LIVRE DEUXIÈME. — CHAPITRE PREMIER
Tout passe : et vous passez avec tout le reste.
Prenez garde de vous attacher à quoi que ce soit, de peur d’en devenir l’esclave, et de vous perdre.
Que sans cesse votre pensée monte vers le Très-Haut, et votre prière vers Jésus-Christ.
Si vous ne savez pas encore vous élever aux contemplations célestes, reposez-vous dans la Passion du Sauveur, et aimez à demeurer dans ses plaies sacrées.
Car si vous vous réfugiez avec amour dans ces plaies et ces précieux stigmates, vous sentirez une grande force au temps de la tribulation ; vous vous inquiéterez peu du mépris des hommes, et vous supporterez aisément les paroles médisantes. '
5. Jésus-Christ a été aussi méprisé des hommes en ce monde, et, dans les plus extrêmes angoisses, abandonné des siens, de ses amis, de ses proches, au milieu des opprobres.
Jésus-Christ a voulu souffrir et être méprisé, et vous osez vous plaindre de quelque chose I
Jésus-Christ a eu des ennemis et des détracteurs, et vous voudriez n’avoir que des amis et des bienfaiteurs 1
Comment votre patience méritera-t-elle d’être couronnée, s’il ne vous arrive rien de pénible?
Si vous ne voulez rien souffrir, comment serez-vous ami de Jésus-Christ?
Souffrez avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, si vous voulez régner avec Jésus-Christ.
6. Si une seule fois vous étiez entré bien avant dans le cœur de Jésus, et que vous eussiez ressenti quelque mouvement de son amour, que vous auriez peu de souci de ce qui peut ou vous contrarier ou vous plaire! Vous vous réjouiriez d’un outrage reçu, parce que l’amour de Jésus apprend à l’homme à se mépriser lui-même.
Celui qui aime Jésus et la vérité, un homme vraiment intérieur, et dégagé de toute affection déréglée, peut librement s’approcher de Dieu, et, s’élevant en esprit au-dessus
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de soi-même, se reposer en lai par une jouissance anticipée.
7. Celui qui estime les choses suivant ce qu’elles sont, et non d’après les- discours et l’opinion des hommes, est vraiment sage; et c’est Dieu qui l’instruit plus que les hommes.
Celui qui vit au dedans de lui-même, et qui s’inquiète peu des choses du dehors, tous les lieux lui sont bons, et tous les temps pour remplir ses pieux exercices.
Un homme intérieur se recueille bien vite, parce qu’il ne se répand jamais tout entier au dehors.
Les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps, ne le troublent point ; mais il se prête aux choses, selon qu’elles arrivent.
Celui qui a établi l’ordre au dedans de soi, ne se tourmente guère de ce qu’il y a de bien ou de mal dans les autres.
L’on n’a de distractions et d’obstacles qu’autant que l’on s’en crée soi-même.
8. Si vous étiez ce que vous devez être, entièrement libre et détaché, tout contribuerait à votre bien et à votre avancement.
Mais beaucoup de choses vous déplaisent et souvent vous troublent, parce que vous n’étes pas encore tout à fait mort à vous-même et séparé des choses de la terre.
Rien n’embarrasse et ne souille tant le cœur de l’homme que l’amour impur des créatures.
Si vous rejetez les consolations du dehors, vous pourrez contempler les choses du del, et goûter souvent les joies intérieures.
RÉFLEXION
L’âme chrétienne, détachée du monde, n’a qu’un désir pour le temps comme pour l’éternité : d’être unie à Jésus, de cette union ineffable dont la divine peinture nous ravit dans le cantique mystérieux de l’amour. Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui,- il repose entre les lis, jusqu'à ce que l'aurore se lève, et que les ombres déclinent'. Hélas! que cherchez- vous au dehors? Rentrez,