‹ L'Imitation de Jésus-ChristChapitre 47 sur 306 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE XXI. j · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE XXI. j

3. N’attirez pas à vous les affaires d’autrui; et ne vous embarrassez point dans celles des grands.

Que votre œil soit ouvert sur vous d’abord^ et avant de reprendre vos amis, ayez soin de vous reprendre vousmême.

Si vous n’avez point la faveur des hommes, ne vous en attristez point; mais que votre peine soit de ne pas vivre aussi bien et avec autant de vigilance que le devrait un serviteur de Dieu et un bon religieux.

Il est souvent plus utile et plus sûr de n’avoir pas beaucoup de consolation en cette vie, et surtout de consolations sensibles.

Cependant, si nous sommes privés des consolations divines, ou si nous ne les éprouvons que rarement, la faute en est à nous, parce que nous ne cherchons point la componction du cœur, et que nous ne rejetons pas entièrement les vaines consolations du dehors.

4. Reconnaissez que vous êtes indigne des consolations célestes, et que vous méritez plutôt de grandes tribulations.

Quand l’homme est pénétré d’une parfaite componction, le monde entier lui est alors amer et insupportable.

Le juste trouve toujours assez de sujets de s’affliger et de pleurer.

Car, en considérant, soit lui-même, soit les autres, il sait que nul ici-bas n’est sans tribulation; et plus il se regarde attentivement, plus profonde est sa douleur.

Le sujet d’une juste affliction et d’une grande tristesse intérieure, ce sont nos péchés et nos vices, dans lesquels nous sommes' tellement ensevelis, que rarement pouvonsnous contempler les choses du ciel.

5. Si vous pensiez plus souvent à votre mort qu’à la longueur de la vie, nul doute que vous n’auriez plus d’ardeur pour vous corriger.

Et si vous réfléchissiez sérieusement aux peines de l’Enfer et du Purgatoire, je crois que vous supporteriez volon-

tiers le travail et la douleur, et que vous ne redouteriez aucune austérité.

Mais parce que ces vérités ne pénètrent point jusqu’au cœur, et que nous aimons encore ce qui nous flatte, nous demeurons froids et négligents.

6. Souvent c’est langueur de Pâme, si notre chair misérable se plaint si aisément.

Priez donc humblement le Seigneur qu’il vous donne l'esprit de componction, et dites avec le Prophète : Nourrisseq-moi, Seigneur, du pain des larmes, abreuveq-moi du calice des pleurs' .

RÉFLEXION

La douleur est le fond de la vie humaine. Souffrances du corps, maladies de l’âme, inquiétudes, afflictions, péché, tel est l’accablant fardeau qu’il nous faut porter, depuis notre naissance jusqu’à la tombe; et cependant, à force de travail, l’homme parvient à découvrir, au milieu de ses misères, je ne sais quelles joies insensées dont il s’enivre avidement. Fuyons ces folles joies du monde : arrêtons notre pensée sur le châtiment qui les doit suivre, sur nos fautes si multipliées; et demandons à Dieu, avec la componction du cœur, ce repentir plein d'amour, ces heureuses larmes que Jésus a bénies par ces consolantes paroles : Beaucoup de pochés vous sont remis , parce que vous aveq beaucoup aimé 1 .

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