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L'imitation de Jésus-Christ

Un pieux solitaire, caché dans robscurilé d'un cloilre, inconnu au monde, et ne sachant que Jésus cniciftê, s'est proposé d'offrir ce divin modèle aux hommes qui ne veulent poi:it périr; et ses paroles , pleines de grâce et de vérité, ont produit dans les âmes simples et bien préparées les fruits les plus ahondans de vie. Son ouvrage a mérité d'être nommé après l'Evangile. Partout il a obtenu les suffrages uni- } versels; et on a vu la sagesse du siècle recueillir plus d'une fois avec respect ses leçons, s'étonner de l'élévation de ses maximes, admirer la sainteté de ses préceptes, applaudir a la perfection de ses conseils, et confesser que Vlinilal'ion de Jésus-Christ renferme je ne sais quoi de tendre et d'affectueux qui console toutes les douleurs et essuie toutes les larmes. Mais tandis que le secret de ces beautés ravissantes est perdu pour lltomme insensé dont le cœur, semblable à un vase brisé, ne peut contenir aucune sacjesse , il se révèle, dit l'Esprit saint , à l'homme prudent qui atme à louer et à appliquer toute parole sage qu'il aura entendue. Jamais celte parole ne fut mieux louée et mieux

aitpliquée que dans ces jours mauvais où un Ponlife, annonçant les mystères du royaume de Dieu aux anies qui lui sont conflées, a puisé, connne Taulcur de VhuiKtlion, ses pensées, ses expressions, ses couleurs et ses images dans ces sources vivifiantes dont les eaux rejaillissent jusqu'à la vie éternelle. Mais combien cette application est encore plus frappante , lorsque , marchant sur les traces d'un Dieu pauvre et persécuté, il a appris tout ce qu'il devait souffrir pour son nom, et qu'il a su , du sein de sa pauvreté profonde, nourrir celui qui manquait do pain , et se constituer l'appui de Torplielin !

Puisse , Monseigneur, cette nouvelle traduction que je dépose aux pieds de Votre Grandeur, reproduire quelque chose du charme , de la douceur et de l'onction du texte original ! Puisse-t-elle , enrichie des réflexions que j'ai choisies dans les Pères et dans nos plus célèbres orateurs chrétiens, éclairer et diriger les esprits, changer et sanctifier les âmes, consoler et réjouir les cœurs!

Je suis, avec le plus profond respect,

Monseigneur,

De Votre Grandeur, Le très-humble et très obéissant-serviteur,

N. DASSANCE,

Clianoiiie lioiior.iire de Monlnnlmn , et Vic;iirc gi'iK'r.ii de Moi!l|)fllicr.

E lous les ouvrages inspirés par la religion, il n'en est point, aprèsTÉcritme, de plus utile, cle plus estimé et de plus généralement répandu que 17»»/tation de Jèsns-C]nist. C'est dans ce livre que la piété chrétienne aime à puiser ses lumières, l'âme affligée ses consolations, le pécheur repentant la miséricorde, l'infortuné la résignation dans ses maux, et celui qui a faim et soif de la justice, l'aliment divin qui répare ses forces et lui rend sa beauté pre- ^-^ mière. Portant toujours ses regards sur Jésus, le consommateur de sa foi, le pieux auteur nous détache d'un monde périssable et de ses joies mensongères ; il nous invite à le suivre dans celte région intérieure et spirituelle où l'on n'entend que la voix du Bien-Aimé; et soit qu'il soulève d'une main 'habile notre profonde misère , soit qu'il nous rappelle notre grandeur primitive, et nous indique les uîoyens d'atteindre à nos sublimes destinées, il nous abaisse sans nous dégrader, nous relève sans nous inspirer un fol orgueil; et il nous ouvre les sentiers de la paix sans nous laisser égarer dans les ombres de la mort. C'est ainsi (ju'après avoir embelli et paré noire âme de grâce , de

vertu et de sainteté, il nous fait contempler les richesses du sanctuaire, et qu'il nous permet de nous asseoir à la table sacrée pour y goûter les douceurs que Dieu a réservées à ceux qui l'aiment. -Ici le langage de l'auteur s'élève avec son sujet. Les entreliens du Verbe avec l'àme lidèle , l'excellence du sacrement de l'autel, la dignité du sacerdoce , les transports, len désirs brûlants de la créature vers son Dieu, le respect profond qu'elle doit apporter aux mystères de la foi, toutes ces merveilles de la loi d'amour, l'aiiteur de VlmiUdion les retrace dans un style plein d'éclat et de magnificence dont les livres saints et les Pères lui ont fourni les couleurs et les images.

Ce n'est donc pas déparer cet ouvrage que d'y joindre des réflexions tirées des plus célèbres docteurs de l'Église et de nos meilleurs orateurs chrétiens; plus d'une fois elles paraîtront la suite naturelle du chapitre, et les personnes d'un goût délicat reconnaîtront que le pieux auteur, loin d'être effacé par ce redoutable voisinage , a possédé au degré le plus éminent, comme ces génies immortels dont s'honore le christianisme, une profonde connaissance du cœur humain , une noble simplicité , et surtout celte onction céleste qui prouve que l'esprit de Dieu parlait aussi par sa bouche.

LTmitaiion de Jèsus-Chiisl fut traduite en français peu de temps après qu'elle eut paru ; mais ces premières versions sont difficiles à lire , et ne sont guère consultées que des savants et des bibliographes qui font une étude spéciale de tout ce qui peut les aider à découvrir le mécanisme de notre langue, et à suivre ses progrès et ses modifications. La traduction que le garde-des-sceaux Marillac publia en 1621 réunit, à beaucoup d'exactitude et de fidélité , la force , la concision , la candeur, et quelquefois le tour poétique de l'auteur latin. Celle de Sacy n'est qu'une paraphrase élé" gante où l'on cherche vainement la délicatesse et l'aimable simplicité du texte original. Cependant c'est son travail qui a servi de base à un libraire de Paris , nommé Jean Cusson , dont la version , si faible et si décolorée , est réimprimée depuis plus de cent ans sous le nom du Père Gonnelieu , auteur seulement des pratiques et des prières. Le Père Lallemant entreprit, à l'âge de quatre-vingts ans, une nouvelle traduction estimée pour son exactitude, mais qui se ressent de la vieillesse du traducteur. Beauzée et Lambinet ont mieux exprimé les pensées de l'auteur dans un style pur, correct , élégant ; et il nous semble qu'on n'a pas rendu assez de justice à ces deux écrivains , que leurs successeurs , peu scrupuleux , ont mis largement à contribution sans jamais les citer.

Parmi les traductions les plus récentes , on distingue celles de MM. Gence, Genoude, La Mennais , Jauffret et Rochette. On sait que M. Gence s'est occupé toute sa vie de Vlmilation, dont il a donné une excellente édition latine; et sa traduction française, d'une rare fidélité,

reproduit assez souvent avec bonheur le style et le langage de l'auteur. Le travail de M. de Genoude,louéà son débat par d'habiles criliques,aessuyé depuis de violents reproches. l\Iais c'est injustement qu'on l'a accuse de n'avoir fait que copier et rajeunir quelquefois la traduction du Père Lallemant. Un examen attentif de ces deux versions nous a prouvé qu'elles diffèrent en beaucoup de points, et nous osons même dire, ma'gré l'autorité imposante de M. de La jMennais , que M. de Genoude a mieux fait que de corriger les versions anciennes, et que les derniers livres sont au moins aussi bien traduits que les premiers. La traduction de M. de La Mennais est faite de verve et de talent; et, dans les morceaux difficiles , il nous paraît sup^'rieur à tous ceux qui l'ont précédé et suivi dans la même carrière. M. Jauffret, convaincu qu'en voulant suivre la touchante simplicité de l'auteur, quelques-uns ne rendaient pas ses pensées avec assez de précision et d'énergie , et que d'autres , s'efforçant de l'imiter sous ce dernier point de vue, en diminuaient le naturel et l'onction, a cherchée éviter ces défauts ; d'ailleurs il avoue avec candeur qu'il ne s'est pas fait scrupule de mettre à contribution les traductions de ses devanciers , et de reproduire l'expression qu'ils ont adoptée, quand il n'a rien trouvé de mieux à lui substituer pour exprimer la pensée de l'original. M. l'abhé Rochette, en consultant les traductions les plus estimées, a essayé de réunir les avantages de chacune d'elles ; il a été heureux dans ses choix , et il a fait preuve d'un esprit judicieux.

On pourra donc s'étonner de notre hardiesse à publier une nouvelle traduction de Vhnitation de Jèsns-Christ , et on nous demandera quels sont nos titres pour espérer qu'elle sera favorablement accueillie du public. La modestie des préfaces , a dit un critique plein de goût et de talent , est tellement discréditée , que nous épargnerons au lecteur toutes ces protestations , quelque sincères qu'elles soient , et nous repondrons avec franchise que les meilleurs traducteurs laissent toujours quelque chose à désirer, et qu'ils n'ont pu très-souvent que faciliter les moyens de faire mieux à ceux qui viendraient les derniers. Nous avons eu aussi un secours précieux dans les lumières et l'obligeance d'un ecclésiastique aussi recommandable par ses talents que par ses vertus; il a bien voulu nous communiquer une traduction qu'il avait faite des deux premiers livres de Vlmitation, et que de nombreuses occupations ne lui ont pas permis d'achever. 11 nous a permis de lui soumettre toutes nos difficultés ; et , sans le concours que nous avons trouvé dans ses remarques judicieuses, nous avouons que notre travail eût été bien plus imparfait.

Nous n'examinerons pas ici quel est l'auteur de Vlmitation. Ceux qui veulent approfondir cette matière pourront suivre l'histoire de cette controverse dans M. de Grégory et dans M. Gence , qui s'est livré pendant cinquante ans à des recherches très-étendues sur l'auteur et sur le texte de

l'Imitation , pour la restituer à Jean Gerson, célèbre chancelier de l'Université de Paris. On annonce dans ce moment la publication d'un nouveau manuscrit qui fixerait toutes les incertitudes ; et , quoiqu'il nous semble bien difficile qu'on parvienne à lever entièrement le voile dont s'est enveloppé celui qui a pris pour devise : Ama nesciri, et que l'obscurité dont il a enveloppé son nom paraisse ajouter à la vénération publique, nous n'en féliciterons pas moins le savant judicieux à qui nous devrons la solution d'un des plus difficiles problèmes d'histoire littéraire qui aient exercé jusqu'à ce jour la sagacité des érudits.

Nous avons orné cette édition de tout le luxe de la typographie et des gravures , pensant avec raison qu'on nous saurait gré d'avoir attaché ces brillants accessoires fn(j)/MS leau livre qui soit parti de la main d'un homme. Des personnes éclairées et d'une véritable piété nous ont déjà félicité sur l'opportunité de notre publication. Et certes, quand les hommes, lassés dans les voies de l'iniquité , se plaignent avec amertume que la lumière de la justice n'a pas lui pour eux, et que le soleil de l'intelligence ne s'est pas levé pour les éclairer, ne convient-il pas de leur hidiquer un guide sûr et infaillible qui dirige leurs pas vers la cité du Dieu vivant, oii sont réunis les premiers-nés de l'É(jlise^? Tout souffre, tout gémit icibas, dit l'Esprit saint, depuis celui qui est assis sur un trône de gloire , jusqu'à celui qui est abattu h terre , et sur la poussière^ ; mais l'histoire est là pour répondre qu'un juste couronné, près d'expirer, victime de l'injustice des hommes, puisait chaque jour dans ce livre divin celte résignation sublime qui le rendit supérieur à tous les outrages , étonna jusqu'à ses farouches ennemis , et lui donna le courage de mourir innocent et de pardonner.

» Hebr. {2.— b Ecdc. -W, r>.

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