Parce qu'à la moindre contrariété vous laissez là l'œuvre
commencée , et que vous recherchez les consolations avec trop d'empressement.
Celui qui aime fortement demeure ferme dans les tentations, et ne cède point aux suggestions artilicleuses de l'ennemi. Dans la prospérité comme dans l'adversité, il se complaît éjïalement en moi.
DE JÉSLS-CriRlST. 1 Gô
4. Celui dont l'amour est oelaii\' , considère moins le don de celui (|ui aime, que l'amour de celui qui donne.
11 est plus touché de l'affection que du bienfait, et il met son bien-aimë au-dessus de tous ses dons.
Celui qui m'aime d'un amour généreux, ne se repose pas dans mes dons , mais en moi pardessus tous mes dons.
Tout n'est pas cependant perdu, si quelquefois vous sentez, pour moi ou pour mes saints, moins d'affection que vous ne voudriez.
Cet amour tendre el doux que vous éprouvez quel(|uelbis , est l'effet de la présence de la
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grâce , et une sorte d'avant-goût de la patrie / céleste; il n'y faut pas chercher trop d'appui , v parce qu'il passe connne il est venu.
Mais combattre les mouvemens déréglés de l'ame, et mépriser les suggestions du démon, c'est la marque d'une solide vertu et d'un grand mérite.
5. Ne vous troublez donc point des imaginations étranges qui vous viennent, sur quelc^ue sujet que ce puisse éire.
Conservez une résolution ferme, et une intention toujours dirigée vers Dieu.
Ce n'est point une illusion, si quelquefois vous êtes soudain ravi en extase, et si vous retombez aussitôt dans les misères ordinaires de la vie.
Car c'est malgré vous que vous les souffrez, plutôt que vous ne les causez ; et tant qu'elles vous déplaisent et que vous y résistez , c'est un mérite, et non une perte.
tJ. Sachez que l'antique ennemi fait tous ses efforts pour étouffer vos bons désirs, et pour vous arracher à tout pieux exercice; au culte des saints , à la pieuse méditation de ma Passion , au souvenir si utile de vos péchés , à la garde de votre cœur, et au ferme propos d'avancer dans la vertu.
Il vous suggère mille pensées mauvaises pour vous causer du trouble et de l'ennui , pour vous détourner de la prière et des lectures saintes.
Une humble confession lui déplaît ; et , s'il le pouvait , il vous ferait abandonner la communion.
Ne le croyez point , et n'ayez de lui aucune appréhension, quoique souvent il vous tende des pièges pour vous surprendre. N'impuîez qu'à lui les pensées mauvaises et impures qu'il semé en vous , et dites-lui :
« Va, esprit immonde ; rougis, malheureux : » il faut que tu sois bien immonde pour me te- » nir un pareil langage.
» Retire-toi de moi, détestable séducteur, " tu n'auras jamais en moi aucune part ; mais » Jésus sera avec moi, comme un puissant » guerrier, et tu demeureras confondu.
DE JESUS-CHRIST. d 07
» J'aime mieux mourir, et souffrir tous les > lourmens, que de consentir à tes su{j"{}esiions. » Tais-toi, et ne me parle plus ; je net'ecou- » terai pas davantage , quoi que lu fasses pour * m'inquiéter. Le Sc'ujneur est ma lumière et » mon salut : qui crnbidrai-je? (Ps. 2(5, 1
» Quand une armée se rangerait en bataille » contre moi, mon cœur ne craindrait point. )- ( Ps. 2G, 5. ) Le Seigneur est mon aide et mon » rédempteur. (Ps. 18, 15.) »
7. Combattez comme un vaillant soldat; et, si quelquefois vous succombez par fra{jilité, reprenez un courage plus grand, dans fespérance d'être soutenu par une grâce plus forte, et gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de l'orgueil.
C'est par là que plusieurs s'égarent et tombent quelquefois dans un aveuglement presque incurable.
Que la chute de ces superbes qui présument follement d'eux-mêmes , vous soit une leçon continuelle de vigilance et d'humilité.
REFLEXION
■ E n'est point disgrâce, c"est jouissance d'avoir à souffrir pour ce que l'on aime. Demandezle à ceux qui aiment. Je ne parle point ici seulement du divin amour, mais des affections humai-
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^6S ÎMITATION
nés. Celait, pour les saints apôtres, un bonheur de souffrir, et un bonheur préférable a tous les honneurs de la terre. Us sorlaient du conseil, nous dit leur historien, toutrempl'is de joie de ce qu'i's avaient élé jugés d'ignes de souffrir pour le nom de Jésus. Dans le monde , un semblable langage excitera le rire de la pitié. Être insulté, couvert d'opprobres, quelle gloire y a-t-il à cela? Persécute, maltraité, est-ce un si beau sujet de joie? Oui, pour ceux qui savent ce que c'est qu'aimer Jésus-Christ. Oui, un bonheur, et le plus délicieux de tous. Je vous parlais , mes frères , des chaînes du bienheureux Paul. Eh bien! que l'on me donnât à choisir, ou des félicités du ciel (avant de les avoir méritées), ou des chaînes de Paul pour m'en rendre digne , je n'hésiterais pas. Plutôt la compagnie de Paul dans ses fers , qu'une place même à côté des puissances célestes! Quel bonheur ce serait pour moi de porter , de contempler ces chaînes que les démons ne voient qu'en tremblant, et les anges qu'avec un saint respect! Paul luimême goûtait plus de bonheur a en être charge, qu'il n'en trouvait a tous les ravissemens.
S*I>T JEAN LURÏSOSTÔME
qu'il FiLT CACHEli LA GBiCE SOLS L\ GAliDl! HK LtlDUULnÉ
ON fils, il VOUS est plus utile el -f^^ plus sûr de tenir cachée la {jfrace r'Q (Je la dëvoiion, de ne pas vous en l'-^-^'Ol élever, d'en parler peu, et de n'y "S£.£i^ii point attacher trop d'importan-
ce ; mais pluiùt de vous mépriser vous-iaénie , et de recevoir avec crainte cette grâce , comme une faveur dont vous étiez indigne.
Il ne faut pas trop foriement vous attacher à cette disposition , qui peut sitôt se changer en un sentiment contraire.
Pensez, lorsque vous jouissez de la grâce, combien vous êtes d'ordmaire misérable et pauvre sans la grâce.
Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas seulement à avoir la gracede la consolation, mais à en supporter la privation avec hun^ilit<;, avec abnégation, avec patience; de sorte que vous ne vous relâchiez point alors de voire zèle pour la prière, et que vous n'abandonniez pas tout-àfait les pratiques accoulumees.
Faiies au contraire tout ce qui est en vous, le mieux que vouspourrez, selon vos lumières; et ne vous néj]!igez pas entièrement vous-
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même, à cause de la sécheresse ou de Tanxiété que vous sentez en votre ame.
2. Car il y en a beaucoup qui , dès que les choses ne vont point à leur gré , se laissent aller à l'impatience ou au découragement.
Cependant la voie de l'homme n'est pas toujours en son pouvoir (Jér. , 10, 25); mais c'est à Dieu de consoler et de donner cfuand il veut, autant qu'il veut, et à qui il veut, selon son bon plaisir , et non au-delà.
Des indiscrets se sont perdus par la grâce même de la flévotion , parce qu'ils ont voulu (^ faire plus qu'ils ne pouvaient, ne regardant pas 'v^ a portée de leur faiblesse , mais suivant plutôt les affections de leur cœur que le jugement de la raison.
Et parce qu'ils ont présumé d'entreprendre plus qu'il ne plaisait à Dieu , ils ont promptement perdu la grâce.
Ils avaient placé leur demeure dans le ciel , et ils sont tombés dans la pauvreté et dans l'abandon de l'avilissement, afin que par l'humiliation et le dénùment ils apprissent à ne point l'élever sur leurs propres ailes, mais à espérer à l'abri des miennes.
Ceux qui sont encore nouveaux et peu expérimentés dans les voies du Seigneur , s'ils ne se conduisent par les conseils des personnes sages, peuvent aisément s'égarer et échouer
3. Que s'ils aiment mieux suivre leur sentiment que de croire à l'expérience des autres , leur fin sera périlleuse , si toutefois ils s'obstinent dans leur propre sens.
Rarement ceux qui sont sages à leurs yeux se laissent humblement conduire parles autres.
11 vaut mieux savoir peu avec humilité et une faible intelligence, que d'avoir de grands trésors de science , et de se complaire en soi-même.
Il vaut mieux pour vous avoir peu , que beaucoup dont vous pourriez vous enorgueillir.
Celui-là n'agit pas avec assez de discernement qui se livre tout entier à la joie, oubliant son indigence passée et cette chaste crainte du Seigneur, qui appréhende de perdre la grâce reçue.
C'est aussi manquer de vertu et de sagesse que de se laisser aller à un découragement excessif, au temps de l'adversité et de l'épreuve, et d'avoir des pensées et des sentiments indignes de la confiance qui m'est due.
4. Celui qui durant la paix aura affecté trop de sécurité, se trouvera souvent lâche et timide à l'excès au jour du combat.
Si vous saviez demeurer toujours humble et petit à vos yeux , et en même teriips bien conduire et modérer votre esprit , vous ne tomberiez pas si vite dans le péril et dans le péché.
C'est une pratique sage que de penser, du-
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lanl la ferveur, à ce qu'on sera lorsque la lumière se sera reiirëe.
Et quand cela arrivera , pensez encore que celle lumière peut revenir, etqueje ne vous l'ai reiirëe pour un lemps qu'en vue de ma gloire, et pour exciîer voire vigilance.
5. Souvent une telle épreuve vous est plus utile , que si tout vous succédait constamment selon vos désirs.
Car, pour juger du mérite, il ne faut pas examiner si quelqu'un a beaucoup de visions ou de consolations, ou s'il est habile dans l'Écriture sainte, ou s'il est élevé en dignité ; mais s'il est affermi dans la véritable humilité , et rempli de la charité divine; s'il cherche toujours l'honneur de Dieu purement et sans réserve ; s'il est bien convaincu de son néant, s'il a pour luimême un mépris sincère, et s'il se réjouit plus d'être méprisé des autres et humihé par eux, que d'en être honoré.
REFLEXION
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^^^PPRENEZ de moi que je suis doux et humble de cœur. 0 doctrine salutaire ! ô souverain Docteur aussi bien que souverain Seigneur des hommes ! Ils ont tous puisé la mort dans le breuvage empoisonné de l'orgueil , qu'ils ont tous goûté. Pour les en retirer, vous avez voulu être vous-même ce que
VOUS leur avez enseigné qu'ils devaient être, et vous avez voulu exécuter le premier ce que vous ^ leur avez commandé. Je vous vois, ô sourcede tout j j bien , ô Jésus, je vous vois des yeux de la foi qu'il i»;' S vous a plu de m'ouvrir; je vous vois comme prô- ^ chaut dans l'assemblée générale de tous les liom- tW mes, et leur criant à haute voix : Venez à moi et (^^ apprenez de moi. Nous allons à vous, ô Fils de f^\y\ Dieu, par qui toutes choses ont clé faites : nousal- | r^, lous à vous, ô Fils de l'homme, qui n'avez pris une chair semblable a la nôtre, que pour rendre notre nature semblable a la vôtie : dites-nous ce que nous irons apprei>dre a votre école. Et il nous répond : Apprenez que je suis doux ei humble de cœur. Quoi donc! tous les trésors de syjjesse et de science qui sont renfermés en vous seraient-ils réduits a nous apprendre, comme un mystère bien sublime, que vous êtes doux et humble de cœur ? Estce une chose si grande d'être petit, que vous n'eussiez pu jamais l'apprendre au monde , si , étant grand comme vous êtes, vous ne vous fussiez rendu petit? Oui, certes, Seigneur, il en est ainsi; car i) est impossible d'acquérir le véritable repos de l'ame, qu'en la guérissant de cette enflure inquiète de l'orgueil, qui la rendait aussi grande a ses propres yeux, qu'elle était malade devant les vôtres.