‹ L'Imitation de Jésus-ChristChapitre 173 sur 306 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE XXXI

4 . Hélas! à peine sommes-nous rentrés en nous-mêmes, que nous nous hâtons d’en sortir, sans jamais sérieusement examiner nos œuvres.

Nous ne considérons point jusqu’où descendent nos af. fections, et nous ne gémissons point de ce que tout en nous est impur.

Toute chair avait corrompu sa voie'; et c’est pourquoi le déluge suivit.

Quand donc nos affections intérieures sont corrompues, elles corrompent nécessairement nos actions , et dévoilent ainsi toute la faiblesse de notre âme.

Les fruits d’une bonne vie ne croissent que dans un cœur pur.

5. On demande d’un homme, qu’a-t-il fait? Mais s’il l’a fait par vertu, c’est à quoi l’on regarde bien moins.

On veut savoir s’il a du courage, des richesses, de la beauté, de la science, s’il écrit ou s’il chante bien , s’il est habile dans sa profession ; mais on ne s’informe guère s’il est humble, doux, patient, pieux, intérieur.

La nature ne considère que le dehors de l’homme; la grâce pénètre au dedans.

Celle-là se trompe souvent; celle-ci espère en Dieu pour n’étre pas trompée.

RÉFLEXION

Jusqu’à ce que notre vie soit, comme parle l’Apôtre, cachée en Dieu avec Jésus-Christ 1 , nous ne lui appartenons qu’imparfaitement, nous ne sommes pas un avec le Fils et avec le Père 3 , nous ne sommes pas consommés dans l’unité 4 ; il y a quelque chose entre nous et Dieu : et c’est que nous tenons encore à nous-mêmes et aux créatures : notre amour est divisé; tantôt il s’élance vers le ciel, et tantôt il rampe sur la terre. Pour vivre de la vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu, il faut rompre les derniers liens qui nous attachent au monde. Alors, séparée de tout ce qui passe, enveloppée, pour ainsi dire, de l'être divin , plongée dans sa lumière, lame ne voit que lui, ne se sent qu’en lui, ne vit que de sa vérité et de son

i. G en. vi, 12. — 2. Coloss. ni, 3 . — 3 .Joann. xvu, 21. —4. Ibid.,

amour, qu’il lui communique par des voies inexplicables et rtierveilleuses. Unie intimement au Fils, et par le Fils au Père, Jésus- Christ, son modèle et son époux, la rend de plus en plus conforme à lui-même. Ce qu’il a éprouvé, il veut quelle l’éprouve aussi, qu’elle le reproduise, en quelque sorte, dans ses divers états, avec le même esprit d’obéissance parfaite qui le dirigeait dans l’accomplissement de sa divine mission. Quelquefois il la conduit sur le Thabor, comme pour lui montrer les biens promis à sa fidélité; plus souvent il la guide au Jardin des Oliviers, au prétoire, sur le Golgotha, où doit se consommer le sacrifice : et soit qu’il l’éclaire et la console, soit qu’il paraisse la délaisser, tout coopère à sa perfection, parce qu’elle aime, et que jamais elle ne se lasse d’aimer, dans l’amertume comme dans la joie, le Dieu qui l’appelle à la sainteté 1 . Elle se repose, pleine de calme, dans la volonté de ce grand Dieu. Mais l’âme qui ne s’est pas encore complètement dégagée des choses delà terre est toujours agitée, inquiète; elle marche dans l’obscurité, et mille soins la tourmentent. Hâtons-nous donc de briser nos chaînes, ne cherchons que Jésus, ne désirons que lui : à qui irionsnous ? Il a les paroles de la vie éternelle *. Quittons tout pour le suivre, et laissons lés morts ensevelir leurs morts s .

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