LA COULEUR DES NEUTRES
mépris des Neutres perd toute mesure. Leur guerre de pirates sur mer n'épargne personne. Les Américains Tout su à satiété ; les Danois, les Suédois Font appris à leurs dépens, et les Hollandais et les Espagnols. A qui le tour ?
Après le cri émouvant du professeur Mark Baldwin, torpillé sur le Sussex et lançant par câblogramme au Président Wilson la protestation indignée de sa fille ; après la mort du compositeur espagnol Granados sur le même Sussex, après l'avion semeur de bombes de Porrentruy en Suisse, après le bruit d'armes qui s'en vient des préparatifs militaires de la Hollande, on peut croire que la mentalité des Neutres se transforme de plus en plus.
Régardez-les bien, je vous assure qu'ils n'ont plus même visage. Celui-ci fronce avec lenteur les sourcils; celui-là ferme les poings derrière son dos; cet autre a l'air
de flairer le vent : en vérité cela réconforte à voir; c'est plaisant et tout à fait agréable.
Pourquoi d'ailleurs oublierions-nous que, chez tous ces Neutres, une élite intellectuelle a, dès le premier jour, renié la neutralité morale? Roosevelt aux États-Unis, d*Annunzio en Italie, Blasco Ibanez en Espagne, Fazy en Suisse, n'ont-ils pas, aux heures noires où les petits peuples et les grands étaient également menacés, proclamé les principes éternels de 'vérité, de justice, d'honneur? ^
Patience ! Le grand déclanchement se prépare; nous avons vu la courageuse Italie se jeter dans la mêlée; le Portugal a joué son va-tout. Que savons-nous si d'autres ne les imiteront pas ?
Espérons ! Jamais nous avons eu autant de raisons d'espérer. Les Neutres déjà ne sont plus des témoins impassibles. Nous les