DISCOURS DU PAPE LÉON XIII
LE 8 DÉCEMBRE 1879 , JOUR DU JUBILÉ DE l'tMMACULÉE CONCEPTION, EN RÉPONSE A l'aDRESSE d'uN PÈLERINAGE ITALIEN.
(Voir page 281-282.)
Ce discours n'est pas seulement, comme la lettre pastorale précédente, le fait d'un évêque parlant à ses diocésains ; il est le fait du pape s'adressant à un groupe de six cents pèlerins et par eux à l'Eglise tout entière. Il acquiert donc une importance supérieure, d'autant plus qu'il correspond au vingt- cinquième anniversaire de la définition. On doit y voir une confirmation solennelle de la bulle de Pie IX, proclamant à son tour la vérité et complétant l'histoire du dogme promulgué par Pie IX.
« La parole de Léon XIII, dit avec raison l'écho souvent cité de la grotte Massabielle , est après vingtcinq ans la parole de Pie IX, et les mêmes espérances animent ces deux grands papes. »
Ce vingt -cinquième anniversaire, que l'allocution pontificale avait pour but de glorifier, fut célébré , nous l'avons dit, à Rome comme à Lourdes et dans tout l'univers , par des fêtes superbes dont les Annales de Notre-Dame de Lourdes nous ont laissé un récit intéressant.
Zn APPENDICES
L'anniversaire et le discours pontifical coïncidaient également, on s'en souvient, avec la pose de la première pierre de Téglise du Rosaire, opérée par le cardinal Desprez, archevêque de Toulouse, délégué de Léon XIII, tandis que l'inau^ration de l'église achevée devait se faire par l'entremise du cardinal Richard, archevêque de Pairis, délégué pareillement de Léon XIII.
Dans ce très heureux jour où s'accomplit la vingtcinquième année depuis la proclamation de Tlmmaculée Conception de Marie, il est bien juste, Fils très chers, que votre âme et celles de tous les fidèles s'ouvrent à une allégresse inaccoutumée, produite par les plus chers souvenirs. Oui, il y a vingt-cinq ans que Notre prédécesseur Pie IX, d'heureuse mémoire, à qui la Providence avait réservé le sort d'ajouter une très brillante perle à la couronne de la Vierge et d'associer sa gloire à la Mère de Dieu, promulguait, à la face du inonde catholique, respectueux et enthousiasmé, le décret dogmatique de l'Immaculée Conception de Marie. Et tout aussitôt les fidèles, émus du plus ardent amour pour leur Mère, pénétrés de tendresse pour ses grandeurs, et remplis de suaves espérances, se donnèrent alors, ainsi que dans les années suivantes, à célébrer partout avec la plus grande pompe cette remarquable prérogative.
Pour vous, aux appproches du premier anniversaire jubilaire de ce jour mémorable , et à l'occasion de votre cinquième pèlerinage à Rome, vous avez manifesté, en Notre présence, le dessein de vouloir fêter plus solennellement encore le vingt-cinquième anniversaire de la définition dogmatique, et Nous, — le souvenir Nous en est doux à rappeler, — trouvant cette sainte pensée pleinement conforme à Nos vœux. Nous Tavons louée hautement et Nous l'avons bénie avec toute l'effusion de notre cœur, prêt à ouvrir aux fidèles, avec la plus grande largesse, le céleste trésor des indulgences.
En une si heureuse conjoncture, les évêques du monde catholique, dans leur zèle pastoral, ont été sollicités de faire à la dévotion de leurs propres diocésains un appel, qui a été entendu, de telle sorte qu'en peu de temps ç*a été partout un vif désir et comme une noble jalousie d'honorer la Vierge sans tache par les plus splendides démonstrations de religieuse piété. Vous cependant, obéissant à une excellente inspiration et mettant sous les auspices de la sainte Vierge votre sixième pèlerinage, vous avez voulu vous rassembler d'abord près de la tombe du prince des Apôtres, dans Tauguste basilique dans laquelle fut proclamé à la face du monde cet admirable privilège, puis confirmer aujourd'hui par une nouvelle et solennelle protestation votre attachement au vicaire de Jésus - Christ ; dans toute T Italie, ou mieux dans le monde entier, il n'y a aujourd'hui qu'une pensée chez les vrais croyants : c'est de rendre honneur à la Vierge Immaculée, d'en exalter les gloires, de lui recommander l'Eglise et le Chef visible qui la gouverne.
Cet élan de piété et de dévotion si ardent, si universel, si unanime , Nous est une grande consolation ; au milieu de la lutte qui est aujourd'hui poussée avec tant de fureur contre l'Eglise, il avive les espérances d'un complet triomphe sur l'erreur et sur l'enfer.
En effet, l'erreur qui les résume toutes et qui fait le plus délirer les esprits superbes de notre temps, c'est ce froid et bas naturalisme qui a maintenant envahi tous les degrés de la vie publique et privée, en substituant la raison humaine à la raison divine, la nature à la grâce, et en méconnaissant le Rédempteur. Or la Vierge , par son Immaculée Conception, rappelle opportunément au peuple fidèle que, par la chute du premier père, la pauvre humanité tout entière a servi, faible et infirme, pendant beaucoup de siècles, comme de jouet à l'erreur et aux passions ; que par Jésus-Christ seul est venue en abondance la grâce, la vérité, le salut, la vie ; que sans Lui il n'y a pour l'homme ni dignité, ni grandeur, ni bien véritable, et finalement que quiconque tente de se soustraire à l'in-
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flnenoe bienfaisante da Réde mpt eur reste dans les ténèbres, tombe dans la iaûnge et ta au-devant d'une mine assurée.
En outre, Tlmmaculée Conception nous révèle le secret et les premières causes de la si grande puissance de Marie sur notre ennemi commun qui, par -le moyen de ses fidèles ministres, soulève une guerre si cruelle contre l'Église. En effet, la foi nous enseigne que, depuis le commencement du monde, Marie fut destinée à exercer contre le démon et contre sa race une inimitié implacable et étemelle : immicitUs pontun inier te et muUerem, et que, depuis le premier instant de son existence, elle a pu victorieusement écraser sa tète oi^eilleuse: Ipsa conteret eaput taum. Cette pensée doit exciter -les esprits à la confiance en Celle qui, forte de la puissance de son divin fils, a étouffé toutes les hérésies, et qui, dans les plus dures épreuves, a été le bouclier et le secours toujours présent des chrétiens. Cette pensée répand dans les cœurs la certitude que, cette fois encore, la victoire finale restera à Marie.
Pour vous, mes très chers Fils, et avec vous tout le peuple croyant, par la profession franche de votre foi, par Texercice des œuvres de vertu, par la prière fervente et constante, par une dévotion sincère envers la sainte Vierge, hâtez ce moment désiré où toute la famille humaine puisse de nouveau se réjouir des bienfaits signalés de la Rédemption du Christ ; hâtez le moment désiré où, par rintercession de la grande Mère de Dieu, les tempêtes étant apaisées. Ton verra de nouveau resplendir sur rÉglise des jours de prospérité, de paix et de gloire.
En attendant, pour accroître votre piété, pour confirmer vos saints propos, et comme gage de Notre paternelle affection, recevez, très chers Fils, la bénédiction apostolique que du fond du cœur Nous vous donnons abondamment, à vous, à vos familles et à vos œuvres.
Benedictio, etc.