I. L'Amour, ch. \xii
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cristallisations : une toute d'élan ou spontanée, qui n'a qu'une valeur d'essai, une autre qui s'appuie davantage sur l'observation et le raisonnement, celle-là définitive. Mais il est inutile d'entrer dans le détail de ces distinctions et de ces nuances.
On trouverait la confirmation et l'illustration de cette loi du rythme imaginatif dans le fait que toutes les langues, la langue italienne surtout, expriment par un même mot, à l'aide de suffixes divers, un même objet, vu à travers toutes les formes du sentiment et de la pensée. Le terme qui désigne une chose donnée prend, suivant les cas, une désinence laudative, emphatique et câline ou insultante, ironique et railleuse. Il suffit de relier en quelque sorte par une courbe les altérations successives et diverses de ce terme pour retrouver la loi qui préside aux évolutions de la pensée.
Le langage prête une réalité objective aux apparences changeantes de la fantaisie. Nous mesurons le travail accompli dans l'imagination des hommes en observant les façons différentes dont ils parlent des mêmes personnes et des mêmes choses à des intervalles souvent peu éloignés. Ce travail est une sorte d'assimilation qui ne va point sans élimination et sans déchet. Les esprits sont rares, qui rencontrent d'emblée la vue saine et juste des choses, et ces esprits ne passent point pour imaginatifs. L'imagination est donc liée à une humeur mobile; elle traverse des phases d'exaltation et de dépression ; elle est toujours en travail, elle compose et recompose sans cesse les éléments que la réalité lui fournit ; elle est l'esprit inq[uiet, qui poursuit sans trêve son idéal ou sa chimère.
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Au rythme émotif on peut rattacher encore Tem-' ploi alternatif de procédés secondaires de Timagination créatrice, comme le rapetissement et l'agrandissement. Le changement que notre esprit apporte aux dimensions naturelles des objets a, enelTel, une signification morale.
La grandeur matérielle et visible impose une sorte de respect. Le respect par suite suggère l'idée instinctive et naïve de grandir les êtres. On attribue aux héros, aux dieux une taille plus qu'humaine ; on donne des proportions colossales aux monuments religieux, aux temples, aux tombeaux, aux idoles. Les choses paraissent changer de nature en changeant de grandeur. C'est ce que Cherblliez explique et ilhistre ainsi : « Les combats de coqs me révoltent, disait un journaliste anglais, parce que je n'attache pas assez de prix à la vie et au courage de ces gallinacés pour surmonter ma répugnance à voir couler le sang. Ce même Anglais avait eu l'occasion d'assister à une bataille ; il déclarait que ce spectacle l'avait transporté : la grandeur de l'événement en avait sauvé l'horreur ^ »
Inversement, les. petites choses nous inspirent une sorte de dédain, et le dédain se manifeste par une tendance à rapetisser les choses. Nos sentiments à l'égard des êtres changent avec leurs proportions. « N'est-ce pas, disait Diderot, une chose bizarre que la révolte que l'injustice nous cause soit en raison de l'espace et des masses? J'entre en fureur si un grand animal en attaque injustement un petit. Je ne sens