‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 93 sur 111 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

AVEC yL'EL liESrECT IL FALT RECEVOIR JÉSliS-CORIST.

^ E sont là vos paroles , ô Jésus !

^ vérité éternelle ! quoi qu'elles

' fA\\ n'aient pas été dites dans le même

^ '^> temps, ni écrites dans le même

A^ lieu.

Puisqu'elles sont de vous , et véritables , je dois les recevoir toutes de bon cœur et avec foi.

Elles sont de vous , car c'est vous qui les avez proférées; elles sont aussi à moi, parce que vous les avez dites pour mon salut.

Je les reçois avec joie de votre bouche , afin qu'elles se gravent plus profondément dans mon cœur.

Ces paroles de si grande piété, pleines de douceur et de tendresse , m'animent ; mais mes propres péchés m'épouvantent, et ma conscience impure m'éloigne d'un mystère si saint.

La douceur de vos paroles m'attire ; mais la multitude de mes vices m'appesantit.

2. Vous m'ordonnez d'approcher de vous avec confiance , si je veux avoir part avec vous ; et de me nourrir du pain de l'immortalité , si je veux obtenir la \ie et la gloire éternelle.

Feriez à moi, dites-vous, vous tous qui êtes chargés et fatigués, et je vous soulagerai.

0 douce Cl aimable parole à l'oreille d'un péciieur! vous invitez, Seigneur mon Dieu, le pauvre et l'indigent à la participation de votre très-saint corps!

Mais qui suis-je , Seigneur , pour oser m'approcher de vous ?

Voilà que les deux des cieux ne peuvent vous contenir ( llï. Rois, 8, 27) , et vous dites : Venez tous à moi!

5. Que veut dire celte miséricordieuse condescendance, et une si tendre invitation?

Comment oserai-je aller à vous, moi qui ne sens en moi-même aucun bien qui puisse me rassurer?

Comment vous inlroduirai-je dans ma maison , moi qui ai si souvent offensé vos regards pleins de bonté?

Les anges et les archanges vous révèrent, les saints et les justes vous redoutent, et vous dites : Venez tous à moi !

Si vous , Seigneur, ne le disiez , qui pourrait le croire ? et si vous ne l'ordonniez , qui oserait approcher?

4. Noé, cet homme juste, travailla pendant cent ans à construire l'arche , afin de s'y sauver avec un petit nombre de personnes : et moi , comment pourrai-je, en une heure, me préparer à recevoir dignementle Créateur du monde '^

Moïse, votre grand serviteur, et votre ami

de prédilection , fit une arche d'un bois incorruptible, qu'il revèiitd'un or très-pur, pour y déposer les Tables de la loi : et moi , créature corrompue, j'oserai vous recevoir si facilement, vous le fondateur de la loi et l'auteur de la vie !

Salomon , le plus sage des rois d'Israël , bâtit en sept ans un temple majjnifique à la rr\o\re de votre nom ; il célébra pendant huit jours la fêle de sa dédicace ; il offrit mille hosties pacifiques; et au son des trompettes, au milieu des cris de joie, il p!aça solennellement l'arche d'alliance dans le lieu qui lui élait préparé.

Et moi , misérable , le plus pauvre des hommes , comment vous introduirai-je dans ma maison , moi qui sais à peine employer pieusement une demi-heure ! Et plût à Dieu que j'eusse une seule fois employé dignement un moindre temps encore !

5. 0 mon Dieu ! que n'ont point fait ces serviteurs pour vous plaire?

Hélas ! combien cequejefaisest peu de chose, et que j'emploie peu de temps à me disposer à la communion !

Rarement suis-je entièrement recueilli , plus rarement suis-je libre de toute distraction.

6. Et certes, en votre divine et salutaire présence , nulle pensée impure ne devrait s'offrir à mon esprit , nulle créature ne devrait l'occuper ; puisque ce n'est pas un ange, mais le Sei-

.xâêèSym^

DE JÉSUS-CHUIST. o"i

gneur des aii;{os que je dois lecevoir en moi. Il y a d'ailleurs une dilïerence bien {jrandc entre l'arche d'alliance avec ce qu'elle reniermail, el votre corps très-pur avec ses ineriiil)Ies venus; entre les sacrilices de la loi, liguresdcs choses futures, et la véritable hostie de \olro corps , coini)lément de tous les anciens sacrifices,

7. Pourijuoi donc nesuis-je pas i)lus embrasé en votre adorable présence?

Pourquoi ne me préparé-je pas avec plus de soin à recevoir vos saints mystères, lorsque ces anciens et ces patriarches et prophètes, ces ^;j^\ rois et ces princes avec tous leurs peuples ont ^Amontré tant de dévotion et de zèle pour le culte f^ divin ? '? \

8. David , ce roi si pieux, dansa de toutes ses forces devant l'arche de Dieu , se raj-pelant les bienfaits que Dieu avait répandus sur ses pères; il Ht faire divers instrumens de musique; il composa des psaumes qu'il fit chanter avec alléjïresse ; et , animé de l'Esprit-Saint, souvent il les chanta lui-même sur sa harpe ; il apprit aux enfans d'Israël à louer Dieu de tout leur cœur, et à unir chaque jour leurs voix pour le célébrer et le bénir.

Si la vue de l'arche d'alliance inspirait alors tant de ferveur et de reconnaissance pour les bienfaits de Dieu , quel respect , quel amour ne

fr

yjï

doit pas m'inspircr, et à tout le peuple chrétien, la présence de l'au^jusle sacrement, et la réception du corps adorable de Jésus-Christ!

9. Plusieurs courent en divers lieux pour visiter les reliques des saints; ils s'étonnent au récit de leurs actions , ils admirent les vastes temples bâtis en leur honneur ; et ils baisent leurs ossemens sacrés , enveloppés dans l'or et la soie.

Et voilà que vous-même , ô mon Dieu ! vous êtes ici présent devant moi sur l'autel, vous le Saint des Saints, le Créateur des hommes, et le Sei{>neor des anges.

Souvent c'est la cui-iosité et la nouveauté des objets qui portent à ces pèlerinages ; et on en retire peu de fruit pour la réforme des mœurs , surtout quand on les entreprend si légèrement, sans véritable contrition.

Mais ici, dans le sacrement de l'autel , vous êtes présent tout entier, ô Christ Jésus , vrai Dieu et vrai homme! et toutes les l'ois qu'on vous reçoit dignement et avec ferveur, l'on recueille abondamment les fruits du salut éternel.

Ce n'est pas la légèreté, ni la curiosité, ni la sensualité, qui attire à ce banquet sacré; mais une foi ferme , une espérance vive et une charité sincère.

10. 0 Dieu, créateur invisible du monde, que vous agissez admirablement envers nous !

DE JÉSUS-CIIRIST. 375

avec quelle douceur et quelle bonté vous traitez vos élus, vous donnant vous-même à eux pour nourriture dans votre sacrement!

C'est là ce qui surpasse toute intelligence, ce qui attire surtout les cœurs pieux et enflamme leur amour.

Car vos vrais fidèles, qui emploient toute leur vie à se corriger, reçoivent souvent de cet auguste sacrement la grâce d'une grande dévotion et l'amour de la vertu.

11. 0 grâce admirable et cacliée du sacrement, connue des seuls serviteurs de Jésus- Christ , mais que les âmes infidèles et esclaves du péché ne peuvent éprouver.

Ce sacncment confère la giace de i'Esprit- Saint , répare les forces de l'ame, et lui rend sa beauté première que le péché avait effacée.

Cette grâce est quelquefois si grande , que , par la plénitude de la dévotion qu'elle produit , non-seulement l'esprit , mais le corps dans son infirmité en reçoit une vigueur nouvelle.

12. Nous devons cependant déplorer avec amertume la tiédeur et la négligence qui aflaiblissent en nousle désir de recevoir Jésus-Christ, en qui est toute l'espérance et le méritedesélus.

Car c'est lui qui est notre sanctification et notre rédemption ; il est la consolation de ceux qui voyagent sur la terre , et la jouissance éternelle des saints.

-rfÊ

11 est donc bien déplorable que la multitude montre tant d'indii'fërence pour ce mystère de salut , qui fait la joie du ciel tt qui conserve le monde entier.

0 aveuglement! ô dureté du cœur humain, de ne pas estimer davantage ce don ineffable , et d'en venir même jusqu'à la négligence par l'usage qu'on en fait tous les jours!

iô. Si cet adorable mystère ne se célébrait qu'en un seul lieu, et qu'un seul prêtre dans le monde consacrât l'hostie sainte , avec quelle ardeur pensez-vous que les hommes accourraient en ce lieu , vers ce prêtre unique , pour voir célébrer les divins mystères !

Mais maintenant il y a |)Uisieurs prêtres , et Jésus-Christ estoffert en plusieurs lieux, afin que la grâce et l'amour de Dieu pour l'homme éclatent d'autant plus que la sainte communion est plus répandue dans le monde.

Grâces vous soient rendues, ô bon Jésus, Pasteur éternel, qui avez daigné nourrir de votre corps et de votre sang précieux de pauvres exilés tels que nous, et nous inviter de votre propre bouche à la participation de ces saints mystères, disant : Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés , et je vous soulagérai.

■""^^^^ i-'-^i^fi^^^ i

|n nous dit souvent : Je voudrais voir Jcsus- Clirist ou personne, posséder quelque chose qui lui eût appartenu. Vous i/avez plus de vœux à former. C'estlui que vous voyez, lui que vous touchez de vos mains, lui que vous recevez dans votre propre chair. Vous avez, dans son Eucharistie, non passes vêtcniens , mais sa personne tout entière. Avec quels empresseraens , quels respects et quelle ferveur ne devons-nous donc pas en approcher ! Les Juifs , se disposant h manger l'agneau pascal , reçurent ordre de se tenir debout, leuis chaussures aux pieds, le bâton a la main, dans l'attitude de voyageurs , parce qu'ils allaient partir pour se rendre à la terre promise : vous qui vous dirigez vers le ciel , combien plus ne devez-vous pas apporter de dispositions h bien recevoir le viatique qui nous y mène ! N'expliquez pas ce mystère par une opération humaine : c'est Jésus-Christ qui agit ici comme il l'a fait au jour de l'institution de la cène.

SArivT Jean Chbtsostohe.

ODE DIEU MANIFESTE A L'nOMME, DANS LE SACREMENT DE LECCDARISTIE, SA GRANDE BONTÉ ET SA CHARITÉ.

LEiN de confiance en votre Ijonié et votre grande miséricorde, ô mon Dieu ! je viens à vous comme malade, à mon Sauveur ; comme affamé et alléré, à la source de vie ; comme pauvre , au lloi du ciel; comme esclave , à mon Maître ; comme créature , à mon Créateur; comme désolé, à mon tendre consolateur.

Mais d*où me vient le bonheur que vous me

\ isjtez ? qui suis-je , pour que vous vous donniez

ffojS \ous-méme à moi?

'^{f "Jf^tj/nnf Comment un pécheur osc-t-il paraître devant

3^ifni ^'<:i^//)) ^ous? et vous, comment daignez-vous venir

vers un pécheur?

Vous connaissez votre serviteur, et vous savez qu'il n'y a en lui aucun bien qui mérite cette grâce.

Je confesse donc ma bassesse , je reconnais

votre bonté, je loue voire miséricorde, et je

\ous rends grâces à cause de votre immense

charité.

C'est pour vous-même, et non pour mes mé-

DE JÉSUS-CIIIUST.

riiesque vous en usez de la sorte, afin de me faire mieux connoître voli-e bonté, de me donner une eliarite plus grande , et de me recommander une humilité plus parfaite.

Et puisqu'il vous plaît ainsi, et que vous l'avez ainsi ordonné, je reçois avec joie la grâce que vous voulez me faire ; et puisse mon iniquité n'y pas mettre obslacle !

2. 0 très-doux et très-aimable Jésus ! quel respect, quelles actions de grâces, quelles louanges perpétuelles ne vous devons-nous pas pour la réception de votre corps sacré, dont nul homme ne peut expliquer la dignité !

Mais que penserai-je dans cette communion , en m'approchant de mon Seigneur, que je ne |)uis révérer autant que je le dois, et que cependant je désire recevoir avec dévotion?

Quelle pensée meilleure et plus salutaire que de m'humilier profondément devant vous, et d'exalter votre bonté infinie pour moi?

Je vous loue , mon Dieu, et je veux vous exalter éternellement. Je me méprise et m'abaisse devant vous dans l'abime de mon abjection.

3. Vous êtes le Saint des saints, et moi le rebut des pécheurs.

Voilà que vous vous abaissez jusqu'à moi, qui ne suis pas digne de lever les yeux vers vous !

Vous venez à moi , vous voulez être avec moi, vous m'invitez à votre banquet !

Mhi-i

rai

[i^MA^

Vous voulez me donner à manger un aliment céleste , le pain des anges , qui n'est autre que ^yy-f^ vous-même , ô Pain vivant qui êtes descendu du ciel, et qui donnez la vie au monde !

4. Voilà la source de l'amour et le triomphe de votre miséricorde. Quelles actions de grâces et quelles louanges ne vous sont pas dues pour ce bienfait !

Oh ! que votre dessein a été utile et salutaire , lorsque vous avez institué ce sacrement ! o le doux et délicieux banquet où vous vous êtes donné vous-même pour nourriture !

Oh ! que vos œuvres sont admirables , Seigneur ! que votre puissance est grande ! que votre vérité est inefiable !

Car vous avez dit, et tout a été fait ; et tout s'est accompli suivant que vous l'avez ordonné.

Chose merveilleuse, digne de foi , et qui surpasse l'intelligence humaine, que vous, Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et vrai homme, vous soyez contenu tout entier sous la moindre partie des r\l)h espèces du pain et du vin; et que, sans être Ly consumé, vous soyez mangé par celui qui vous

Page 1