‹ L'ImaginationChapitre 107 sur 110 · RiBOT. Oau. cité, p · texte numérisé non relu

RiBOT. Oau. cité, p

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milieu étrange, ralmosphère ii r/rllc où se (léroiilciil les événements.

D'une ïiu'on générale, (ju un sNsIéme (riniagcs quelconques, qu'une construction poétique, métapiiysique, musicale, arcliileclurale, etc., tom lie j)i<»fondémenl en nous la sensibilité'' pai- la nature spéciale des éléments alleclils qu'elle met en œuNre, et s'impose d'autre ])art à noire esprit par une forte coordination logique, elle s'emparera de notie .une tout entière, rien ne fera obstacle à la loi de l'objccli valion spontanée des images, l'illusion artistique sera complète. Ce qui caractérise l'imagination eslbétifjue, ce n'est donc pas d'être un jeu d'images c(ui se déroulent devant l'esprit, sans susciter aucune adbésion, c'est au contraire d'être un élan instinctif de croyance, non troublée, sereine, à la léalité objcctiNc de représentations suivies, liarmonieuses, fortes, cliacune, de leur valeur propre et de leur mutuel appui. La croyance qui accompagne les images eslliéli(jues a sans doute un caractère spécial : elle est subjective. Encore est-il vrai qu'elle n'apparaît telle qu'après coup, c'est-à-dire à ceu\ (|ui l'ont perdue, ou ne la partagent point, et ainsi en jugent mal, ou ne sont pas en état d'en juger. Mais peut-être, à le bien })rendre, la tbéorie du jeu ne veut-elle dire qu'une cliose : c'est que la croyance estbélique se fonde uniquement sur la tendance ballucinatoire des images, tendance que, par exception, dans l'art, rien ne contrarie et n'enraye, que lavorisenl au conlraii-e l'accord de ci^s images avec nos sentiments, et leur accord entre elles. Or c'est là la vérité. L'illusion eslbélic[ue, comme la foi religieuse, comme la foi au devoir, est

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en quelque sorte gratuite ; elle s'alimente d'elle-même, elle se soutient par la seule force du sentiment et des images.

On détruit donc cette illusion en l'analysant, alors même qu'on ne l'analyse que pour la justifier. On l'expliqne, en effet, alois par des raisons à côté, au lieu de la constater bonnement, de l'accepter comme un fait. On la rend suspecte par l'insistance même qu'on met à en prouver la légitimité, et parles preuves trop ingénieuses et subtiles qu'on en donne. On vient à en méconnaître la nature, à la présenter comme contradictoire avec elle-même, à savoir comme agréée, consentie et voulue, pour ne pas dire cherchée ; tel est le point de vue radicalement faux de la critique raisonneuse, pour laquelle art est synonyme d'artifice et de ruse. C'est ainsi qu'est née la théorie du jeu, telle qu'on l'énonce d'ordinaire, et que nous repoussons.

L'imagination esthétique, en réalité, n'est pas essentiellement distincte des autres formes d'imagination : elle n'a pas un mode d'activité spécial, à part, unique, qui s'appellerait le jeu. Son originalité est ailleurs. Elle est dans la nature spéciale des matériaux qu'elle met en œuvre, images sensorielles (sons musicaux, formes, couleurs, etc.) et affectives (sentiments, états d'âme), dans l'attachement exclusif et la foi absolue à l'ordre de réalités que représentent ces images. Elle est dans le fait que cette imagination subit le charme ou la magie naturelle de ses représentations, les objective spontanément, et necherchepas pour elles de fondement réel ou d'appui extérieur, bien différente en cela de l'imagination utopique, qui

éprouve le besoin malencontreux de projeter ses rêves au dehors, de les appliquer à un ordre de réalité, qui les rej)ousse et les contredit. L'imagination esthétique se sullit à elle-même ; elle vit dans le monde qu'elle s'est créé, elle le tient pour aussi vrai que le monde qu'on est convenu (ra[)peler réel ; elle y trouve la seule vérité qu'elle cherche, pour ne pas dire qu'elle conçoive, la vérité de senliment, et elle la trouve adéquate, complète. Peut-on dire que cela n'est qu'un jeu? L'imagination esthétique, comme toutes les autres, implique une croyance. Cette croyance est sans doute de nature spéciale. Mais sa spécialité n'est pas d'être un doute, une illusion incomplète, à laquelle on se prête et dont on n'est point dupe, en un mot, un jeu, mais au contraire un naïf et entier abandon à l'élan de sympathie et de foi qu'engendrent les représentations mêmes.

L'imagination comprend le pouvoir de former des représentations et de donner l'èlrc à des représentations.

I. — En tant que pouvoir de former des représentations, elle est reprodnclrice cl productrice ou créalrice.

L'imagination reproductrice, distincte de la mémoire et qui n'en dérive pas, est la réintégration complète des souvenirs, se produisant selon la loi de contiguïté, et favorisée par les petits faits ou circonstances d'ordre matériel et sensible. — Cetteimagination se transforme et devient créatrice, la loi d'intérêt se substituant à la loi de réintégralion dans l'évocation du passé.

L'imagination créatrice organise les représentations. — Cette organisation représente une nécessité des choses et un besoin de l'esprit. — Elle se produit selon la loi d'association par similarité. — Analyse de la notion de similarité. — Son caractère relatif, ses degrés. — Variété infinie de combinaisons auxquelles elle donne lieu. — Les différentes sortes d'imagination, artistique, scientifique, consistent à saisir certaines analogies spéciales entre des faits d'un ordre déterminé. — Un point de vue, s'emparant de notre esprit, commande, d'une façon souvent même artificielle, toutes nos conceptions. — Autre loi de développement des images : le contraste. — Le contraste est irréductible à la similarité ; il marque une réaction de l'esprit contre la réalité, - — contre ses propres images.

En résumé, les images se développent intégralement et sans choix, ou partiellement, et d'après une sélection opérée par le tempérament de chacun. Dans le premier cas, elles se développent selon la loi de contiguïté, dans le second, selon la loi de similarité ou de contraste.

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II. — L'imagination considirc^e comme pou\olr de donner l'èlre aux représentations. — Son rapport avec l'imagination constructivc ou combirialricc. — Son rôle, son imj)ortancc. — Ses espèces : i" I/imaginalion qui se réfère à un crilèrc objectif, à savoir au succès rc'el (imagination scientifique, teclini(jue), au succès d'opinion ; 2" l'imagination cpii se réfère à un critère subjectif, c'est-à-dire au sentiment (imagination esthétique, morale, religieuse). — Sa forme oulr('e : l'illusionisme et le fanatisme. — Sa forme normale : la l(jlérance. — • L'imagination subjective est l'imagination par excellence, elle est créatrice d'être, et non seuleuient de formes de l'être. — Evolution de l'imagination au point do vue de la croyance : refonte incessante dos images, ellorlspour serrer la réalité de plus près, abandon des images et croyances ancioimes. — C'est la loi de l'imagination de se renouveler sans cesse, de consolider et d'airu'mor sa foi.

Dégageons les conclusions de celle élude. Nous sommes maintenant en mesure de définir Timaginalion. Elle es! le pouvoir de former des images ou des représenta lions, et le pouvoir de donner ou d'allribuer l'être aux représentations, de les transformer en croyances et en actes, en un mol, de les objectiver. L'objectivation est inhérente aux images ; elle se rencontre toujours en elles à quelque degré, elle en est un élément naturel, conslilulif, non adventice et surajoulé ; l'image est un processus idéo-moleur. Lhalluciualion, bien mieux, rhallucination agissante (celle du somnambule, par exemple), en est le type complet, la représentation pure et simple, le type avorté. De ce que la croyance qui s'attache aux images est souvent illusoire, il ne faut pas conclure qu'elle en doive et puisse être détachée. 11 y a au ibnd plus de vérité psychologique dans la thèse de Pascal, présentant l'imagination comme une « puissance trompeuse »,

IIESUMK ET CONCLUSIONS SoQ

comme un principe d'erreur et do fausseté, que dans la théorie qui réduit l'imagination à n'être que le pouvoir de former et de combiner des représentations, car s'il est faux que rimaginalion pèche nécessairement par crédiihlé, il est vrai du moins qu'elle est toujours et essentiellement croyante. Toutefois, pour la clarté et la commodité de l'exposition, nous pouvons considérer à part les deux opérations inséparables de l'imagination : la formation des représentations et leur objectivatioii.

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