LIVRE QUATRIÈME
4. Si donc il ne m’est pas permis de puiser à la plénitude de la source, et de m’y désaltérer parfaitement, j’approcherai cependant ma bouche de l’ouverture par où s’écoulent les eaux célestes, afin d’en recueillir au moins une petite goutte pour apaiser ma soif, et ne pas tomber dans une entière sécheresse.
Et si je ne puis encore être tout céleste et tout de feu, comme les Chérubins et les Séraphins, je m’efforcerai pourtant de m’animer à la piété, et de préparer mon cœur, afin qu’en participant avec humilité à ce Sacrement de vie, je reçoive au moins quelque légère étincelle de ce feu divin.
Bon Jésus, Sauveur très saint, suppléez vous-même, par votre bonté et votre grâce, à ce qui me manque, vous qui avez daigné appeler à vous tous les hommes, en disant : Vene^ à moi, vous tous qui êtes accablés de travail et de douleur, et je vous soulagerai'.
5. Je travaille à la sueur de mon front, mon cœur est brisé de douleur, le poids de mes péchés m’accable, les tentations m’agitent, une foule de passions mauvaises m’enveloppent et me pressent; et il n’y a personne qui me secoure, qui me délivre, qui me sauve, si ce n’est vous, Seigneur mon Dieu , mon Sauveur, entre les mains de qui je me remets, et tout ce qui est à moi, afin que vous me protégiez et me conduisiez à la vie éternelle.
Recevez-moi pour l’honneur et la gloire de votre nom, vous qui m’avez préparé votre corps et votre sang pour nourriturç et pour breuvage.
« Faites, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, que ma fer- « veur et mon amour croissent d’autant plus, que je parti ticipe plus souvent à ce divin mystère’. »
RÉFLEXION
Jésus-Christ, près de quitter la terre, promit à ses disciples de leur envoyer l’Esprit consolateur 3 : et c’est ce divin Esprit qui
1 . Matth. xi, 28. — 2. Oraison de l'Église. — 3 . Joann. xiv, 26.
294 l’imitation DE JÉSUS-CHRIST.
nous est donné dans les sacrements de la nouvelle alliance. Amour substantiel du Père et du Fils, il aide notre infirmité, car nous ne savons pas demander comme il faut, mais l’Esprit demande pour nous avec des gémissements ineffables ; et celui qui scrute les cœurs sait ce que désire l’Esprit, parce qu'il demande selon Dieu pour les Saints'. Par une invisible opération aussi douce que puissante, il incline librement notre volonté au bien, il la purifie, il l’élève vers Dieu : il est notre force, comme le Verbe est notre lumière. Or, quand nous possédons en nous Jésus-Christ, nous possédons le Verbe même, et nous participons à tous les dons que le Verbe et l’Esprit, qui procède de lui, répandent incessamment sur l’humanité sainte du Sauveur, devenu un avec nous par la communion de son corps et de son sang, de son âme et de sa divinité, qui en est inséparable. En lui sont toutes les richesses de la plénitude de l'intelligence, tous les trésors de la sagesse et de la science souveraine * : et ces trésors, il les ouvre pour nous dans le sacrement de l’Eucharistie; il nous dispense, selon nos besoins, ces célestes richesses : tandis que l’Esprit sanctificateur nons embrase de ses flammes divines qui consument les dernières traces du péché, nous donnent comme un avant-goût de la félicité céleste, et nous préparent à en jouir pleinement, lorsque nous aurons atteint le terme heureux de nos épreuves sur la terre. Allez donc à la source des grâces, allez à l’autel, allez à Jésus : et à qui, Seigneur, irons-nous ? Vous seul aveq les paroles de la vie éternelle 3 . Languissant, vous nous fortifiez; affligés, vous nous consolez; troublés par les tempêtes qui s’élèvent au dedans et au dehors de nous, vous commande f aux vents, et il se fait un grand calme L O Jésus, votre amour me presse*, et mon âme a défailli dans l’ardeur de s'unir à vous. C’est là tout, mon désir, je n’en ai point d’autre, je ne veux que vous, ô mon Dieu! Oh! quand pourrai-je dire : Mon bienaimé est à moi, et je suis à lui 8 : ce n’est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi 1 * ?
i. Rom. vin, 26, 27. — 2. Coloss. 11, 2, 3 . — 3 . Joann. vi, 6g. — 4.
Marc, iv, 3 g. — 5 . II Cor. v, 14. — 6. Gant. 11, 16. — 7. Galat. n, 20.