LIV. III. C11AP. II
Ils n’agissent qu’au dehors ; mais vous éelai- . rez et instruisez les cœurs.
Ils arrosent extérieurement ; mais vous donnez la fécondité.
Leurs paroles frappent l’oreille ; mais vous ouvrez l’intelligence.
3. Que Moïse donc ne me parle point ; mais 1 vous, Seigneur mon Dieu, éternelle vérité!
parlez-moi , de peur que je ne meure, et que • je n’écoute sans fruit , si , averti seulement au dehors, je ne suis point intérieurement em- V brasé ; de peur que je ne trouve ma condamnation dans votre parole , entendue sans être accomplie, connue sans être aimée, crue sans être observée.
Parlez-moi donc , Seigneur, parce que votre serviteur écoute: vous avez les paroles de la vie éternelle *.
Parlez-moi pour consoler un peu mon âme, pour m’apprendre à réformer ma vie ; parlezmoi pour la louange, la gloire, l’honneur étemel de votre nom.
RÉFLEXION
H y a une voix qui nous parle intérieurement et comme dans le fond de l’âme, lorsque fermant l’oreille au bruit des créatures, nous ne voulons plus écouler que Dieu seul, et que nous l’appelons en nous de toute l’ardeur de nos désirs. C’est cette voix qui , loin de* hommes, ravissait au désert les Paul, les Antoine, le* Pacôme, et leur révélait sans obscurité les secrets de U science divine. C'est cette voix qui instruit les saints,
1 î. Re?., ni . 9 ; Joann., vi, 69.
Ut; l’imitation de jésus-chbist.
les enflamme , les console et les enivre , pour ainsi dire, de sa céleste douceur. Moïse et les prophètes étaient voilés pour les disciples d’Emmaüs : Jésus vient, et, à sa voix, les ombres qui offusquaient leur intelligence se dissipent; quelque chose d’inconnu se remue en eux, de sorte qu’ils se disaient l’un à l’autre : Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous , lorsqu'il nous parlait dans le chemin , et nous ouvrait les Ecritures 1 ? Et nous, pauvres infortunés que le tumulte du monde distrait encore , que ferons-nous ? Ne voulons-nous point aussi entendre Jésus? Comme les deux disciples, nous sommes en voyage; nous nous en allons vers l’éternité. Jésus, dans son amour, s’approche de nous; il se fait, en quelque sorte, le compagnon de notre route * : mais , nous trouvant si peu attentifs, il se retire, et nous marchons seuls. Effrayante solitude! Ah ! prenons garde que la nuit ne nous surprenne près du terme! Hàtons-nous de rappeler le divin guide, et disons-lui de toute notre âme : Seigneur demeures avec nous, car le soir se fait et déjà le jour baisse 3 !