LIVRE QUATRIÈME. — CHAPITRE lit
souvenir souvent de son Dieu, et de recevoir son bienaimé dans un cœur embrasé d’amour.
4. O prodige de votre tendresse pour nous! Vous, Seigneur mon Dieu, qui donnez l’être et la vie à tous les esprits, vous daignez venir à une pauvre âme misérable, et avec votre divinité et votre humanité tout entière, rassasier sa faim !
O heureuse, mille fois heureuse l’âme qui peut vous recevoir dignement, vous son Seigneur et son Dieu, et goûter avec plénitude la joie de votre présence !
Oh! qu’il est grand le Seigneur qu’elle reçoit! qu’il est aimable l’hôte qu’elle possède! que le compagnon, l'ami qui se donne à elle, est doux et fidèle! que l’époux qu’elle embrasse est beau ! qu’il est noble et digne d’étre aimé pardessus tout ce qu’on peut aimer, et tout ce qu’il y a de désirable!
Que le ciel et la terre, dans leur parure magnifique, se taisent devant vous, ô mon bien-aimé! car tout ce qu’on admire de beau en eux, ils le tiennent de vous, dont la sagesse n'a point de bornes 1 * , et jamais ils n’approcheront de votre beauté souveraine.
RÉFLEXION
Autant on doit apporter de soin à s’éprouver soi-même, avant de manger le pain et de boire le calice du Seigneur 1 , autant il faut prendre garde à ne pas se tenir éloigné de la Table sainte par un faux respect et une crainte excessive. Nous serons toujours, quoi que nous fassions, infiniment indignes d’une faveur si haute : nul n’est pur, nul n’est saint devant celui qui est la sainteté même. Mais quand le Sauveur nous dit : Venez, il connaît notre misère, et c’est pour la guérir qu’il nous presse de venir à lui. Allons-y donc, non comme le Pharisien hypocrite, en rendant grâces à Dien dans notre cœur de nêtre pas tel que les autres hommes 3 : Dieu repousse avec horreur cet orgueil d’une conscience qui se déguise à elle-même sa plaie secrète; allons-y, mais comme l’humble Publicain, les yeux baissés vers la terre, frappant notre poitrine, et disant : Seigneur, ayez pitié de moi ; soyeq propice à ce pauvre pé-
1, Ps. cxlvi, 5 — 2 . 1 Cor. xi, 28.— 3 . Luc. xviii, 11.
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cheur 1 ! Il est nécessaire sans doute de se préparer par la pénitence, le recueillement, la prière, à la communion du corps et du sang de Jésus-Christ; mais après s'y être disposé sincèrement et de toute son âme, c’est faire injure au Rédempteur que de refuser ses dons, c’est se priver volontairement des grâces les plus précieuses, les plus abondantes , les plus saintes ; c’est renoncer à la vie : car, si l'on ne mange la chair du Fils de l'homme, et si l'on ne boit son sang, on n’aura point la vie en soi 3 . Nous devons aspirer continuellement à ce pain descendu du ciel*; sans cesse, nous devons le demander, nous devons nous en nourrir sans cesse, pour qu’il détruise le principe de mort qui est en nous depuis le péché. « Sei- ■< gneur , donnez-nous toujours ce pain S ce pain dont vous aviez dit •• qu’il donne la vie éternelle. C’est ce que disent les Juifs : et ils « expriment par là le désir de toute la nature humaine, ou plutôt « toute la nature intelligente : Elle veut vivre éternellement : « elle veut ne manquer de rien ; en un mot, elle veut être heureuse. « C’est encore ce qu’en pensaitja Samaritaine, lorsque Jésus lui avant « dit : O femme! celui qui boit de l'eau que je donne n’a jamais soif, « elle répond aussitôt : Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que « je n’aie jamais soif, et que je ne sois pas obligée à venir ici puiser ■■ de l’eau 5 , dans un puits si profond, avec tant de peine. Encore un « coup, la nature humaine veut être heureuse; elle ne veut avoir « aucun besoin; elle ne veut avoir ni faim, ni soif ; aucun désir à « remplir : aucun travail : aucune fatigue : et cela, qu’est-ce autre « chose, sinon être heureuse? Voilà ce que veut la nature humaine : « voilà son fond. Elle se trompe dans les moyens : elle a soif des « plaisirs des sens : elle veut exceller : elle a soif des honneurs du « monde. Pour parvenir aux uns et aux autres, elle a soif des ri- « chesses : sa soif est insatiable; elle demande toujours, et ne dit « jamais : C’est assez; toujours plus, et toujours plus. Elle est « curieuse : elle a soif de la vérité; mais elle ne sait où la prendre, « ni quelle vérité la peut satisfaire : elle en ramasse ce qu’elle peut « par-ci par-là; par de bons, par de mauvais moyens; et comme « toute âme curieuse est légère, elle se laisse tromper par tous « ceux qui lui promettent cette vérité quelle cherche. Voulez-vous « n’avoir jamais faim, jamais n’avoir soif ; venez au pain qui ne •• périt point, et au Fils de l’homme qui vous l’administre : à sa « chair, à son sang où est tout ensemble la vérité et la vie, parce
que c’est la chair et le sang, non point du fils de Joseph, comme « disaient les Juifs, mais du Fils de Dieu. O Seigneur! donneq-
». Ibid., 4, i 3 . — 1. Joann. vi, 54.— 3 . Ibid., 33 . — 4. Joann. vi, 34. — 5 . Ibid., iv, 10, J 5 .