SUR LE PREMIER CHANT DE L'ILIADE
Page 4.— 1. IbiXiatéSeto ; prononcez la terminaison èw, en une seule syllabe.- Achille, fils de Pélée et de Thétis, et petit-fils d'Éaque, ré-gnait sur la Phthiotide, contrée méridionale de la Thessalie, dont Phthie et Larisse étaient les villes principales. Voy. les notes sur les vers 180 et 495.
— 2. 'AXatetç. Une armée d'Achéens, partie de ia Thessalie, d'où ce peuple était originaire, avait aidé Pélops à s'établir dans l'Argolide, et s'y était établie avec lui. Cette émigration fut suivie de plusieurs autres, et à l'époque de la guerre de Troie, les Achéens formaient la race dominante dans l'Argolide et dans la Laconie, et c'était sur eux que s'appuyait la puissance des Pélopides, dont Agamemnon était te chef. On conçoit dès lors pourquoi Homère se sert le plus souvent des mots :A.XIX'OL et 'Axatç yairi, pour désigner les Grecs et la Grèce en gé-néral ; c'est queles Achéens étaient le peuple le plus puissant, et l'A-chaïe (l'Argolide et la Laconie portaient alors ce nom) la contrée la plus importante de la Grèce. Ce fut seulement 80 ans après la guerre de Troie, que les Achéens furent, avec les Pélopides, chassés de cette contrée par les Doriens et les Héraclides. ils se retirèrent alors dans la partie septentrionale du Péloponèse, à laquelle leur nom resta dans la suite.
-3. npoicÍmEw, pousser en avant, précipiter, et non précipiter avant le temps. Virgile a dit dans le même sens (Æn. IX, 527) : Quem quisque virum demisèrit Orco.
— 4. 'ArpEiS-rç;, Atride, nom patronymique d'Agamemnon et de Ménélas, fils de Plisthènes et petit-fils d'Atrée. Agamemnon avait sous ses ordres immédiats, au siège de Troie, les troupes de Mycènes, sa capitale, de Corinthe, de Cléones, d'Aréthyrée, de Sicyone, de Pellène, d'Egium, d'Hélicé, de toute l'jEgialée, et de sept villes situées dans les envii ons de Pylos. Argos, Tirynthe, Trézène, Ëpidaure, Her-mione, Asiné et Ægine, obéissaient à Diomède, Sthélénus et Mécistée. Agamemnon n'était donc ni roi d'Argos, ni roi de l'Argolide; il n'é--
NOTES SUR LE Ier CHANT DE L'ILIADE. 75 tait que le chef le plus puissant de cette contrée. Ménélas régnait à Sparte, et il avait sous ses ordres les troupes de toute la Laconie.
— 5. Xpûffriç. Chrysès était prêtre d'Apollon à Chryse, petite ville située au fond du golfe d'Adramytte, à l'embouchure du Cilleus, et non loin de Thèbe, dont elle était en quelque sorte le port (Voyez SLrabpn, XIII, 1, tome III, p. 130 de l'éd. Tauchn.). il ne faut pas confondre cette ville avec une île voisine de Lemnos, où Philoctète fut piqué par une vipère, en cherchant l'autel de la déesse Chrysa. Voy. Hermann, Préface de la T éd. du Philoctète, p. xx et suiv.
Page 6.— 1. :àvà cnt'Í¡'lt'tpl¡), avec le sceptre, ou bien au bout du sceptre.
— 2. AVaOtL, aixp-aeat, infinitifs employés dans le sens de l'impéra-tif; tournure fréquente chez Homère.
— 3. 'Ev "ApYEt, en Argolide, et non à Argos. Nous avons vu que cette ville appartenait à Diomède ; c'était à Mycènes que régnait Aga-memnon. Le nom d'Argos est souvent mis chez Homère, pour l'Ar-golide. Il ne faut pas croire cependant que Racine l'ait pris dans ce sens, lorsqu'il a dit, dans l'Iphigénie, act. I, se. 1 :
J'écrivis en Argos, pour hâter son voyage.
On-disait de même au dix-septième siècle, en Alger, en Aulis , pour à Alger, à Aulis, etc.
Page 8.— 1. 'ApyupÔToÊe. André Chénier a imité ainsi ces vers :
Dieu, dont l'arc est d'argent, dieu de Claros, écoute,
0 Sminthée-Apollon
— 2. 'A[i®i6 £ éttixa;, parfait employé dans le sens du présent.
— 3. KîXXav. Cilla, petite ville voisine de Thèbe et de Chryse, et où s'était un temple d'Apollon-Cilléen. Voy. Strab. XII, 1 ; t. III, p. 129, éd. Tauchn.
— 4. Tevéôoio. Ténédos, petite île située en face du rivage troyen. — 5. I(itv0Eû, Sminthée. Apollon était adoré sous ce nom à Téné-dos, et sur toutes les côtes de la Troade et du golfe d'Adramytte. C'était à Apollon-Sminthée qu'était consacré le temple desservi par Chrysès (Voy. Strab. XIII, 1; tom. III, p. 130). Il y avait dans la Troade une ville de Sminthe (Stéph. Byz. s. v. Ipvflri); mais les Grecs donnaient à ce surnom d'Apollon une autre étymologie : EFLiv. Otot, ditStrabon, signifie rats; les descendants de Teucer, en quit-tant la Crète pour aller s'établir sur le continent, avaient reçu de l'oracle l'ordre de s'arrêter où les habitants viendraient les recevoir. 76 NOTES SUR LE 1er CHANT DE L'ILIADE.
Une nuit les rats vinrent leur rendre visite et ronger leurs ceinturons et leurs boucliers de cuir. Us virent dans cet événement l'accomplis-sement de l'oracle, et, se fixant dans ce lieu, ils élevèrent un tem-ple à Sminthée, nom qu'ils donnèrent au dieu qui avaient si bien guidé leurs pas.
- 6. 'Em-ipe^a, de ipécpw, couronner de guirlandes ou bâtir. - 7. Myjpia. Voyez la description d'un sacrifice, v. 447 et suiv. — 8. Tureiav Aavaoî. C'est par allusion à ce vers qu'Horace a dit:
Quidquid delirant reges plectuntur Achifi.
Epist. I, 2, 14.
Voltaire a exprimé la même idée en parlant des favoris de Henri III :
Et le peuple lasse, poussant de vains soupirs,
Gémissait de leur luxe et payait leurs plaisirs.
Henriade, ch. III.
- 9. Meta 8' tav êïjxev. Les anciens attribuaient à Apollon et à Diane, les morts subites, les maladies, la peste. C'est par suite de cette croyance qu'Horace a dit, Od. II, 10, 19:
Neque semper arcum
Tendit Apollo.
Page 12.- 1. avait servi de guide. C'était un office im-portant dans ces temps de profonde ignorance ; car il arrivait souvent que, faute de guide suffisamment instruit, les hordes demi-sauvages allaient ravager tout autre pays que celui qu'elles avaient en vue. Ainsi l'armée grecque avait d'abord débarqué en Mysie, prenant ce pays pour la Troade, et les dévastations avaient déjà commencé, quand les envahisseurs s'aperçurent de leur erreur. On revint alors à Aulis ; Agamemnon alla lui-même chercher Calchas à M&are, et ce fut au printemps suivant, que ce devin guida la flotte des Grecs. Page 14.— 1. Kijpocc;, d'autres lisent XEi'pac;, des mains. — 2. 'EXtxwmoa, aux yeux noirs, ou aux yeux vifs (êliaau, rou-ler, agiter, wJ/, œil).
-3. EvpvxpEÍwv. Hor. Od. Ill, 17,9 : Late tyrannus; Virg. tân. 1, -- 25 : Hine populum late regem. venturum.
— 4. AafMtexotovxt èixttiv. « Le réu de la colère, dit Rollin (Traité des études, de la lecture d'Homère, ch. 1, art. 2), étincelle dans les vers d'Homère, aussi bien que dans les yeux d'Agamemnon dont il décrit l'emportement. » Horace a imité le vers 103 :
Fervens difficili bile tumet jecur. Od. I, 13, 4.
NOTES SUR LE 1er CHANT DE L'ILIADE. 77 Et Virgile (Æn. XII, 101) le vers 104 :
Totoque ardentis al) ore
Sciotillœ absistunt : oculis micat acribus ignis.
Page 16.— 1. KovipiStriç, jeune mariée, vierge, peut-être légitime. Voy. Dugas-Montbel, Observations sur l'Iliade, tom. I, p. 113.
Page 20.— 1. 'Epvaaop.e'i Etç aXa. Hor. Od. 1, 4, 2 :
Trahuntque siccas machinx cannas.
— 2. 'AvaiSeiïjv Èutetfxsve. Boileau, Discours au roi, v. 99:
En vaio d'un lâche orgueil leur esprit revêLu. Gilbert a dit avec beaucoup plus d'énergie : Cuirassé d'impudence. - - 3. "Oo6ç, chemin, trajet, quelquefois embuscade.
- 4. OO yàp eycb Tpwwv. Racine a imité ainsi ce passage, dans son Iphigénie, act. IV, se. 6 :
Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours?..
Jamais vaisseaux partis des rives du Scamandrc
Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre?
Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur
Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur ?
Qu'ai-je à me plaindre ? où sont les pertes que j'ai faites ?
Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes.
Page 22. — 1. ©à/.affaà ts ^-/Tisacra. Virg. Æn. III, 383 :
Louga procul longis via dividit iuvia terris. (hid. Trist. IV, 7, 21 :
IUllumeri montes inter me teque, viæque,
Fiuminaque, et campi, nec freta pauca jacent. - 2. <I>0tïivÔ £ Phthie, capitale de la Phthiotide, province de la Thessalie, où régnait Pélée, et où Achille était né.
Page 24.— l. <t> £ ÙY £ (iàXa. Racine, Iphigénie, act. IV, se. 6 :
Fuyez donc; retournez dans votre Thessalie.
Moi-même je vous rends le serment qui vous lie.
Assez d'autres viendront, à mes ordres soumis,
Se couvrir des lauriers qui vous furent promis.
- 2. Mvp^ioôvEcrffi. Les Mijrmidons, habitants de la Phthiotide, qui avaient suivi Achille à la guerre de Troie, appartenaient, ainsi que 78 NOTES SUR LE IE" CHANT DE L'ILIADE.
les Achéens de l'Argolide et de la Laconie, à la race pélasgique, alors dominante en Grèce; et c'est sans doute pour cela, dit Clavier (Hist. des temps primitifs de la Grèce, t. l, p. 168), qu'Achille était, après Agamebinon, le principal personnage de l'armée.
- 3. Briséïs ou Hippodamie, fille de Brisés, prêtre de Jupiter, était tombée en partage à Achille après la prise de Lyrnesse, sa patrie.
Page 26.— 1. AtâvSixa [t £ p(j.ripi^ev. Virgile (Æn. IV, 285) exprime ainsi la m~me idée :
Atque animum nunc hue celcrem, nunc dividit illuc,
In partesque rapit varias, perque ornnia versât.
- 2. m, à lui, Achille, ou à elle, Minerve.
Page 32.- 1. rXvxtcuv peev aùô'/j. « Riea n'est plus coulant ni plus harmonieux, dit Rollin (Traité des études, de la lecture d'Homère, ch. I, art. 11), que l'endroit où Homère décrit la douce et insinuante éloquence de Nestor.), Fénelon a ainsi imité ce passage, à la fin du dixième livre du Télémaque : « La douce persuasion coulait de ses « lèvres comme un ruisseau de miel : sa voix seule se faisait entendre « à tous les héros ; tous se taisaient dès qu'il ouvrait la bouche. » Ci-céron avait dit aussi : Ex ejus lingua melle dulcior fluebat oratio. De Senect. 10,31.
— 2. Teveal àvoptàntov , des générations d'hommes, c'est-à-dire, non des siècles, comme quelques auteurs l'ont conjecturé, mais des périodes de trente ans environ. Ainsi Nestor avait un peu plus de soixante ans à l'époque de la guerre de Troie. Il en vécut quatre-vingt-dix, suivant Suidas (s. v. -ysveà) ; c'était aussi l'opinion d'Horace, qui a. dit (Od. II, 9, 13 et 14):
At non ter œvo Junctus amabilem
Ploravit omnes Antilochum senex
Annos.
- 3. nuXw. Il y avait dans la Grèce plusieurs villes de ce nom ; celle dont il s'agit ici était en Messénie, sur les confins de l'Élide. Elle avait été bâtie par Nélée, père de Nestor.
Page 38.— 1. MevoiTiàSy;, Patrocle, fils de Ménèce (MEVOÎTIO;, Me-nlEtiUS), lequel avait été obligé de se réfugier d'Oponte dans les États de Pélée, à cause d'un meurtre involontaire commis par son fils.
Page 44. — 1. 0rjëir]v. Thèbe, ville de la Cilicie de Troade, sur le Cilleus, capitale des États d'Éétion, père d'Andromaque. Étienne de Byzance compte neuf villes du même nom,; les plus célèbres étaient la
NOTES SUR LE Ier CHANT DE L'ILIADE. 79 ville principale de la Béotie, patrie de Pindare et d'Épaminondas, et la fameuse Thèbes aux cent portes, capitale de la haute Egypte.
Page 52. — l. IIoÀÉlLoU 0' Otlt01tOCÚEO. Virg. Ain. IX, 655 : Caetera, parce, puer, bello.
— 2. Eùviç, les grosses pierres qui servaient d'ancres.
Page 54.- 1. OÙÀox,v't"a.ç. On répandait sur la tête des victimes des grains d'orge rôtis, entiers ou grossièrement moulus, et mêlés avec du sel.
Page. 56. — 1. Au êpufjav. On tournait la tête de la victime vers le ciel, lorsque l'on sacrifiait aux dieux du ciel, et vers la terre, quand c'était aux dieux infernaux.
— 2. MïipoOç t' £ ? £ Ta(iov. Les cuisses entières étaient mises à part pour les dieux; on les couvrait d'une double couche de graisse, et par-dessus, on plaçait une tranche de chacun'des membres; puis on faisait brûler le tout sur l'autel, en versant du vin sur la flamme. Quand les cuisses étaient consumées, on faisait rôtir les entrailles et le reste de la victime, que l'on partageait entre tous les assistants. « Cette cérémonie est remarquable, dit Rollin ; elle terminait le sa-crifice offert aux dieux, et était comme une marque de communion entre tous ceux qui étaient présents. Le repas suivait le sacrifice et en faisait partie. » Traité des études, de la lecture d'Homère, ch. If, art. 1.
— 3. Le cratère était une sorte d'urne où se faisait le mélange du vin avec l'eau, et dans laquelle on puisait avec des espèces de tasses appelées cyathes, pour verser ensuite dans les coupes.
Page 58. — 1. Pœan, hymne en l'honneur d'Apollon.
— 2. 'Poôoôa.x't"v),oç 'Hwç. La Fontaine a dit, en parlant de l'Aurore:
D'uu vase de vei-meil elle épanchait des roses. Page 60. — 1. 8i-nç. La mère d'Achille était fille de Nérée et de Doris ; il ne faut pas la confondre avec sa grand'mère Téthys (TY]0OÇ), femme de l'Océan.
Page 62.— 1. NeçîXïiYepÉTa. La Fontaine a dit de même, en parlant de Jupiter: l'assembleur de nuages.
Page 64.-1..OÀUILltOV. (l Cet endroit, dit Rollin (Traité des étu-des, de la lecture d'Homère, ch. l, art. 2), a été imité par les plus grands poètes :
Annuit, et totum nutu tremefecit Olympum.
Virg. Mn., IX, 106. 80 NOTES SUR LE 1er CHANT DE L'ILIADE.
Terrificam capitis concussit terque quaterque
Coesariero, cum qua terras, mare, sidera movit
Ovid. Metam., I, 179.
Regum verendorum in proprios greges,
Reges in ipsos imperitim est Jovis,
Clari giganteo triumpho.
Cuncta supercilio«moventis.
Horat. Od., III, 1, 8.
Ces irois poètes semblent avoir partagé entre eux les trois vers d'Ho-mère, et ILs trois circonstances qui y sont employées. Virgile s'en est tenu au signe de tête, Ovide à l'agitation des cheveux, et Horace au mouvement des sourcils. » — La Fontaine a dit aussi, dans Philémon et Baucis :
Jupiter leur parut avec ses noirs sourcils
Qui font trembler les cieux sur leurs pôles assis.
— 2. 'ApyupoTteÇa @ £ Ttç. André Chénier a dit de même :
La nymphe aux pieds d'argent a, le long des ruisseaux ,
Égaré tout ensemble et ses pas et ses eaux.
— 3. 'AXiotô yipov-roç Nérée.
Page 68.— 1. "lAffo-ov îovte, duel dans le sens du pluriel. Page 70. — YivTteq. Les Sintiens (Thucydide, II, 98 , les appelle Stvxoi) étaient un peuple de la Thrace, dont une colonie avait occupé Lemnos (Strabon, VII, p. 511 et XII, p. 826, éd. Tauchn.). Quelques auteurs ont vu dans ce peuple une de ces races indiennes, qui, à une époque antérieure aux temps historiques, quittèrent leur pays pour venir s'établir en Europe, et furent l'origine des nombreuses tribus de Bohémiens ou Zigeunes, qu'on y trouve encore errantes aujour-d'hui. Les Grecs, qui voulaient trouver dans leur langue l'étymo-logie de tous les noms d'hommes ou de peuples, disaient que les habitants de Lemnos avaient été ainsi nommés, arcè toû <7tve<T0ai ; mais aucun document historique ne prouve que ce peuple se sott plus livré à la piraterie que les habitants des autres îles de la Grèce. — On sait, du reste, que c'était à Lemnos que la mythologie plaçait les forges de Yulcain.
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