LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE' V. i
toutes choses, parce qu’au-dessus de toutes choses il se repose dans le saul Etre souverain, de qui tout bien procède et découle.
11 ne regarde pas aux dons, mais il s’élève au-dessus de tous les biens, jusqu’à celui qui donne.
L’amour souvent ne connaît point de mesure; mais, comme l’eau qui bouillonne, il déborde de toutes parts.
Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte; il tente plus qu’il ne peut; jamais il ne prétexte l’impossibilité, parce qu’il se croit tout possible et tout permis.
Et à cause de cela il peut tout, et il accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et qui épuisent vainement celui qui n’aime point.
5. L’amour veille sans cesse; dans le sommeil même il ne dort point.
Aucune fatigue ne le lasse, aucuns liens ne l’appesantissent, aucunes frayeurs ne le troublent; mais, tel qu’une flamme vive et pénétrante, il s’élance vers le Ciel, et s’ouvre un sûr passage à travers tous les obstacles.
Si quelqu’un aime, il entend ce que dit cette voix.
L’ardeur même d’une âme embrasée s’élève jusqu’à Dieu comme un grand cri : Mon Dieu ! mon amour ! vous êtes tout à moi, et je suis tout à vous.
6. Dilatez-moi dans l’amour, afin que j’apprenne à goûter au fond de mon cœur combien il est doux d’aimer, et de se fondre et de se perdre dans l’amour.
Que l’amour me ravisse et m’élève au-dessus de moimême, par la vivacité de ses transports.
Que je chante le cantique de l’amour, que je vous suive, ô mon bien-aimé, jusque dans les hauteurs de votre gloire; que toutes les forces de mon âme s’épuisent à vous louer, et qu’elle défaille de joie et d’amour.
Que je vous aime plus que moi, que je ne m’aime moi-mèmè que pour vous, et que j’aime en vous tous ceux qui vous aiment véritablement, ainsi que l’ordon ne
1 38 l’imitation de jésus-christ.
la loi de l’amour, que nous découvrons dans votre lumière.
7. L’amour est prompt, sincère, pieux, doux, prudent, fort, patient, fidèle, constant, magnanime, et il ne se recherche jamais : car dès qu’on commence à se rechercher soi- même, à l'instant on cesse d’aimer.
L’amour est circonspect, humble et droit, sans mollesse, sans légèreté; il ne s'occupe point de choses vaines; il est sobre, chaste, ferme, tranquille, et toujours attentif à veiller sur les sens.
L’amour est obéissant et soumis aux supérieurs; il est vil et méprisable à ses yeux. Dévoué à Dieu sans réserve, et toujours plein de reconnaissance, il ne cesse point de se confier en lui, dlespérer en lui, lors même qu’il semble en être délaissé, parce qu’on ne vit point sans douleur dans l’amour.
8. Qui n’est pas prêt à tout souffrir et à s’abandonner entièrement à la volonté de son bien-aimé, ne sait pas ce que c’est que d’aimer.
Il faut que celui qui aime embrasse avec joie tout ce qu’il y a de plus dur et de plus amer pour son bien-aimé, et qu'aucune traverse ne le détache de lui.
RÉFLEXION
Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui 1 . Mais l’amour a ses temps d’épreuve, comme ses temps de jouissance, et cette vie tout entière ne doit être qu’un continuel exercice d’amour, ou la consommation d’un grand sacrifice, dont une vie éternelle ou un amour immuahle sera le prix. Tous les caractères de la charité, détaillés par saint Paul 2 , nous rappellent l’idée de sacrifice; et l’amour infini lui-même n’a pu se manifester pleinement à nous que par un sacrifice infini. Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique s ; et notre amour pour Dieu ne peut non plus se manifester que par un svrifice, non pas égal, il est impossible, mais semblable, par le don de tout notre être ou une parfaite obéissance de notre esprit, de notre cœur et de nos sens à la volonté de celui qui nous a tant aimés. C’est alors