AU SORTIR DE LA SALLE REDOUTEE
Si les médecins ont mis de côté, pour observation, quelques-uns des suspects, le commissaire de l'immigration sur les lieux en est notifié; il avertit un voiturier qui empile ces gens dans une guimbarde quelconque, et les conduit, sous bonne garde, à l'hôpital des immigrants, à la Petite-Rivière, à quelque trois milles de la Jetée Louise. Les malades sont aussi expédiés à cet endroit, de même que tous les condamnés à la déportation. Si des interventions se font en leur faveur, avant leur rembarquement, c'est là qu'on les atteindra. Et, de même, si les malades se rétablissent, c'est de là qu'ils reviendront subir l'examen civil. Quant à ceux qui sont condamnés séance tenante à la déportation, pour raisons médicales, et qui n'appellent pas de cette décision, cette formalité d'examen civil ne les atteint pas. Le commissaire principal de l'immigration une fois notifié, la compagnie qui a transporté l'homme au Canada est avertie d'avoir à le rapatrier par son prochain paquebot. Ces déportations sont assez nombreuses, tant pour fins médicales que pour des motifs d'un autre ordre.
L'examen de l'immigrant, au point de vue civil
Nos loi* d'immigration décrètent l'inadmissibilité au pays des criminels, des prostituées, des courtisanes, des entremetteurs, des souteneurs, des gens qui font la traite des blanches, des vagabonds et des mendiants de profession, des personnes susceptibles d'être à charge à la charité publique, des immigrants auxquels des associations de charité ont prêté ou donné de l'argent afin de leur permettre d'entrer au Canada, ou dont elles ont payé tout ou partie des frais de transport, de ceux qui n'ont pas la somme d'argent minimum exigée par les règlements de l'Etat, et de ceux dont l'entrée est défendue par quelque ]oi ou quelque arrêté ministériel spéciaux.
L'autorité elle-même n'observe pas toujours les clauses de la loi relatives aux qualités que doit avoir, au point de vue civil, l'immigrant désireux d'obtenir son admission au Canada. Ainsi, la clause quatre de l'acte de l'Immigration, — clause arbitraire, et que l'on devrait rayer de nos statuts, à cause de l'abus que l'on en fait, — donne au ministre de l'Intérieur le pouvoir discrétionnaire de faire admettre au pays, sur permis signé de sa main, m'importe quelle personne, sans tenir aucun compte des exigences de l'examen, aux points de vue civil et médical. Et le ministre ne se fait pas faute d'user de cette prérogative abusive. Une proportion assez forte d'immigrants entrent au Canada munis de tels permis. Et ce sont souvent des gens que le pays devrait exclure a titre d'indésirables. Cette clause, du reste, à cause de son importance, nécessitera une étude subséquente. Pour l'heure, arrêtons-nous au fonctionnement du rouage mis en mouvement, dès que les immigrants ont subi l'épreuve de l'examen médical.