L'IMAGINATION CRÉATRICE
Plan suivi : l'imagination étudiée dans ses œuvres et en ellemême, dans la variété de ses formes et la généralité de ses lois.
Imagination pratique. — Ses caractères distinctifs. — Elle réalise ses conceptions, elle est impersonnelle, elle se relie néanmoins à la personnalité : elle suppose un esprit détaché du présent, ami de la nouveauté, inquiet, délié, subtil, audacieux, entraîné par une vocation décidée à la poursuite d'un idéal.
L'imagination mécanique dépend du hasard ; elle répond à un besoin né des circonstances. Elle comprend la position d'un but, la découverte des moyens pour l'atteindre. — La nature, les circonstances imposent le but ; le hasard souvent indique les moyens. — Le rôle de l'esprit est de tirer des circonstances tout le parti possible et le meilleur possible.
L'invention mécanique se fait dans deux directions : utilisation des choses existantes pour des fins nouvelles, — découverte de moyens nouveaux pour atteindre une fin donnée. Elle est, dans les deux cas, un perpétuel changement d'orientation mentale ; elle se développe suivant une loi de complexité croissante. — Application à l'invention pratique des théories de Paulhan, Souriau sur l'invention en général. — L'imprévu des découvertes: invention en avance sur l'idée; idée en avance sur l'invention.
En résumé, l'invention mécanique dépend de « la rencontre ou de la convergence de deux facteurs « : l'inspiration du génie individuel et le hasard des circonstances (Ribot).
l'imagination créatrice
Imagination pratique
L'imagination créatrice est proprement celle qui n'est point automatique ou involontaire, mais délibérée et voulue. Toutefois on n'entend pas dire que la volonté qui préside aux créations de l'esprit est un système de fins nettement visées et de moyens délibérément choisis. L'imagination ne se rend pas toujours compte des procédés qu'elle emploie, elle est en partie un art qui s'ignore. Elle est même parfois faiblement consciente de ses aspiratioas et de ses fins. Il y a toujours en elle de l'inspiration, c'est-àdire de L'imprévu.
Aussi convient-il de l'étudier tour à tour directement ou sur le fait, en plein travail, et indirectement ou dans et à travers ses œuvres. Elle ne se révèle souvent qu'après coup. On lui ferait tort sans doute si on ne l'étudiait que « fixée » dans les œuvres scientifiques ou artistiques, ou qu' « objectivée )) dans les inventions pratiques, mécaniques, industrielles, commerciales, sociales, politiques qui ont réussi (Ribot), car, en tout ordre de choses, l'invention qui aboutit est le terme d'une longue série d'essais, d'ébauches, d'hypothèses, dans lesquelles l'esprit a dépensé une plus grande somme d'effort et de génie que ne le laisserait supposer la seule considération du résultat brut, finalement obtenu. Mais, d'autre part, on ne ferait pas moins tort à l'imagination si on ne la considérait qu'ébauchée, tâtonnante, à l'état d'inspirations confuses ou de rêves qui avortent. Il faut donc la contempler tour à tour dans ses œuvres et dans
Fenfantement de ses œuvres. En effet, d'une part, Fœuvre achevée révèle les ressources et la puissance du génie de l'ouvrier, de l'autre, le travail ou la marche du génie donne le sens et la portée de l'œuvre.
L'imagination a une portée universelle. « Elle pénètre, dit Ribot, la vie tout entière, individuelle et sociale, spéculative et pratique, sous toutes ses formes : elle est partout. )> Il ne s'agit pas de l'étudier ici dans le détail de ses formes ; nous ne voulons qu'en rechercher les caractères généraux et les lois. Mais ces lois varient, ou se manifestent plus ou moins clairement, suivant l'objet auquel l'imagination s'applique, et la fin qu'elle poursuit.
En d'autres termes, l'imagination est toujours essentiellement identique à elle-même. Elle emploie toujours les mêmes procédés fondamentaux. Toutefois il y a intérêt à étudier les différents types d'imagination comme mettant particulièrement en lumière tels ou tels procédés constructifs, ou à retrouver les mêmes procédés, diversement, mais constamment employés dans tous les ordres d'invention.
Nous étudierons donc l'imagination dans ses principaux types, en commençant par l'imagination réduite au minimum, s'écartant le moins de la réalité, tournée vers les fins pratiques et se traduisant sous une forme objective dont « les créations tiennent leur place dans l'ensemble des phénomènes physiques ou sociaux », ressemblent « aux créations de la nature et sont soumises, comme elles, à des conditions d'existence fixe, et à un déterminisme limité » (Ribot).
l'imagination créatrice
Imagination pratique
Ce qui caractérise l'imagination pratique, c'est qu'elle réalise ses conceptions. Or une idée qui se traduit en acte semble changer de nature ; elle n'apparaît plus comme un produit de l'esprit, mais comme une bonne et solide réalité. De même qu'une hypothèse vérifiée n'est plus une hypothèse, mais une loi, une conception réalisée n'est plus, à nos yeux, une conception, mais un fait.
Aussi, quoiqu'elle soit peut-être de toutes les formes d'imagination la plus importante, l'imagination pratique se trouve-t-elle être celle qui est le moins souvent signalée. « Si l'on pouvait établir le bilan de ce que l'homme a dépensé et fixé d'imagination dans la vie esthétique d'une part, et dans l'invention technique, de l'autre, la balance serait incontestablement », comme le remarque Ribot, « en faveur de la seconde^ ». Cependant «il m'est impossible de ne pas soutenir, ajoute le même auteur, qu'actuellement, la psychologie de l'imagination repose presque uniquement sur son rôle dans la création esthétique et dans les sciences. On n'en sort guère ; ses autres formes sont quelquefois mentionnées, jamais étudiées ».
D'où vient que l'invention dans les arts mécaniques est ainsi presque communément ignorée ou méconnue? D'où vient que l'imagination pratique semble à peine de Fimagination ? C'est que la personnalité