LIVRE TROISIÈME
en eux-mômes : et leur humilité me les rend plus chers, et les unit plus étroitement à moi.
C’est pourquoi il est écrit : Qu'ils déposaient leurs couronnes au pied du trône de Dieu, qu'ils se prosternaient devant l'Agneau, et qu'ils adoraient Celui qui vit dans les siècles des siècles 1 . ,
9. Plusieurs recherchent qui est le premier dans le royaume de Dieu 1 ; lesquels ignorent s’ils seront dignes d'être comptés parmi les derniers.
C’est quelque chose de grand d’être le plus petit dans le ciel, oü tous sont grands : parce que tous seront appele : s et seront en effet les enfants de Dieu.
Le moindre des élus sera comme le chef d'un peuple nombreux, tandis que le pécheur, après une longue vie, ne trouvera que la mort*.
Ainsi, quand mes disciples demandèrent qui serait le plus grand dans le royaume des cieux, ils entendirent cette réponse :
Si vous ne vous convertisse \ et ne devenez comme de petits enfants, vous ri entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se fera petit comme cet enfant, sera le plus grand dans le royaume des cieux *.
Malheur à ceux qui dédaignent de s’abaisser avec les petits, parce que la porte du ciel est basse, et qu’ils n’y pourront passer.
Malheur aussi aux riches qui ont ici leur consolation* , parce que, quand les pauvres entreront dans le royaume de Dieu, ils demeureront dehors poussant des hurlements.
Humbles, rejouissez-vous; pauvres, tressaillez d’allégresse, parce que le royaume de Dieu est à vous 0 , si cependant vous marchez dans la vérité.
RÉFLEXION
C’est une grande misère que le penchant qu’ont les hommes à
1 . Apoc. iv, lo; v, 14. — 2. Matth. xviii, 1. — 3 . Is. lx, 22 ; lxv, 20. — 4. Matth. xviii, 4. — 3 Luc. vi, 24. — ü. Ibid., 20-
■.êv
l’imitation DE JÉSUS-CHRIST.
s’inquiéter de mille vaines questions, tandis qu’à peine songent-ils aux vérités les plus importantes. Ils veulent tout savoir, excepté la seule chose indispensable. Leur orgueil se complaît dans des spéculations presque toujours dangereuses, ou au moins stériles pour le salut. En s’efforçant de pénétrer des mystères impénétrables, ils s'égarent dans leurs pensées, et ne saisissent que l’erreur, au moment même où ils croient ravir à Dieu son secret. Voilà le fruit de travaux dont ils se consument sous le soleil.. Ah! qu’il y a de profondeur et de véritable science de l’homme, dans ce conseil du Sage : Ne recherche q point ce qui est au-dessus de vous , et ne scruteq point ce qui est plus fort que vous ; mais penseq sans cesse à ce que Dieu vous prescrit , et gardeq-vous de sonder curieusement toutes ses œuvres : car il ne vous est pas nécessaire de voir de vos yeux ce qui est caché'. Songeons à nous-mêmes, à nos devoirs, au compte rigoureux qu’il nous faudra rendre de nos œuvres et de nos paroles. Il y a bien là de quoi nous occuper et remplir tout notre temps : il ne nous est donné que pour cela.