‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 76 sur 323 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la reconnaissance pour la grâce de Dieu.

i . Pourquoi cherchez-vous le repos , lorsque vous êtes né pour le .travail?

Disposez-vous à la patience plutôt qu’aux consolations, et à porter la croix plutôt qu’à goûter la joie.

Quel est l’homme du siècle qui ne reçût volontiers les joies et les consolations spirituelles , s’il pouvait en jouir toujours?

Car les consolations spirituelles surpassent

* II. Cor., xii. 9.—* Boudon, les Saintes Voies de la Croix, liv. II, enap. ni. — 8 Ps. exxv, 5. 6.

UT. 11. CIUP. X. 125

toutes les délices du monde et toutes les voluptés de la chair.

Toutes les délices du monde sont ou honteuses ou vaines; les délices spirituelles sont seules douces et chastes , nées des vertus et répandues par Dieu dans les cœurs purs.

Mais nul ne peut jouir, toujours à son gré, des consolations divines; parce que la tentation ne cesse jamais longtemps.

2. Une fausse liberté d’esprit et une grande confiance en soi-même forment un grand obstacle aux visites d’en haut.

Dieu accorde à l’homme un grand bien en lui donnant la grâce de la consolation ; mais l’homme fait un grand mal, quand il ne remercie pas Dieu de ce don , et ne le lui rapporte pas tout entier.

Si la grâce ne coule point abondamment sur nous, c’est que nous sommes ingrats envers son Auteur, et que nous ne remontons point à sa source première.

Car la grâce n’est jamais refusée à celui qui la reçoit avec gratitude, et Dieu ordinairement donne à l’humble ce qu’il ôte au superbe.

3. Je ne veux point de la consolation qui m’ôte la componction; je n’aspire point à la contemplation qui conduit à l’orgueil.

Car tout ce qui est élevé n’est pas saint; tout ce qui est doux n'est pas bon; tout désir n’est pas pur; tout ce qui est cher à l’homme n’est pas agréable à Dieu.

J’aime une grâce qui me rend plus humble,

plus vigilant , plus prêt à nie renoncer moimême.

L’homme instruit par le don de la grâce , et par sa privation . n’ôsera s’attribuer aucun bien ; mais plutôt il confessera son indigence et sa nudité.

Donnez à Dieu ce qui est à Dieu ; et ce qui est de vous, ne l’imputez qu’à vous. Rendez gloire à Dieu de ses grâces , et reconnaissez que, n’ayant rien à vous que le péché, rien ne vous est dû que la peine du péché.

4. Mettez-vous toujours à la dernière place *, et la première vous sera donnée ; car ce qui est le plus élevé s’appuie sur ce qui est le plus bas.

Les plus grands Saints aux yeux de Dieu, sont les plus petits à leurs propres yeux ; et

E lus leur vocation est sublime , plus ils sont umbles dans leur cœur.

Pleins de la vérité et de la gloire céleste, iis ne sont pas avides d’une gloire vaine.

Fondés et affermis en Dieu, ils ne sauraient s’élever en eux-mêmes.

Rapportant à Dieu tout ce qu’ils ont reçu de bien , ils ne recherchent point la gloire que donnent les hommes, et ne veulent que celle qui vient de Dieu seul : leur unique but , leur désir unique, est qu’il soit glorifié en luimême et dans tous les Saints, par-dessus toutes choses.

‘Luc, xiv, 10.

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