‹ L'Imitation de Jésus-ChristChapitre 232 sur 306 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE LV. 2 5g · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE LV. 2 5g

Les arts, les richesses, la beauté, la force, le génie, l'éloquence n’ont aucun prix, Seigneur, à vos yeux, sans la grâce.

Car les dons de la nature sont communs aux bons et aux méchants; mais la grâce ou la charité est le don propre des élus; elle est le signe auquel on reconnaît ceux qui sont dignes de la vie éternelle.

Telle est l’excellence de cette grâce, que ni le don de prophétie, ni le pouvoir d’opérer des miracles, ni la plus haute contemplation, ne doivent être comptés pour quelque chose sans elle.

Ni la foi même, ni l’espérance, ni les autres vertus, ne vous sont agréables sans la grâce et la charité.

5. O bienheureuse grâce, qui rendez riche en vertus le pauvre d’esprit, et celui qui possède de grands biens humble de cœur!

Venez, descendez en moi, remplissez-moi dès le matin de votre consolation, de peur que mon âme épuisée, aride, ne vienne à défaillir de lassitude.

J’implore votre grâce, ô mon Dieu! je ne veux qu’elle : car votre grâce me suffit ’, quand je n’obtiendrais rien de ce que la nature désire.

Si je suis éprouvé, tourmenté par beaucoup de tribulations, je ne craindrai aucuns maux, tandis que votre grâce sera avec moi.

Elle est ma force, mon conseil, mon appui.

Elle est plus puissante que tous les ennemis, et plus sage que tous les sages.

6. Elle enseigne la vérité, et règle la conduite; elle est la lumière du cœur, et sa consolation dans l’angoisse; elle chasse la tristesse, dissipe la crainte, nourrit la piété, produit les larmes.

Que suis-je sans elle? qu’un bois sec, un rameau stérile qui n’est bon qu’à jeter.

i . Il Cor. xn, 9.

l’imitation DE JÉSUS-CHRIST.

Que votre grâce, Seigneur, me prévienne donc et m'accompagne toujours ; qu'elle me rende sans cesse attentif à la pratique des bonnes œuvres : je vous en conjure par Jésus-Christ, votre Fils. Ainsi soit-il l * .

RÉFLEXION

La religion fait deux choses : elle nous montre notre misère et nous en indique le remède; elle nous enseigne que, de nous-mêmes, nous ne pouvons rien pour le salut, mais que nous pouvons tout en celui qui nous fortifie *. Et de là ce mot de saint Paul, mot aussi profond de vérité qu’étonnant pour l'orgueil humain : Je me glorifierai dans mes infirmités , afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi s . Oui, continue-t-il, je me complais dans mes infirmités : car lorsque je me sens infirme, c’est alors que je suis fort *. Entrons dans la pensée de l’Apôtre, et apprenons à nous humilier, à sentir notre faiblesse, à jouir, pour ainsi parler, de notre néant. Lorsque nous aurons rejeté toute vaine opinion de nous-mêmes, et creusé, en quelque sorte, un lit profond dans notre âme, des flots de grâce s’y précipiteront. La paix nous sera donnée sur la terre : car qui peut troubler la paix de celui qui, s'oubliant et se méprisant soi-même, ne s’appuie que sur Dieu et ne tient plus qu’à Dieu? Paix aux hommes de bonne volonté 5 , aux humbles de cœur ; paix ici-bas, et dans le ciel le rassasiement de la gloire 6 .

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