‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 91 sur 111 · CHAPITRE LVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIII

ql'il ne faut poi\t sondeh ce oui est au-uessls de ■>oi;s

NI LES SBCKIÎTS JLGEMENS DE DIEL".

ON fîls, {jardez-vous de dis[)uter *h^^yX2\f^ sur des matières trop relevées, et k^ît ; /rlr I sup igg jugemens cachés de Dieu : pourquoi celui-ci est ainsi abandonné , et celui-là élevé à un si haut degré de grâce : pounjuoi l'un est accablé de tant d'alfliciions, et l'autre comblé de tant d'honneurs?

Tout cela excède la portée de l'espiit humain, et il n'y a ui raisonnement ni discussion qui puisse pénétrer les jugemens divins.

Quand donc l'ennemi vous suggère ces pensées , ou que des hommes curieux vous interrogent , répondez par ces paroles du Prophète : P^ous ê les piste , Seigneur, et vos jugeinens sont (Iruiis (Ps. 118, 157 ); et par celles-ci ; Lesju- (jeinens du Sehineur sont irais et se justifient par eux-mêmes. (Ps. 18, 10. ) 11 faut craindre mes jugemcns, et non les dis-

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cuter, parce qu'ils sont incompréhensibles à

rinicl!i{{ence humaine.

2, Ne dispuiez pas non pkis des mérites des saints ; ne recherchez point si l'un est plus saint que l'autre , ni quel est le plus grand dans le royaume des cieux.

Ces recherches produisent souvent des débats et des contestations inutiles ; elles nourrissent aussi l'orgueil ei la vaine gloire , d'où naissent des jalousies et des dissensions , chacun foisant d'orgueilleux efforts pour assurer le premier rang , l'un à un saint , et l'autre à un autre.

Vouloir recherclier et savoir de telles choses, n'apporte aucun fruit, et déplaît beaucoup aux saints ; car je ne suis po'ml un Dicude dissension ^ mais de paix ( I. Cor. , 44, 33 ) ; et cette paix consiste plus à s'humilier sincèrement qu'à s'élever.

5. Quelques-uns, par un zèle de prédilection, afreclionnent particulièrement Iclsou tels saints; mais cette affection vient plutôt de l'homme que de Dieu.

C'est moi (}ui ai fait tous les saints , moi qui leur ai donné la grâce , moi qui leur ai départi la gloire.

Je saisies mérites de chacun d'eux : Je lésai prévenus de mes plus douces bcnédiclions. (Ps. 20, 4.

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UE JÉSDS-CIIIIIST. 557

J'ai prévu mes bien-aimés avant tous les siècles ; je les ai choisis du milieu du monde, et ce ne sont pas eux qui m'ont choisi les premiers.

Je les ai appelés par ma grâce , je les ai attirés par ma miséricorde, et conduits à travers des tentations diverses.

J'ai répandu sur eux d'ineffables consolât ions; je leur ai donné la persévérance ; j'ai couronné leur patience.

4. Je connais le premier et le dernier, et je les embrasse tous d'un amour inappréciable.

C'est moi qui dois éire loué dans tous mes saints , moi qui dois être béni au-dessus de tout, honoré en chacun de ceux que j'ai ainsi élevés dans la{>loire, et prédessinés sans aucun mérite précédent de leur part.

Celui donc qui méprise le plus petit des miens, n'honore pas le plus grand, parce que j'ai latt et le petit et le grand.

Et quiconque rabaisse quelqu'un de mes saints, me rabaisse moi-même, et tous ceux qui sont dans le royaume des cieux.

Tous ne sont qu'un par le lien de la charité : ils n'ont tous qu'un même sentiment, une même volonté, et ils s'aiment tous en moi seul.

o. Mais ce qui est plus parfait encore, ils m'aiment plus qu'eux-mêmes et leurs mérites.

Car, ravis au-dessus d'eux-mêmes, etarrachés à leur propre affection , ils s'élancent tout en-

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ô'j'd IiMITATION

tiers dans mon amour, qui est leur jouissance CL leur repos.

Rien ne saurait les détourner ni les faire descendre ; parce que , remplis de la vérité éternelle, ils brûlent du feu d'une cliarilé qui ne peut s'éteindre.

Que les hommes charnels et terrestres , qui ne savent aimer que leur satisfaction particulière , cessent donc de discourir sur l'état des saints : ils retranchent et ils ajoutent , suivant leur inclination, et non selon (ju'il plaît à l'éternelle vérité.

G. En plusieurs , c'est ignorance , surtout en ceux qui, peu éclairés, savent rarement aimer quelqu'un d'un amour parfait et spirituel.

Une inclination naturelle et une affection tout humaine les attirent vers tel ou tel saint ; et comme ils voient les choses de la terre , ainsi ils imaginent les choses du ciel.

Mais il y a une distance infinie entre les pensées des hommes impaifaits, et ce que la lumière d'en haut découvre à ceux qu'elle éclaire.

7. Gardez-vous donc, mon fils, de raisonner curieusement sur ces choses cjui passent votre intelligence ; mettez plutôt vos soins et votre attention à mériter au moins d'être le dernier dans le royaume de Dieu.

Et quand quelqu'un saurait qui est plus sainl ou plus grand dans le royaume des cieux , que

DE JÉSUS-CIIIUST. ôo\)

lui servirait celle connaissance, si elle ne lui apprenait à sluiinilier devant moi et à rendre une plus grande gloire à mon nom?

Celui qui pense à la grandeur de ses pcclu's , à son peu de vertu , et combien il est éloigné de la perfection des saints, se rend plus agréa- ])le à Dieu , (lue celui qui dispute sur le degré plus ou moins élevé de leur gloire.

Tl vaut mieux prier les saints avec lar!n(>s et avec fcrveur, implorer humblement leurs glorieux suflîages, (jue de vouloir, par une vaine recherche, pénétrer le secret de leiugloire.

8. Ils sont heureux, contens; et les hommes aussi devraient savoir se contenter, et réprimer la vanilé de leurs discours.

Ils ne se glorifient point de leurs propres mérites, parce qu'ils ne s'attribuent rien de bon; mais qu'ils attribuent tout à moi , qui leur ai tout donné par ma charité infinie.

Ils sont remplis d'un si grand amour de la Divinité, et d'une joie si surabondante, que, comme il ne manque rien à leur gloire, rien ne peut manquer à leur félicité.

Plus ils sont élevés dans la gloire, plus ils sont humbles en eux-mêmes, et plus ils sont proches de moi et me sont chers.

C'est pourquoi il est écrit qu'Us déposaieni leurs couronnes au pied du Irône de Dieu, quils

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dGO imita 11 o.n

se prosternaient de\anl rA[>neau etqu'J/5 adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles. (Apocal. , 4, 10. — o , 14. )

9. Plusieurs recherchent qui est le phis {jrand dans le royaumede Dieu; lesquels ignorent s ils seront dignes d'être comptés parmi les derniers.

C'est quelque chose de grand d'être même le plus petit dans le ciel , où tous sont grands ; parce que tous seront appelés et seront en effet les enfans de Dieu.

Le moindre d'entre eux en vaudra mille, et le pécheur de cent ans mourra. (Isaie, 60, 22. — 05,20.)

Ainsi , quand mes disciples demandèrent qui serait le plus grand dans le royaume des cieux , ils entendirent celte réponse :

Si vous ne vous convertissez et ne deveniez comme de petits enfans , vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se fera petit comme cet enfant, sera le plus cjrand clans le royaume des cieux. (Matlh. , 18, 4.)

10. Malheur à ceux qui dédaignent de s'abaisser avec les petits , paice que la porte du ciel est basse, et ne les y laissera pas entrer.

Malheur aussi aux riches qui ont ici leurs consolations , parce que, quand les pauvres entreront dans le royaume de Dieu , ils demeureront dehors poussant des hurlemens.

Humbles, réjouissez-vous ;pflMt'rcs, tressaillez

d'allégresso , parce que le royaume de Dieu est à vous (Luc, 6, 20), si toutefois vous marchez dans la Y(''rité.

RÉFLEXION

^®^E pontife qui offre a Dieu le sacriflce ne prie point seul. Ses prières sont soutenues de celles de ces saints anges , qui, selon la doctrine de Jésus- Christ lui-même, se réjouissent plus dans le ciel au sujet d'un seul pécheur qui fait pénitence, qu'au sujet de quatre-vingt-dix justes qui persévèrent. Elles le sont encore par les prières des saints qui se sont eudoimis du sommeil de la paix. Et quant à cette dernière vérité, ne serait-il pas absurde de prétendre que ces saints, qui ne respiraient que charité pendant leur vie mortelle, et lorsqu'ils ne voyaient encore que comme a travers un miroir et en énigme, ne conservent rien d'une si belle vertu, lorsqu'ils sont dans l'autre vie, et qu'ils voient désormais sans voile et face à face? N'est-ce point là, au contraire , que se perfectionnent toutes les vertus, tous les mérites acquis sur la terre? et parmi ces vertus, eu est-il une qui soit au-dessus de la charité? Nous devons donc penser que les saints , déjà en possession de la suprême félicité , non-seulement conservent leur charité envers les hommes, mais encore qu'ils la conservent dans un degré supérieur a celle des saints qui combattent encore sur la terre, et qui pourtant ,

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par le secours de leurs prières , soutiennent la faiblesse de leurs frères, lorsqu'ils ont à braver les lournieiis et la mort. Non, ce n'est point seulement ici que s'accomplit ce précepte : « Si un seul membre souffre quelque douleur, tous les autres la ressentent en commun;» surtout puisque Jésus- Christ lui-même a déclaré qu'il était infirme quand quelqu'un de ses saints élait inûrme.

GHAPITIIE LIX

qu'il FACT mettre TOLTE S()?i ESPÉRANCE ET TOUTE SA

confia:vce en dieu seul.

EiG.NEUR , quelle est ma con-

fianceen celte vie? ou quelle est

y flôr«x '^^^ P'"^ {grande consolation au

/# ç^i f^^ milieu de tout ce qui s'offre à

^^^^^V^^^^ mes regards sous le ciel ?

^^^^^!^^ N'est-ce pas vous, Seigneur

mon Dieu , dont la miséricorde est infinie?

Où ai-je été bien sans vous? et avec vous , où ai-je été mal?

J'aime mieux être pauvre cà cause de vous , que riche sans vous.

Je choisis plutôt d'être voyageur sur la terre avec vous , que de posséder le ciel sans vous : où

VOUS êtes , là est le ciel ; la mort et l'enfer sont où vous n'êtes pas.

Vous êies tout mon désir ; et loin de vous je ne puis que soupirer, gémir, prier.

Je ne puis me confier pleinement en personne, (jui soit toujours prêt à me secourir dans mes besoins , sinon en vous seul , ô mon Dieu !

Vous êtes mon espérance, ma confiance , vous éies mon consolateur et l'ami fidèle en toutes choses.

2. Tousclierchenl leur inlérêt (Philipp., 2,21); vous seul vous ne cherchez que mon salut et mon avancement , et vous convertissez toutes choses en bien pour moi.

Même quand vous m'exposez à beaucoup de tentations et de peines, vous disposez tout pour mon bien , vous qui avez coutume d'éprouver vos bien-aimés en mille manières.

Et dans ces épreuves, je ne dois pas moins vous aimer ni vous louer que si vous me remplissiez de vos célestes consolations.

3. C'est donc en vous. Seigneur mon Dieu, que je mets toute mon espérance et tout mon appui; c'est dans votre sein que je dépose toutes mes tribulations et toutes mes angoisses : car je ne trouveque faiblesse et inconstance dans tout ce que je vois hors de vous.

11 n'est point d'amis (jui puissent me servir, pointde protecteurs qui me soient de secours, ni

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de sages qui me donnent un conseil ulile, ni de livre savant qui me console, ni de trésor assez grand pour me racheter, ni de lieu assez secret Cl assez franc pour me mettre en sûreté, si vousmême ne daignez me secourir , m'aidcr , me fortifier, me consoler, m'inslruire et me prendre sous votre garde.

4. Car tout ce qui semble devoir procurer la paix et la félicité n'est rien sans vous, et ne peut rien véritablement poiu- lendre heureux.

Vous êtes donc la fin de tous les biens , la plénitude de la vie , l'abîme de la science; et es- /M pércr en vous par-dessus tout est la plus grande ;^ consolation de vos serviteurs.

5. Bénissez et sanctifiez mon ame par votre céleste bénédiction, afin qu'elle devienne votre demeure sainte et le siège de votre éternelle gloire , et que dans ce temple que vous daignez habiter, il n'y ait rien qui offense les yeux de votre maj<slé.

Regardez-moi selon la grandeur de votre bonté et l'abondance de vos miséricordes ; et exaucez la prière de votre pauvre serviteur, exilé loin de vous dans la région de l'ombre de la mort.

Protégez et conservez l'ame de votre humble serviteur, au milieu de tous les dangers de cette vie corruptible ; que votre grâce l'accompagne, et la conduisepar le chemin de la paix, dans la f^-^^^^ patrie de réternelle clarté. Ainsi soit-il.

DE JESDS-CIIRIST.

REFLEXION

'ouR fonder on nous la confiance que nous devons au Seigneur, le prophète est dans l'usage d'employer les images et les similitudes tirées des objets sensibles : Dieu, dit-il , est noire refuge , il est notre force. Vous me parlez d'armes, de murailles, de remparts, de puissans alliés; vous meparlez de trésors , de science militaire, de bataillons qui couvrent vos frontières et protègent vos cités, de javelots, de cuirasses et de boucliers pour vous défendre contre les attaques de rennemi. Précautions vaines, inutiles secours ; la toile d'araignée , l'ombre sans consistance ne se dissipent pas avec plus de vitesse. Voulez-vous une force que rien ne puisse dompter , un rempart vraiment impénétrable, une citadelle capable de résister à tous les efforts conjurés ; recourez au Seigneur, assurez-vous la défense d'un tel protecteur. C'est la votre aide dans les tribulations qui viendront vous assaillir. Non pas , je vous l'ai dit bien souvent déjà, je le répète encore, non pas qu'il les empêche de venir jusqu'à vous; mais pour vous rendre supérieur à vos adversités. Le secours qu'il vous promet l'emportera sur le mal lui-même. Aussi le Prophète ajoute : Nous ne craindrons pas, rjuand il ferait changer de place à la terre. Vous l'entendez, il ne dit- pas : Vous ne

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r. succomberez point ; il dit bien plus : Nous us

' craindronspas; nous n'aurons pasmCmeà souffrir

> ce qui semble inévitable à la faiblesse de la nature,

' a savoir, l'apprchension du mal : et pourquoi?

\ Parce qu'alors vous serez soutenus par un secours

. tout-puissant.

» SAnT Jean-Curysostojie.

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