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LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VII

pas entièrement vous-même à cause de la sécheresse et de l’angoisse que vous sentez en votre âme.

2 . Car il y en a beaucoup qui, au temps de l’épreuve, tombent aussitôt dans l’impatience ouïe découragement.

Cependant la voie de l’homme ri est pas toujours en son pouvoir'. C’est à Dieu de consoler et de donner quand il veut, autant qu’il veut, et à qui il veut, comme il lui plaît, et non davantage.

Des indiscrets se sont perdus par la grâce même de la dévotion, parce qu’ils ont voulu faire plus qu’ils ne pouvaient, ne mesurant point leur faiblesse, mais suivant plutôt l’impétuosité de leur cœur que le jugement de la raison.

Et parce qu’ils ont aspiré, dans leur présomption, à un état plus élevé que celui où Dieu les voulait, ils ont promptement perdu la grâce.

Ils avaient placé leur demeure dans le ciel, et tout à coup on les a vus pauvres et délaissés dans leur misère, afin que par l’humiliation et le dénùment ils apprissent à ne plus tenter de s’élever sur leurs propres ailes, mais à se réfugier sous les miennes.

Ceux qui sont encore nouveaux et sans expérience dans les voies de Dieu peuvent aisément s’égarer et se briser sur les écueils, ■ s’ils .ne se laissent conduire par des personnes prudentes.

3. Que s’ils veulent suivre leur sentiment plutôt que de croire à l'expérience des autres, le résultat leur en sera funeste, si toutefois ils s’obstinent dans leur propre sens.

Rarement ceux qui sont sages à leurs yeux se laissent humblement conduire par les autres.

Il vaut mieux être humble avec un esprit et des lumières bornés, que de posséder des trésors de science, et de se complaire en soi-même.

Il vaut mieux pour vous avoir peu, que beaucoup dont vous pourriez vous enorgueillir.

■ i. Jer. .x, .33.

l’imitation DE JÉSUS-CHRIST.

Celui-là manque de prudence, qui se livre tout entier à la joie, oubliant son indigence passée et cette chaste crainte du Seigneur, qui appréhende de perdre la grâce reçue.

C’est aussi manquer de vertu que de se laisser aller à un découragement excessif, au temps de l'adversité et de l’épreuve, et d’avoir des pensées et des sentiments indignes de la confiance qu’on me doit.

4. Celui qui, durant la paix, a trop de sécurité, se trouve souvent, pendant la guerre, le plus timide et le plus lâche.

Si, ne présumant jamais de vous-même, vous saviez demeurer toujours humble, modérer et régler les mouvements de votre esprit, vous ne tomberiez pas si vite dans le péril et dans le péché.

C’est une pratique sage que de penser, durant la ferveur, à ce qu’on sera dans la privation de la lumière.

Et quand vous en êtes en effet privé, songez qu’elle peut revenir, et que je ne vous l’ai retirée que pour un temps qu’en vue de ma gloire, et pour exciter votre vigilance.

Souvent une telle épreuve vous est plus utile, que si tout vous succédait constamment selon vos désirs.

Car, pour juger du mérite, on ne doit pas regarder si quelqu’un a beaucoup devisions ou de consolations, ou s’il est habile dans l’Écriture sainte, ou s’il occupe un rang élevé;

Mais s’il est affermi dans la véritable humilité, et rempli de la charité divine; s’il cherche en tout et toujours uniquement la gloire de Dieu; s’il est bien convaincu de son néant ; s’il a pour lui-méme un mépris sincère, et s’il se réjouit plus d’être méprisé des autres et humilié par eux, que d’en être honoré.

RÉFLEXION

Reconnaître sa misère et ne la jamais perdre de vue; s’abandonner sans réserve entre les mains de Dieu, avec une foi vive et un obéissant amour : voilà toute la vie spirituelle, dont l’humilité est le premier fondement. Celui qui se dit au fond de son âme : Je ne

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