LIT. III. CHAP. XXXVI. 25S
dification et le salut des autres j mais il n’a pu empêcher qu’ils ne l’aient quelquefois condamné ou méprisé.
C’est pourquoi il a remis tout à Dieu , qui connaît tout ; et il n’a opposé que l’humilité et la patience aux reproches injustes, aux faux soupçons et aux mensonges de ceux qui se livraient , dans leurs discours , à tout ce que leur suggérait la passion.
Il s’est cependant justifié quelquefois, de peur que son silence ne causât du scandale aux faibles.
3. Qu'avez-vous à craindre d'un homme mortel 1 ? 11 est aujourd’hui , et demain il aura disparu.
Craignez Dieu , et vous ne redouterez rien des hommes.
Que peut contre vous un homme par des paroles ou des outrages? Il se nuit plus qu’à vous, et, quel qu’il soit, il n’évitera pas le jugement de Dieu.
Ayez Dieu toujours présent , et laissez là les contestations et les plaintes.
Que si vous paraissez succomber maintenant , et souffrir une confusion que vous ne *néritez pas, n’en murmurez point, et ne diminuez pas votre couronne par votre impatience.
Levez plutôt vos regards au ciel, vers moi, qui suis assez puissant pour vous délivrer de
1 Is., Ll, 12.
260 l’imitation de jéscs-christ.
l’opprobre et de l’injure, et pour rendre à chacun selon ses œuvres \
RÉFLEXION
Pourquoi vous inquiéter des jugements des hommes» et que vous font leurs vaines pensées? Ils ne voient tout au plus que les dehors : leur œil ne pénètre point au fond de Pâme, là où sont cachés le bien et le mal. Ne vous affligez donc point s'ils vous condamnent, et ne vous élevez point s’ils vous louent. Mais prosternezvous devant Dieu , et dites-lui : Si vous scrutez. Seigneur , nos iniquités , qui soutiendra votre regard 2 ? Quelques-uns s’exagèrent l’importance de ce qu’ils appellent leur réputation, et dans l’excessive chaleur avec laquelle ils la défendent , il y a souvent plus d’amour-propre que dezèle véritable. Jésus-Christ chargé d’outrages nous a donné un autre exemple : il s’est tu et n'a point ouvert la bouche 3 . Tous les saints ont été comme lui persécutés et calomniés. Quand on a fait ce qui dépendait de soi pour ne pas scandaliser ses frères, la conscience doit être tranquille : il ne reste plus qu’à demeurer en paix dans l’humiliation. Dieu sait tout, et cela suffit. J’estime, écrivait saint Paul aux Corinthiens, j’estime que ce m’est peu de chose d'étre jugé par vous, ou par aucun tribunal humain; je ne me juge pas moi-méme ; celui qui me juge, c’est le Seigneur. Ne jugez donc point avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne : il éclairera ce qui est caché dans les ténèbi'es, il manifestera les conseils des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu la louange qu’il mérite 4 . *
1 Rom., il, 6. — 2 Ps. cxxix, 3. — 3 Ps. xxxviu, 10. — 4 Cor., iv, 3-5.