‹ L'Imitation de Jésus-ChristChapitre 86 sur 306 · Je n’ai jamais rencontré d’homme si pieux et si parfait · texte numérisé non relu

Je n’ai jamais rencontré d’homme si pieux et si parfait

qui n’ait éprouvé quelquefois cette privation de la grâce, et une diminution de ferveur.

Nul Saint n’a été ravi si haut ni si rempli de lumière, qu’il n’ait été tenté avant ou après.

Car il n’est pas digne d’être élevé jusqu’à la contemplation de Dieu celui qui n’a pas souffert pour Dieu quelque tribulation.

La tentation annonce d’ordinaire la consolation qui doit suivre.

Car la consolation céleste est promise à ceux qu’a éprouvés la tentation. Celui qui vaincra , dit le Seigneur,^ lui donnerai à manger du fruit de l’arbre de la vie '.

8. La consolation divine est donnée, afin que l’homme ait plus de force pour soutenir l’adversité.

La tentation vient après, afin qu'il ne s’enorgueillisse pas du bien.

Car Satan ne dort point, et la chair n’est pas encore morte : c’est pourquoi ne cessez de vous préparer au combat, parce qu’à droite et à gauche sont des ennemis qui ne se reposent jamais.

RÉFLEXION

Bien que l’humanité sainte du Sauveur ne cessât de jouir, par son intime union avec le Verbe divin, d’une paix et d’une joie inaltérables, il ne laissait pas de ressentir souvent, dans la partie inférieure de rùme, les afflictions et les douleurs devenues l’apanage de notre nature depuis le péché. Qui n’a présentes ù l’esprit ces grandes paroles : Mon âme est triste jusqu’à la mort*. Mon père! mon père! pourquoi m’aveq-vous délaissé 3 ? Ansi l’âme chrétienne, sans perdre sa paix, est éprouvée aussi par la tristesse et les tribulations in-

i. Apoc. 11, 7. — 2. Matth. xxvi, 38 . — 3 . Ibid., xxvh, 46.

l’imitation de ji-sus-christ.

térieures. Si elle goûtait toujours la consolation, il serait à craindre qu’elle ne tombât peu à peu dans le relâchement ; et qu’aurait-elle d’ailleurs à offrir à son bien-aimé? La vertu se perfectionne dans l'infirmité. C'est l’Apôtre qui nous l’apprend, et il ajoute aussitôt : Je me glorifierai donc dans mes infirmités, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi 1 * . Cette espèce d’abandon, cet exil du cœur nous rappelle vivement notre misère, que nous oublions trop facilement, exerce notre foi, notre amour, et nous maintient dans l’humilité. Gardez-vous donc, en ces moments où Jésus paraît se retirer de vous, de fléchir sous le poids de l'épreuve, et de vous laisser aller au découragement. ■< Un des grands secours, dit un pieux au- « teur, pour bien porter sa croix, est d’en ôter l’inquiétude, et de « rendre cette peine tranquille par une totale conformité à la divine volonté s . >■ Au lieu de gémir et de vous troubler, réjouissez-vous plutôt ; car il est écrit : Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent dans l’allégresse. Ils allaient et pleuraient en répandant des semences ; ils reviendront pleins de joie, portant des gerbes dans leurs tnains 3 .

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