L1V. I. CHAP. XX
deviendra comme une amie chère, et sera votre consolation la plus douce.
0. Dans le silence et le repos , l’àme pieuse fait de grands progrès , et pénètre ce qu’il y a de caché dans l’Ecriture.
Là, elle trouve la source des larmes dont elle se lave et se purifie toutes les nuits ; et elle s’unit d’autant plus familièrement à son Créateur, qu’elle vit plus éloignée du tumulte du monde.
Celui donc qui se sépare de ses connaissances et de ses amis 1 , Dieu s’approchera de lui avec les saints Anges.
Il vaut mieux être caché et prendre soin de son âme , que de faire des miracles et de s’oublier soi-même.
Il est louable dans un religieux de sortir rarement, et de n’aimer ni à voir les hommes ni à être vu d’eux.
7. Pourquoi voulez-vous voir ce qu’il ne vous est point permis d’avoir? '
Le monde passe et sa concupiscence.
Les désirs des sens entraînent çà et là; mais , l’heure passée , que rapportez-vous , qu’une conscience pesante et un cœur dissipé?
Parce qu’on est sorti dans la joie, souvent on revient dans la tristesse ; et la veille joyeuse du soir attriste le matin.
Ainsi toute joie des sens s’insinue avec douceur, mais à la fin elle blesse et tue.
8. Que pouvez-vous voir ailleurs que vous ye voyiez où vous êtes? Voilà le ciel , la terre,
66 t’iMITATION DE JÉSCS-CHR1ST.
les éléments : or, c’est d’eux que tout est fait.
Où que vous alliez, que verrez-vous qui soi!
stable sous le soleil?
Vous croyez peut-être vous rassasier ; mais vous n’y parviendrez jamais.
Quand vous verriez toutes choses à la fois , que serait-ce qu’une vision vaine?
Levez les yeux en haut vers Dieu , et priez pour vos péchés et vos négligences.
Laissez aux hommes vains les choses vaines :
E ourvous, ne vous occupez que de ce que lieu vous commande.
Fermez sur vous votre porte, et appelez à vous Jésus votre bien-aimé.
Demeurez avec lui dans votre cellule : car vous ne trouverez nulle part autant de paix.
Si vous n’étiez pas sorti , et que vous n’eussiez pas entendu quelque bruit du monde, vous seriez demeuré dans cette douce paix :
mais parce que vous aimez à entendre des choses nouvelles , il vous faut supporter ensuite le trouble du cœur.
RÉFLEXION
Que cherchez- vous dans le monde ? le bonheur? Il n’y est pas. Ecoutez ce cri de détresse , cette plainte lamentable qui s’élève de tous les points de la terre , et se prolonge de siècle en siècle. C’est la voix du monde. Qu’y cherchez-vous encore? Des lumières, des secours, des consolations, pour accomplir en paix votre pèlerinage i Le monde est livré à l’esprit de ténèbres 1 , à toutes les convoitises qu’il inspire , à tous
' I. Joaun., v, 19,
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les crimes et à tous les maux dont il est le principe ; et c’est pourquoi le prophète s’écriait : Je' me suis éloigné , fai fui, et fai demeuré dans la solitude *. Là , dans le silence des créatures. Dieu parle au cœur, et sa parole est si merveilleuse, si douce et si ravissante, que l’âme ne veut plus entendre que lui , jusqu’au jour où tous les voiles étant déchirés, elle le contemplera face à face 2 . Le christianisme a peuplé le désert de ces âmes choisies , qui ? se dérobant au monde , et foulant aux pieds ses plaisirs, ses honneurs, ses trésors, et la chair, et le sang, nous offrent, dans la pureté de leur vie , une image ae la vie des anges. Cependant les Chrétiens ne sont pas tous appelés à ce sublime état de perfection ; mais au milieu du bruit et du tumulte de la société, tous doivent se créer, au fond de leur cœur , une solitude où ils puissent se retirer pour converser avec Jésus-Christ, et se recueillir en sa présence. C’est ainsi que ramenés des peusées du temps à la pensée des choses éternelles, ils auront à dégoût celles qui passent, et seront dans le monde comme n’en étant pas : heureux état où s’accomplit pour le fidèle ce que dit l’Apôtre : notre me est cachée avec Jésus- Christ en Dieu 8 .