‹ L'immigration canadienneChapitre 28 sur 77 · RESTAURANTS ET MAGASINS · texte numérisé non relu

RESTAURANTS ET MAGASINS

L'immigrant muni de son billet à destination finale, il lui faut songer à s'alimenter avant de prendre place dans les convois de chemins de fer en train de se former au long de l'hôtel de l'immigration. Un restaurant s'ouvre à l'extrémité est de la vaste construction. Aux Etats- Unis, le gouvernement cède à l'encan le droit exclusif de vendre des repas, des liqueurs douces, des bibelots et des provisions à l'immigrant; et, de ce chef, il touche plusieurs milliers de dollars. Ici, la politique, qu'on trouve partout, a son mot à dire. Les autorités fédérales cèdent pour riem, à un ami politique, le droit exclusif de nourrir les immigrants. Les autorités font même davantage. Elles donnent gratuitement au maître du restaurant la glace, le charbon, les poêles, les batteries de cuisine, l'éclairage électrique et maintes autres choses dont il a besoin. Le restaurateur fournit les provisions et le personnel.

De grandes tables de bois blanc s'alignent dans un vaste rectangle aux quatre coins duquel des cloisons de planches à mi-hauteur entourent de petites salles à manger réservées aux fonctionnaires de l'Etat. L'immigrant affamé s'attable, on lui sert un repas complet, qu'il paie un

prix modique, vingt-cinq sous. La cuisine est assez bonne, les vivres, abondants. Il faut croire que le restaurateur y trouve son compte, puisque celui qui tenait l'établissement, de 1897 à 1911, passe pour y avoir fait une fortune rondelette. Remplaçant de celui qui dirigeait la boutique ,au temps du parti conservateur, il a reçu son congé à la suite des élections de 1911. On ne voit guère, il est vrai, ce que ia politique a à faire avec la cuisine destinée aux immigrants; mais comme le gouvernement solde la noie des repas pris par tous les fonctionnaires de l'immigration et dQ& douanes qui js'attableint à ce restaurant, il entend bien les payer à un ami. Des gens se demandent pourquoi le privilège de tenir le restaurant et les échoppes groupés sous le toit de l'hôtel de l'immigration ne seraient pas vendus au plus haut et dernier enchérisseur, comme dans tous les ports d'immigration des Etat^-Unis. Mais le gouvernement canadien n'y a pas encore pensé, semble-t-il.

Si l'immigrant ne veut pas prendre un repas complet, il trouvera, à l'autre extrémité de l'hôtel des comptoirs, toujours tenus par des amis du ministère fédéral, où il pourra acheter de légers rafraichissement.L>, des liqueurs douces, des eaux minérales, de,s fruits, des friandises, et faire connaissance avec la fameuse gomme à mâcher, ignorée de la Mer du Nord et de la Baltique aux premiers contreforts des Monts Oural. Un énorme Grec, qui parle avec facilité une dizaine de langues et de dialectes européens, distribue gratuitement des échantillons de tabac à fum^r ou à chiquer, à l'une des portes de l'édifice, à la grande surprise de la plupart des immigrants, peu habitués à recevoir des cadeaux, depuis leur départ d'outre-mer. L'immigrant désire-t-il s'approvisionner pour le voyage de chemin de fer, il trouvera dans la plus grande salle de l'édifice, où trois mille personnes peuvent facilement se réunir, un comptoir où un marchand lui vendra du jambon, du saucisson, des sandwlches, des conserves alimentaires, à des prix affichés dans toutes les parties de l'hôtel, en différentes langues; les prix semblent raisonnables, aux gens du Canada. Si le voyageur préfère acheter un panier complet de vivres, il n'a qu'à en exprimer son désir au boutiquier. Un inspecteur du gouvernement passe de temps à autre, prélève un panier sur l'approvisionnement, afin de se rendre compte qu'on n'exploite pas l'immigrant; et, à de certains jours, une couple de fois la semaine, le lait vendu sur les lieux est aussi l'objet d'un examen spécial, car il sert à nourrir beaucoup de jeunes enfants qui accompagnent leurs parents. Il est défendu de vendre de l'alcool aux immigrants, à l'hôtel de l'immigration.

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