‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 84 sur 323 · LIT. II. CHÀP. XII · texte numérisé non relu

LIT. II. CHÀP. XII

Vous ne craindrez pas même le démon , votre ennemi , si vous êtes armé de la foi et marqué de la Croix de Jésus-Christ.

JO. Disposez-vous donc, comme un bon et fidèle serviteur de Jésus-Christ, à porter courageusement la Croix de votre maître, crucifié par amour pour vous.

Préparez-vous à souffrir mille adversités , mille traverses dans cette misérable vie : car voilà partout ce qui vous attend , ce que vous trouverez partout , en quelque lieu que vous vous cachiez.

Il faut qu’il en soit ainsi : et à cette foule de maux et de douleurs , il n’y a d’autre remède que de vous supporter vous-même.

Buvez avec joie le calice du Sauveur, si son amour vous est cher et si vous désirez avoir part à sa gloire.

Laissez Dieu disposer de ses consolations :

qu’il ies répande comme il lui plaira.

Pour vous , choisissez les souffrances , et regardez -les comme des consolations d’un grand prix : car toutes les souffrances du temps n’ont aucune proportion avec la gloire future, et ne sauraient vous la mériter ', quand seul vous les supporteriez toutes.

il. Lorsque vous en serez venu à trouver la souffrance douce, et à l’aimer pour Jésus- Christ, alors estimez-vous heureux, parce que vous avez trouvé le Paradis sur la terre.

1 Rom., tiii, 18,

138 l’imitation de jésüs-crrist.

Mais tandis que la souffrance tous sera amère, et que vous la fuirez, vous vivrez dans le trouble; et la tribulation que vous fuirez vous suivra partout.

12. Si vous vous appliquez à être ce que vous devez être , à souffrir et à mourir, bientôt vos peines s’adouciront , et vous aurez la paix.

Quand vous auriez été ravi, avec Paul) jusqu’au troisième Ciel , vous ne seriez pas pour cela assuré de ne rien souffrir. Je lui montrerai, dit Jésus , combien il faut qu’il souffre pour mon nom .

Il ne vous reste donc qu’à souffrir, si vous voulez aimer Jésus et le servir constamment !

13. Plût à Dieu que vous fussiez digne de souffrir quelque chose pour le nom de Jésus ! Quelle gloire vous serait réservée ! Quelle joie parmi tous les Saints ! Quelle édification pour le prochain !

Car tons recommandent la patience, quoique peu cependant veuillent souffrir.

Avec quelle joie vous devriez souffrir quelque chose pour Jésus , lorsque tant d’autres souffrent beaucoup plus pour le monde !

Id. Sachez, et croyez fermement, que votre vie doit être une mort continuelle ; et que plus on meurt à soi-même , plus on commence à vivre pour Dieu.

Nul n’est propre à comprendre les choses

* Act. ix, 10.

tiv. h. au®, xit.

da Ciel , s'il ne se soumet à supporter les adversités pour Jésus-Christ.

Rieti n’est plus agréable à Dieu , rien ne vous est plus salutaire en ce monde , que de souffrir avec joie pour Jésus-Christ ; et si vous aviez à choisir, vous devriez plutôt souhaiter d’être affligé pour lui , que d’être comblé de consolations , parce que vous seriez alors plus semblable à Jésus-Christ et plus conforme à tous les Saints.

Car notre mérite et notre progrès dans la perfection ne consistent point dans la douceur et l’abondance des consolations , mais plutôt dans la force de supporter de grandes tribulations et de pesantes épreuves.

15. S’il y avait eu, pour l’homme, auelque chose de meilleur et de plus utile que ae souffrir, Jésus-Christ nous l’aurait appris par ses paroles et par son exemple.

Or, manifestement il exhorte à porter la croix, et les disciples qui le suivaient, et tons ceux qui voudraient le suivre, disant : Si quelquun veut marcher sur mes pas , qu’il renonce à soi-même, qu’il porte sa croix et qu’il me suive *.

Après donc avoir tout lu et tout examiné , concluons enfin qui/ nous faut passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu *.

* Matth. , xvi, 44. — 1 Act., xiv, 41.

RÉFLEXION

La doctrine de la Croix, scandale pour les Juif b et folie pour les Gentils 1 , est ce que les hommes comprennent le moins. Qu’un Dieu soit mort pour les sauver, leur iaisou s’abaissera devant ce mystère; mais qu’ils doivent s’associer à cet étonnant sacrifice , en mourant à eux -mêmes, à leurs passions, à leurs volontés, à leurs désirs, voilà ce qui les révolte, et leur fait dire comme les Capharnaïtes : Cette parole est dure, et qui peut l'entendre *? 11 faut bien pourtant que nous l'entendions , car notre salut dépend de là. Le ciel était séparé de la terre, la Croix les a réunis; et c’est du pied de la Croix que part tout ce qui va jusqu’au Ciel. Pressons-nous donc contre la Croix ; qu’elle soit ici-bas notre consolation .comme elle est notre force. Lorsque, dans sa bonté, Dieu nous envoie quelque épreuve , disons avec saint André : O douce Croix I si longtemps désirée , et préparée maintenant pour cette Ame qui la souhaitait ardemment ! Tous les Saints ont senti ce désir, tous ont tenu ce langage. Souffrir ou mourir, répétait souvent sainte Thérèse; et, dans la souffrance, elle trouvait plus de paix et de bonheur que n’en goûteront jamais ceux que le monde appelle heureux. Une seule larme versée aux pieds de Jésus est plus délicieuse mille fois que tous les plaisirs du siècle.

i I. Cor., i, 23. — * Joann., vi, 61.

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