VALENTIN
Après déjeuner, Valentin et quelques dessinateurs amis allaient à un tir situé en face du restaurant Dinochaux, qui les réunissait habituellement. Là, chacun à tour de rôle exerçait tant bien que mal son adresse.
Dessin de Valentin (librairie Furne)
Ce jour-là le tir était rempli de monde ; entre autres amateurs, une jeune femme qui faisait un carton provoqua bienlôt, par son inexpérience, les lazzi les moins généreux de la bande de Valentin. Ce dernier, plus ardent que les autres dans ses critiques, irrita particulièrement cette femme, qui,
dans un moment de colère subit, se tournant vers l'artiste, lui tira un coup de pistolet presque à bout portant, en même temps qu'elle criait: « Avec la tête que vous avez, je vous engage bien à vous moquer des autres... ! »
On s'empressa autour de Valenlin, qui, remis de son émotion, riait maintenant de cette balle qui était venue s'écraser sur son front, sans lui causer aucun mal, du moins apparent.
Quelques jours après, Valentin mourait, en pleine jeunesse, de la commotion cérébrale qu'il avait ressentie.
Une lin aussi tragique, une mort si prématurée, nous privèrent trop tôt de ce talent bien personnel, bien français, dont la réalisation, sans avoir été complète, nous laisse cependant l'aspect d'une maturité enviable.
Né à Allarmont, dans les Vosges, d'un ancien soldat de Waterloo, Valentin repose maintenant au milieu des sites qu'il affectionnait où il retournait à chaque saison. Il avait à peine trente-cinq ans.