‹ L'Imitation de Jésus-ChristChapitre 192 sur 306 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE XL. 2ig · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE XL. 2ig

De quoi donc puis-je me glorifier? Comment puis-je désirer qu'on m’estime?

Serait-ce à cause dé mon néant ? mais quoi de plus insensé !

Certes , la vaine gloire est la plus grande des vanités, et un mal terrible, puisqu'elle nous éloigne de la véritable gloire, et nous dépouille de la grâce céleste.

Car, dès que l’homme se complaît en lui-mcme, il commence à vous déplaire; et lorsqu’il aspire aux louanges humaines, il perd la vraie vertu.

5 . La vraie gloire et la joie sainte est de se glorifier en vous, et non pas en soi; de se réjouir de votre grandeur, et non de sa propre vertu; de ne trouver de plaisir en nulle créature qu’à cause de vous.

Que votre nom soit loué et non le mien, qu’on exalte vos œuvres et non les miennes; que votre saint nom soit béni, et qu’il ne me revienne rien des louanges des hommes.

Vous êtes ma gloire et la joie de mon cœur.

En vous je me glorifierai, je me réjouirai sans cesse en vous et non pas en moi, si ce n'est dans mes infirmités'.

6. Que les Juifs recherchent la gloire qu'on reçoit les uns des autres 1 : pour moi, je ne rechercherai que celle qui vient de Dieu seul 3 .

Car toute gloire humaine, tout honneur du temps, toute grandeur de ce monde, comparée à votre gloire éternelle, est folie et vanité.

O ma vérité, ma miséricorde, ô mon Dieu! Trinité bienheureuse!’ à vous seule louange, honneur, gloire, puissance dans les siècles des siècles!

RÉFLEXION

Si je descends en moi-même, et que je m’interroge sur ce que je suis, que trouvé-je, ô mon Dieu! Une raison incertaine toujours près de s’égarer, d’inconstantes affections, un mélange inexplicable d’espérances et de craintes vaines, des inclinations viciées, une foule :mombrable de désirs qui sans cesse m'agitent et me tourmentent,

i. II Cor. xii, 5 . — 2. Joann. v, 44. — 3 . Ibid.

L’iMITATIOM DE JÉSUS-CHRIST.

quelquefois une joie fugitive, habituellement un profond ennui, je ne sais quel instinct du ciel et toutes les passions de la terre, une volonté infirme qui tout ensemble veut et, ne veut pas, un grand orgueil dans une grande misère : voilà mon état tel que le péché l’a fait, et je sens de plus en moi l’impuissance de relever une nature si profondément déchue. Il a fallu que Dieu même vînt soulever ce poids immense de dégradation : sans un Rédempteur divin, l 'éternité entière aurait passé sur les ruines de l’homme. 11 a paru ce Rédempteur; il a dit : Me voici 1 ! et son sang a satisfait à la suprême justice, et sa grâce a réparé le désordre de l'intelligence et le désordre du cœur : elle a rétabli l'image de Dieu dans sa créature tombée. Imcompréhensible mystère d’amour! et comment répondre à un tel bienfait ? Reconnaissons au moins notre faiblesse et notre indigence ; ne nous attribuons aucun des biens qui nous sont donnés gratuitement; rendons la gloire à qui elle appartient, et entrons de toutes les puissances de notre être dans les sentiments du Prophète : Seigneur mon Dieu , je vous ai invoqué, et vous m’aveq guéri. Vous ave^ retiré mon âme de l’enfer, et vous m’avef séparé de ceux qui descendent dans le lac. Chante f le Seigneur, vous qui êtes ses saints, et célébré p la mémoire de sa sainteté 1 !

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