LIT. III. CBAP XX
votre serviteur affligé et dans le travail , et soyez prè3 de lui pour l’aider en tout ce qu’il entreprendra.
Remplissez-moi d’une force toute céleste, de peur que le vieil homme , et cette chair de péché qui n’est pas encore entièrement soumise à l’esprit, ne prévale et ne domine ; elle , contre qui nous devons combattre jusqu’au dernier soupir, dans cette vie chargée de tant de misères.
Hélas! qu’est-ce que cette vie, assiégée de toutes parts de tribulations et de peines, environnée de pièges et d’ennemis ?
Est-on délivré d’une affliction ou d’une tentation , une autre lui succède ; et l’on combat même encore la première , que d’autres surviennent inopinément.
4.. Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d’amertumes, sujette à tant de maux et de calamités?
Comment peut-on même appeler vie ce qui engendre tant de douleurs et tant de morts?
Et cependant on l’aime, et plusieurs y cherchent leur félicité.
On reproche souvent au monde d’être trom-
f teur et vain ; et toutefois on le quitte difficiement , parce qu’on est encore dominé par les convoitises de la chair.
Certaines choses nous inclinent à aimer le monde , d’autres à le mépriser.
Le désir de la chair, le désir des yeux, et
V orgueil de la vie 1 , inspirent l’amour du monde; mais les peines et les misères qui les suivent justement produisent la haiue et le dégoût du monde.
5. Mais, hélas! le plaisir mauvais triomphe de l’âme livrée au monde : elle se repose avec délices dans l’esclavage des sens , parce qu’elle ne connaît pas et n’a point goûté les suavités célestes , ni le charme intérieur de la vertu.
Mais ceux qui , méprisant le monde parfaitement , s’efforcent de vivre pour Dieu sous une sainte discipline , n’ignorent point les divines douceurs promises au vrai renoncement, et voient avec clarté combien le monde , abusé par des illusions diverses , s’égare dangereusement.
RÉFLEXION
Que sont les épreuves qui nous viennent du dehors, comparées à celles que nous trouvons au dedans de nous-mêmes? On résiste aux premières avec toutes ses forces ; elles sont divisées dans les secondes, et les puissances de l'âme se combattent mutuellement: combat terrible que saint Paul a peint en quelques traits. « Je ne fais pas le bien que je veux , et le mal « que je ne veux pas, je le fais. Je me réjouis dans la « loi de Dieu, selon l'homme intérieur, et je vois dans « mes membres une autre loi , qui répugne à la loi de « mon esprit et me captive sousla loi du péché, qui est « dans mes membres’ 2 . » Voilà ce qui désole les âmes fidèles , humiliées de cette guerre honteuse , et sans cesse tremblant de succomber; voilà ce qui faisait dire à l'Apôtre : Qui me délivrera du corps de cette mort?
‘ [. Joann., il, 16. — * Rom., vu, 19, 22, 28.