‹ L'Imitation de Jésus-ChristChapitre 14 sur 306 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE III

inclination vicieuse : mais il les soumet à la règle d’une droite raison.

Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre ?

C’est là ce qui devrait nous occuper uniquement : combattre contre nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour faire quelque progrès dans le bien.

Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection; et nous ne voyons rien qu’à travers une certaine obscurité.

L’humble confiaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu que les recherches profondes de la science.

Ce n’est pas qu’il faille blâmer la science, ni la simple connaissance d’aucune chose : car elle est bonne en soi et dans l’ordre de Dieu; seulement on doit préférer toujours une conscience pure et une vie sainte.

Mais, parce que plusieurs s’occupent davantage de savoir que de bien vivre, ils s’égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit de leur travail.

5. Oh! s’ils avaient autant d’ardeur pour extirper leurs vices et pour cultiver la vertu que pour remuer de vaines questions, on ne verrait pas tant de maux et de scandales dans le peuple, ni tant de relâchement dans les monastères.

Certes, au jour du jugement on ne nous demandera point ceque nous avons lu, mais ce que nous avons fait; ni si nous avons bien parlé, mais si nous avons bien vécu.

Dites-moi où sont maintenant ces maîtres et cesdocteurs que vous avez connus lorsqu’ils vivaient encore et qu’ils fleurissaient dans leur science?

D’autres occupent à présent leurs places, et je ne sais s’ils pensent seulement à eux.

Ils semblaient, pendant leur vie, être quelque chose, et maintenant on n’en parle plus.

Oh ! que la gloire du monde passe vite ! Plût à Dieu que

l’imitation DE JÉSUS-CHRIST.

leur vie eût répondu à leur science ! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit.

Qu’il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science et par l’oubli du service de Dieu !

Et parce qu’ils aiment mieux être grands que d’être humbles, ils s’évanouissent dans leurs pensées.

Celui-là est vraiment grand , qui a une grande charité.

Celui-là est vraiment grand, qui est petit à ses propres yeux, et pour qui les honneurs du monde ne sont qu’un pur néant.

Celui-là est vraiment sage, qui, pour gagner Jésus- Christ, regarde comme de la boue toutes les choses de la terre'.

Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne.

RÉFLEXION

Il y a deux doctrines, mais il n'y a qu’une vérité. Il y a deux doctrines, l’une de Dieu, immuable comme lui; l’autre de l’homme, changeante comme lui. La sagesse incréée, le Verbe divin répand la première dans les âmes préparées à la recevoir, et la lumière quelle leur communique est une partie de lui-même, de la vérité substantielle et toujours vivante. Offerte à tous, elle est donnée avec plus d'abondance à l’humble de cœur; et comme elle ne vient pas de lui, qu’elle peut à chaque instant lui être retirée, qu’elle ne dépend en aucune façon de l’intelligence qu’elle éclaire, il la possède sans être tenté de vaine complaisance dans sa possession. La doctrine de l’homme, au contraire, flatte son orgueil, parce qu’il en est le père. « Cette idée m’appartient ; j'ai dit cela le premier ; on ne savait rien là-dessus avant moi. » Esprit superbe, voilà ton langage. Mais bientôt on conteste à cette puissante raison ce qui fait sa joie; on rit de ses idées fausses qu’elle a crues vraies, de ses découvertes imaginaires : le lendemain on n’y pense plus, et le temps emporte jusqu’au nom de l’insensé qui ne vécut que pour être immortel sur la terre. O Jésus, daignez mettre en moi votre vérité sainte, et qu’elle me préserve à jamais des égarements de mon propre esprit !

I, Philipp. III, 8.

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