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L'île tibérine dans l'antiquité

Lu connaissance du sol etdes nmonuments deTancienne Rome a fait de remarquables progrès pendant les dernières années du xix*' siècle. Les travaux d'édilité entrepris depuis 1870 pour transformer la cité des Papes en capitale d'un grand Etat ont servi les intérêts de l'archéologie. Les découvertes se sont multipliées; la pioche des démolisseurs et des terrassiers a ramené à la lumière de nombreux vestiges antiques. Les revues romaines, Notizie degli Scavi^ Bulleltlno Comunale^ Mittlieihmgen de l'Institut allemand, enregistrent ces trouvailles à mesure même qu'elles se font. Maints problèmes ardus et controversés ont donné matière à des articles spéciaux, à des discussions approfondies. Les résultats généraux de toutes ces recherches ont été exposés en des ouvrages dont l'éloge n'est plus à faire : descriptions des ruines, comme celles qu'ont publiées M. Middletonet M. R. Lanciani — traités dogmatiques et critiques, comme la Topographie de H. Jordan et la Geschichte und Topographie de M. 0. Gilbert — simples manuels précisant l'état actuel des questions, comme ceux de M. 0. Richter et de M. Borsari — répertoires de textes et de faits, comme le Nomenclator de M. lluelsen et le Lexique de M. Homo. L'Italie et l'Allemagne, l'Angleterre et la France ont collaboré à cette vaste enquête. Jamais encore la topographie romaine

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n'avait été étudiée avec autant de zèle ni de méthode ; jamais on n'avait pu se rendre compte si exactement de ce qu'était la ville de Rome dans l'antiquité, aux diverses phases de son développement.

11 nous a paru intéressant de profiter de toutes les ressources que mettait à notre disposition cette renaissance des études topographiques pour consacrer à un quartier de la cité romaine une étude particulière. Nous nous sommes proposé d'écrire une monographie de l'île tibérine. Sans doute l'île tibérine est loin d'avoir eu jamais la même importance que telle autre région plus célèbre de Rome, comme le Palatin par exemple, le Forum ^ ou le Capitole. EUea joué cependant au temps du paganisme, en raison de sa position même, tout exceptionnelle, un rôle à part, qui méritait d'être indiqué. Il serait nécessaire, à vrai dire, de faire pour chacun des quartiers de la ville ancienne une pareille étude, historique et topographique tout ensemble ; à ce prix seulement pourra paraître un jour une nouvelle et définitive Topographie de Rome.

C'est à M. René Gagnât que nous devons l'idée première de ce travail ; elle nous fut suggérée par son enseignement du Collège de France, qui a porté pendant plusieurs années sur la topographie romaine. Nous tenons à lui dire ici toute notre gratitude pour l'intérêt qu'il n'a cessé de témoigner à des recherches commencées et poursuivies sous ses auspices. — A Rome même, M^' Duchesne, directeur de FÉcole française, ne nous a ménagé ni les encouragements ni les conseils ; qu'il reçoive également nos très vifs remerciements. M. Rodolphe Lanciani, professeur de topographie à l'Université, a bien voulu nous donner de précieuses indications ; nous lui

1. 11 convient de rappeler à ce propos le livre récent du R. P. Thédenat, le Forum romain et les Forums impériaux, Paris, 1898.

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sommes très obligé de sa courtoise libéralité. — Pendant que nous rassemblions les matériaux de cet ouvrage, M. René Patouillard, architecte pensionnaire de l'Académie de France à Rome, préparait une Restauratioti de Vile tibéy^ne^ qu'il a présentée à l'Institut et qui sera exposée à un prochain Salon. L'architecte et l'archéologue n'ont pas hésité à associer leurs efforts. L'illustration de notre volume en a bénéficié. M. René Patouillard nous a autorisé à nous servir d'un certain nombre de clichés photographiques et de calques qu'il avait pris lui-même. Nous gardons de son amical concours un excellent et reconnaissant souvenir.

Il s'en est fallu de peu, l'année dernière, que l'île tibérine, déjà fort enlaidie et abîmée par les récents travaux d'édilité, ne fût entièrement détruite. Nous aurions eu en même temps à raconter l'histoire légendaire de sa naissance et à mentionner sa disparition. A la suite d'une crue exceptionnelle du Tibre, en l'été 1901, le mur du quai du Lungoterere Anguillara, qui borde et contient le cours du fleuve à la hauteur de l'île sur la rive droite, s'écroula. Une commission d'ingénieurs, aussitôt instituée, voulut rendre l'île tibérine responsable du désastre : elle rétrécit, disait-on, le litduTibreet faitobstacleàl'écoulement normal des eaux ; le bras gauche est ensablé ; le courant se trouve rejeté tout entier sur la droite et ronge les quais sans trêve ; il serait nécessaire de supprimer l'île pour donner enfin au fleuve un chenal suffisant... Cette motion subversive rencontra heureusement une vive opposition. Le ministre des Travaux publics, M. Giusso, déclara à la Chambre des députés, le 24 juin 1901, que « des raisons historiques et de dignité nationale exigeaient le maintien de l'île tibérine)); le journal la Trlbuna proclamait le 6 juillet que sa démolition serait un

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