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A LA PROTECTRICE DES CHRÉTIENS

Maintenant , Vierge puissante , il nous plaît chanter sur un ton plus élevé les victoires remportées sous vos auspices.

Par vous, en effet, la victoire, menant à sa suite une paix féconde, plus d'une fois sourit avec amour à nos antiques aïeux.

Gaule , tu m'es témoin : la puissance infernale , avec un art plein de malice, avait dans ton sein dressé des embûches redoutables !

Et toi, qu'on voyait autrefois resplendir de vertus et de foi, hélas! tu avais déjà dépouillé ton antique honneur!

Mais à ton secours accourut la Vierge : des frontières espagnoles, elle appelle elle-même un homme vénérable par ses mérites et par sa piété;

Elle lui donne les couronnes de roses (le Rosaire), et de sa douce voix : « Voilà, lui dit -elle, -voilà pour la Gaule les armes de salut. »

Muni de ces armes, ce héros de la race des Gusmans s'élance aux combats, et, grâce à elles, ses efforts remportent de glorieux trophées.

Les ennemis succombent, et de nouveau, plus belle et plus pure, brille dans la Gaule la foi des aïeux.

J'atteste aussi les Echinades, qu'on voit aux flots Ioniens ; encore vivante est la renommée de ce triomphe : elle vole de bouche en bouche.

Les flottes sont en présence, rangées en longues files; on brûle déjà de se précipiter en de cruels combats.

Les deux armées ont leur étendard : l'une l'étendard céleste de Marie, l'autre, menaçante, l'horrible croissant.

Les trompettes bruyantes retentissent : on en vient aux mains et un fracas épouvantable s'élève aussitôt vers le ciel.

408 APPENDICES ET l'IKCES JUSTIFICATIVES

Les canoDB tonnent, les rivages mugissent, la mer étincelle de feux. Inaccessibles à toute crainte, les chefs portent çà et là leurs ordres farouches.

Les lianes brisés, ne se gouvernant plus, plus d'un vaisseau s'enti'ouvre et gagne les profondeurs de l'immense gouffre.

Ballottés, les cadavres s'enfoncent dans la mer retentissante, et le flot écumant- est rouge de sang humain.

L,i victoire est douteuse; on s'est battu avec un égal courage ; de part et d'antre on s'est acharné k la lutte avec un égal succès.

Déjà, de nonvean, on va tenter là bataille, lorsque sous le coup de je ne sais quelle fatalité la flotte turque, troublée,

Soudainement frappée de terreur, refuse de pourâûlvre le' combat, et, quoique l'emportant par la multitude de ses soldats, -

On la voit reculer, et, chose merreilleuse , se livrer d'elle-même à la discrétion des chrétiens.

Complète alors est la victoire, et le nom de Marie retentit de toute part sur les sonores rivages.

Les peuples proclament le prodige accompli par le secours divin de la Vierge auguste, puissante à la guerre;

Les Romains surtout, eux auxquels Pie, divinement instruit, a hautement annoncé de ses lèvres fatidiques l'éclatant triomphe remporté sur l'ennemi.

Dès lors le repos et la paix sont assurés à l'Europe abattue; dès lors est sauvé l'honneur et la religion de nos pères.

Allons! que la postérité tardive {pourquoi est-elle encore sans agir?) entreprenne un monument digne d'un tel triomphe;

Qu'elle élève, en marbre de Paros, un temple sublime sur ce rivage, au lieu qui rappelle où la bataille fut livrée.

Que là la Vierge ait son temple, que là, couronnée de roses, elle commande elle-même à la mer

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