‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 217 sur 323 · LIT. III. CHAP. LUI · texte numérisé non relu

LIT. III. CHAP. LUI

Car votre cœur ne peut être à moi , et se plaire en même temps à ce qui passe.

Il vous faut séparer de vos connaissances et de vos amis , et sevrer votre âme de toute consolation terrestre.

C’est ainsi aue le bienheureux apôtre Pierre conjure les fiaèles. serviteurs de Jésus-Christ de se regarder ici-bas comme des étrangers et des voijageurs '.

2. Oh ! qu’il aura de confiance à l’heure de la mort , celui que nul attachement ne retient en ce monde!

Mais un esprit encore malade ne comprend

f >as que le cœur soit ainsi détaché de tout ; et ’homme charnel ne connaît point la liberté de l’homme intérieur.

Cependant, pour devenir vraiment spirituel , il faut renoncer à ses proches comme aux étrangers , et ne se garder de personne plus que de soi-même.

Si vous parvenez à vous vaincre parfaitement, vous vaincrez aisément tout le reste.

La parfaite victoire est de triompher de soi- / même.

Celui qui se tient tellement assujetti , que les sens obéissent à la raison, et que la raison m’obéisse en tout , est véritablement vainqueur de lui-même et maître du monde.

3. Si vous aspirez à cette haute perfection, il faut commencer avec courage et mettre la

* I. Pet., h, li.

cognée à la racine de l’arbre , pour arracher et détruire jusqu’aux restes les plus cachés de l’amour déréglé de vous-même , et des biens sensibles et particuliers.

De cet amour désordonné que l’homme a pour lui-même, naissent presque tous les vices qu’il doit vaincre et déraciner; et dès qu’il l’aura subjugué pleinement, il jouira d’un calme et d’une paix profonde.

Mais parce qu’il en est peu qui travaillent à mourir parfaitement à eux-mêmes , et à sortir d’eux-mêmes entièrement, ils demeurent comme ensevelis dans la chair, et ne peuvent s’élever au-dessus des sens.

Celui qui veut me suivre librement, il faut qu’il mortifie toutes ses inclinations déréglées, et qu’il ne s’attache à nulle créature par un amour de convoitise ou particulier.

RÉFLEXION

Personne ne peut servir deux maîtres ; car , ou il aimera l'un et haïra l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l'autre 1 . Nous ne pouvons servir à la fois Dieu et le monde ; et la vie chrétienne consiste à s affranchir de l’esclavage du monde, pour acquérir la liberté des enfants de Dieu 2 . Or la grâce combat en nous pour Dieu, contre la nature corrompue qui nous entraîne vers le monde ; combat terrible dont on ne sort vainqueur qu’en mourant à soi-mème, à ses pensées, à scs goûts, à ses inclinations ; et la mort corporelle, qui termine à jamais la lutte entre la nature et la grâce, est' la dernière victoire du chrétien ; ce qui faisait dire à l’apôtre saint Paul : Qui me délivrera

% Malth., vi, 24. — * Rom., vui, 21.

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