CHAPITRE VHI
De l’oblation de Jésus-Christ sur la Croix, et de la résignation de soi même.
VOIX DU BIEN-AIMÉ
4. Comme je me suis offert volontairement pour vos péchés, à mon Père, les bras étendus sur la Croix, et le corps nu, ne réservant rien, et m’immolant tout entier, pour apaiser Dieu : ainsi vous devez tous les jours, dans le sacrifice de la Messe, vous offrir à moi, comme une hostie pure et sainte, du plus profond de votre cœur, et de toutes les puissances de votre âme.
Que demandé-je de vous, sinon que vous .
vous abandonniez à moi sans réserve ?
Tout ce que vous me donnez, hors vous, ne m’est rien, parce que c’est vous que je veux, et non pas vos dons.
2. Comme tout le reste ne vous suffirait pas sans moi, ainsi aucun de vos dons ne peut me plaire si vous ne vous donnez vous-même.
• Offrez- vous à moi, donnez-vous pour Dieu,
tout entier, et votre oblation me sera agréable.
Je me suis offert tout entier pour vous à mon Père ; je vous ai donné tout mon Corps et tout mon Sang pour nourriture, afin d’être
L’IMITATION DE JÉaUS-CUUlST.
tout à vous, et que vous fussiez à jamais tout à moi.
Mais si vous demeurez en vous-même, si vous ne vous abandonnez pas sans réserve à ma volonté, votre oblation n’est pas entière, et nous ne serons pas unis parfaitement.
L’oblation volontaire de vous-même, entre les mains de Dieu, doit donc précéder toutes vos œuvres, si vous voulez acquérir la grâce et la liberté.
S’il en est si peu qui soient éclairés de ma lumière, et qui jouissent de la liberté intérieure, c’est qu’ils ne savent pas se renoncer entièrement eux- mêmes.
Je l’ai dit, et ma parole est immuable : Si quelqu’un ne renonce pas à tout, il ne peut être mon disciple l . Si donc vous voulez être mon disciple, offrez-vous à moi avec toutes vos affections.
RÉFLEXION
On n’aurait qu'une idée bien faible et bien incomplète du sacrifice de la Croix, si l’on n’y voyait que ce qui paraît, pour ainsi dire, aux sens. Jésus-Christ a offert non-seulement son corps sacré, en proie à toutes les souffrances et à toutes les angoisses que peut endurer la nature humaine, mais encore son âme sainte étroitement unie au Verbe divin, toutes ses douleurs, toutes ses affections, toutes ses volontés, et l’agonie et le délaissement qui tira de son cœur ce dernier cri : Mon Père, pourquoi m’avez-vous abandonné 2 ? En cet état il représentait l’humanité entière condamnée à mourir, et l’homme en effet fut frappé de mort jusque dans les plus secrètes pro-
i Luc., xiv, 15. — 8 Matth., xxni; 47,