Pascal. Pensées, édlt. Havet, l. I, art. III, S
2. Marillifr. Notes sur la C(~»ulunie. le tabou et l'oblij^alion morale. Entre Camarades. Paris, Alcan.
LES FORMES INFERIEURES DE l'iMAGINA-TION l8^
comprend pas une raison profonde et cachée. Il est bien vrai, dit Pascal, que la coutume n'est a suivie que parce qu'elle est coutume ; mais le peuple la suit (toutefois) par cette seule raison qu'il la croit juste ; sinon, il ne la suivrait plus, quoiqu'elle fût coutume ; car on ne veut être assujetti qu'à la raison ou à la justice. La coutume sans cela passerait pour tyrannie S) . On ne trahit pas en effet volontairement la raison ; on y reste attaché en principe, quand on s'en détache en fait ; on prétend la suivre alors qu'on s'en écarte. Or, dans l'espèce, l'absence de raison apparente peut précisément être regardée comme une présomption de raison cachée. Possession vaut titre. Le fait qu'une coutume est établie et respectée implique, jusqu'à preuve du contraire, qu'elle est fondée et respectable ; le fait que nous n'en connaissons pas les motifs ou que nous ne sentons pas la force de ces motifs paraît prouver seulement, dans le cas spécial, notre ignorance ou notre incompétence. Et nous sommes d'autant plus- enclins à respecter une coutume que nous sommes moins en état d'en scruter les fondements. Nous appelons le raisonnement, — un raisonnement a ybr^/oW — au secours de notre imagination frappée. Quelle ne doit pas être une sagesse devant laquelle s'incline notre raison humiliée, qu'elle admire sans la comprendre ! Tel est le sens psychologique du credo quia ahsurdiim, logiquement monstrueux, mais si humain.
La formule théologique sonne mal aux oreilles modernes. Mais allons au fond des choses : on la