LIVRE QUATRIÈME. — CHAPITRE X. 3c
Purifiez-vous promptement, hàtez-vous de rejeter le venin et de recourir au remède; vous vous en trouverez mieux que de différer longtemps.
Si vous différez aujourd’hui pour une raison, peut-être s’en présentera-t-il demain une plus forte; et vous pourriez ainsi être sans cesse détourné de la Communion, et sans cesse vous y sentir moins disposé.
Ne perdez pas un moment, secouez votre langueur, déchargez-vous de ce qui vous pèse : car à quoi revient-il de vivre toujours dans l’anxiété, toujours dans le trouble, et d’être éloigné chaque jour par de nouveaux obstacles de la Table sainte?
Rien au contraire ne nuit davantage que de s’abstenir longtemps de communier, car d’ordinaire l’àme tombe par là dans un profond assoupissement.
O douleur! il se rencontre des chrétiens si tièdes et si lâches, qu’ils saisissent avec joie tous les prétextes pour différer à se confesser, et dès lors aussi à communier, afin de n’être pas obligés de veiller avec plus de soin sur euxmêmes.
5. Hélas! qu’ils.ont peu de piété, peu d’amour, ceux qui se privent si aisément de la sainte Communion!
Qu’il est heureux, au contraire, et agréable à Dieu, celui qui vit de telle sorte, et qui conserve sa conscience si pure, qu’il serait préparé à communier tous les jours, et communierait en effet s’il lui était permis, et qu’il pût le faire sans singularité!
Si quelqu’un s’en abstient quelquefois par humilité, ou par une cause légitime, on doit louer son respect.
Mais si sa ferveur s’est refroidie, il doit se ranimer, et faire tout ce qu’il peut; et Dieu secondera ses désirs, à cause de la droiture de sa volonté qu’il considère principalement.
6. Que si des motifs légitimes l’empêchent d’approcher de la sainte Table, il conservera toujours l’intention et le saint désir de communier; et ainsi il ne sera pas entièrement privé du fruit du Sacrement.
3lO l’imitation DE JÉSUS-CHRIST.
Quoique tout fidèle doive, à certains jours et au temps fixé, recevoir, avec un tendre respect, le Corps du Sauveur dans son Sacrement, et rechercher en cela plutôt la gloire de Dieu que sa propre consolation; cependant il peut aussi communier en esprit tous les jours, à toute heure, avec beaucoup de fruit.
Car il communie de cette manière, et se nourrit invisiblement de Jésus, toutes les fois qu’il médite avec piété les mystères de son Incarnation et de sa Passion, et qu’il s’enflamme de son amour.
7. Celui qui ne se prépare à la Communion qu’aux approches des fêtes, ou quand la coutume l’y oblige, sera souvent mal préparé.
Heureux celui qui s’offre au Seigneur en holocauste, toutes les fois qu’il célèbre le sacrifice, ou qu’il communie.
Ne soyez, en célébrant les saints mystères, ni trop lent ni trop prompt, mais conformez-vous à l’usage ordinaire et régulier de ceux avec qui vous vivez.
11 ne faut point fatiguer les autres ni leur causer d’ennui, mais suivre l’ordre commun établi par vos pères, et consulter plutôt l’utilité de tous, que votre attrait et votre piété particulière.
RÉFLEXION
Qu’il faille exciter des chrétiens à s’asseoir à la Table sainte, à se nourrir du pain de vie, à recevoir en eux l ’ auteur et le consommateur de la foi ', le Sauveur des hommes, le Verbe de Dieu ; qu’ils cherchent de tous côtés des prétextes pour se tenir éloignés de lui ; qu’ils regardent comme une dure obligation le devoir qu’impose l’Église de participer, en certains temps, au corps et au sang de Jésus-Christ : c’est quelque chose de si prodigieux et tout ensemble de si effrayant, que l’âme fuit cette pensée, comme elle fuirait une vision de l’enfer. Mais, parmi les fidèles que l’amour attire au banquet sacré de l’Époux, il en est qui, abusés par de tristes et fausses doctrines, ou retenus par les scrupules d’une conscience timide à l’excès, ne se croient jamais assez préparés, et se privent volontairement de la divine Eucharistie, à cause du respect même que leur