pas encore été éveillée. Naguère, à Nankin, des soldats du Hou-nan, en présence même du fei~lai tsien de la ville, affirmaient qu'ils en possédaient de semblables chez eux. J'ai même entendu un petit mandarin indiquer, comme se trouvant dans ce cas, la ville de Yo-tcheou fou >§ ^ H^, à l'entrée du lac Tong-t'ing {|^ >9g ilH et presque sur la rive droite du Yang-tse kiang.

En outre, bien que mentionnant le Ho-nan, au lieu du Hounan, le texte du P. Boym est formel : «Ad Chiang fluvium in provincia Ho-nan, eodem tempore quo hoc monumentum (Si-ngan fou), ingens crux ferrea reperta fuit. » H ajoute en manchette : «Crux ferrea ingens in Ho-nan inventa.» (1). H est difficile de

(1) Pour soumettre au lecteur toutes les pièces du débat, nous n'hésitons pas à transcrire en entier, au risque de double emploi, ces quelques lignes du P. Michel Boym : « Plura alla Catholic» fidei pnedicat» Sinis Testigia reperta sunt. Similes imagines S. Cru-

croire qu'il faille recourir ici à une faute d'orthographe ou d'impression et qu'il s'agisse du Kiang-si et d'un autre cours d'eau que le Kiang. Pourtant il y a eu certainement confusion.

Nous espérons que des informations complémentaires permettront d'élucider les questions multiples qui se posent à propos de ces X. Des voyageurs, ou des missionnaires, mieux au fait des usages et coutumes des Chinois, plus instruits des pratiques de leur industrie, disposant de relations ou de connaissances personnelles plus étendues, seront peut-être bientôt en mesure de trancher nos doutes et de répondre à plusieurs de nos interrogations.

Les textes chinois traduits plus haut semblent s'accordera dire que ces instruments servaient «à amarrer, à attacher, h fixer», et tout cela «dans l'eau ou au bord de l'eau.» On le voit, nous écartons l'hypothèse d'une armature intérieure dans une pagode de fer, et celle, suggérée aussi, d'une plate-forme pour une pièce d'artillerie de siège.

Admettons que les fei-lai If^ien servaient à amarrer: cela peut passer, selon certains critiques, pour un résultat provisoirement acquis. Reste à expliquer le comment de ro|)ération ; car cet instrument ne sert plus, que je sache, à cet usage dans la Chine actuelle. Là encore les points d'interrogation s'accumulent sans réponse.

Noyé dans la culée de maçonnerie d'un pont suspendu, cet engin de fer retenait-il les chaînes h raidir pour en supporter le tablier? «Plongé dans le fleuve», comme s'exprime un des textes cités, fixait-il quelqu'un de ces apparaux ou «corps-morts» auquel s*alTourchaient les jonques de guerre, les chevalets flottants de la douane, les estacades de charpente mobiles, les barrages en bois, ou simplement quelque bouée ou signe de balisage? Etait-il employé, sur la rive et dans le fleuve, pour fournir un point d'attache aux radeaux de flottage, aux trains de bois en dérive, aux bacs et trailles pour passagers? Etait-ce une pièce utilisée dans les chantiers mandarinaux pour supporter ou retenir les jonques marchandes et militaires en construction? N'était-ce qu'une simple enclume de forge? Faisait-il partie du matériel d'une vanne, d'une écluse, d'un de ces plans inclinés, tcha^ (1), où l'on transborde encore les bateaux de bief en bief, dans mainte province? Portait-il la crapaudine ou assurait-il le gond d'un des vantaux de l'écluse? Provient-il d'une des rainures où l'on engage les madriers qui s'y opposent à la poussée de l'eau? Etait-ce le membre important d'un

cis in Frovincia Fôkien anno Christi IC30. In Kiam-sy Provincia lumine etiam miraculoso ciiiicaiitc a gcntibuH conspecto, anno Christi 1G35. £t item in Fô-kien ,montibiis et civitate Cijuen-lr.hcn, anno Christi 1G43, cruccs inventœ fuenint. » Cité par Kircher dans sa China flfui-tvita, p. î). — Plusieurs passages de cet extrait semblent consignés pour intriguer le« cherc*h«nr.«.

(1) Cf. Variétés sin. n*" 4. Le Canal Imjtérialy passira.

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