‹ L'ilote; comédie en un acte, en versChapitre 3 sur 14 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CHRÊMES, seul.

Mon Léandre amoureux, fait grave et capital ! Chez Léandre a parlé la voix de la nature, Hélas ! et je vais voir, pour peu que ceci dure, En lui l'austérité fléchir sensiblement.

De plus, il me paraît incliner par moment Vers l'attrait des festins... O Lycurgue ! Lycurgue ! L'intéressant neveu, que jour et nuit j'objurgue. Tourne à l'ivrognerie. A son dernier repas Il but trois verres d'eau, c'est là le premier pas : D'abord l'eau pure, et puis le vin pur... Il s'expose A de réels dangers, j'en ai su quelque chose Jadis, lorsque j'avais dix-huit ans comme lui ; Et si je me laissais aller même aujourd'hui... Bref! à l'heure qu'il est ce neveu m'embarrasse,

{On voit, dans le fond de la scène, Léandre et Fleurde-Sauge s'appeler et se rejoindre.)

Je le sens m'échapper, car il chasse de race :

Sa mère était d'Athène, et c'est tout son portrait.

Pour en faire un sujet exemplaire, il faudrait

Le tableau d'un ilote abruti par l'orgie.

Mais oui ! c'est bien cela... Face immonde et rougie,

Un ilote complet, bien à point, odieux,

D'une horreur salutaire éclairerait ses yeux,

Et le détournerait des plaisirs sentant l'auge...

Il le faudrait aussi montrer à Fleur-de-Sauge,

Afin qu'à cet aspect la petite restât

Dans la timidité conforme à son état.

C'est justement le jour qu'à Sparte nos éphores

Ont en grand appareil débouché les amphores

Et fait griser, ainsi que l'ordonnent les lois,

Abominablement vingt ilotes de choix.

Vingt ivrognes gonflés des vins des côtes grecques,

Trébuchants et roulants, ronds comme des pastèques..

Mais jamais le hasard conduira-t-il ici

Un ilote?

[Léandre et Fleur-de-Sauge entrent en courant.

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