‹ L'immigration canadienne (les enquetes du devoir)Chapitre 73 sur 79 · D'AUTRES AMELIORATIONS · texte numérisé non relu

D'AUTRES AMELIORATIONS

Il faudrait aussi, entre autres amendements à faire subir à notre loi de l'immigration, faire disparaître la clause IV, — les permis d'admission sans nul examen; — décréter la vente à l'encan, comme aux Etats- Unis, de tous les privilèges accordés aux agents de change, aux restaurateurs, aux propriétaires d'échoppes, à l'hôtel de l'Immigration, — tous privilèges cédés aujourd'hui gratuitement à des amis politiques, et qui ne rapportent pas un sou à l'Etat, tandis que, à New-York, ils do 1nent des milliers de piastres au trésor fédéral; — établir une maison de détention civile tout à fait séparée de la maison de détention médicale, et sous une administration distincte; construire un hôpital neuf, ou améliorer sur maints points l'hôpital actuel de Québec, destiné aux immigrants sous observation médicale; établir des pavillons distincts

pour les maladies contagieuses; munir l'établissement d'appareils de fumigation et de désinfection, pour les hardes et le linge des immigrants, lors du débarquement; organiser ici, comme cela s'est fait aux Etats- Unis, un service appelé le casier des refusés, dont cette enquête traite plus longuement, dans un article précédent; imposer une amende considérable, recouvrable sans formalités de justice, — cela se pratique, aux Etats-Unis, — aux compagnies de navigation qui amènent ici d'.vs idiots, des imbéciles, des épileptiques, des personnes atteintes de tuberculose ou de maladies repoussantes, ou contagieuses et dangereuses ; obliger ces compagnies à afficher dans leurs agences, à l'étranger, en plusieurs langues, les conditions d'admission au Canada, — quant à l'examen d'état civil, à l'examen physique et mental, et à la somme d'argent exigée de l'immigrant qui se présente pour entrer au pays; — contraindre ces compagnies à faire imprimer ces renseignements sur les billets de passage qu'elles vendent aux immigrants; décréter l'inspection rigide des navires qui transportent des passagers d'entrepont, et faire surveiller secrètement, par des inspecteurs déguisés en immigrants, comme cela se fait en certains pays, la manière dont les compagnies traitent cette classe de voyageurs; enfin, établir l'examen tant civil que physique et mental des immigrants venus au Canada en première classe, examen qui n'existe pas encore, ce qui donne lieu à de nombreux abus, depuis 1897. Une autre réforme aussi s'impose, dans l'intérêt des provinces et des municipalités. A l'heure actuelle, les autorités préposées au service de l'immigration laissent entrer au pays, chaque année, soit d'après la clause IV, soit d'après l'autorité du ministre, as a matter of grâce, des centaines de gens faibles d'esprit, ou imbéciles ou même idiots. Il faudrait que le pouvoir central, quand il permet l'entrée d'un individu de cette catégorie, en notifiât les autorités municipales et provinciales de la ville, ou de la province qu'il indique comme point de destination finale. Car, si cet immigrant devient à charge à l'Etat, ce sera cette province ou cette municipalité qui devra payer ses frais d'entretien dans la maison de santé ou l'asile d'aliénés où il sera interné. La loi actuelle ne pourvoit pas à ce que le ministre de l'Intérieur avertisse les provinces ou les municipalités vers lesquelles se dirigent les gens admis en dépit de leur faiblesse d'esprit; et le ministre se garde bien de les en notifier. Il y a là un abus manifeste. Le nombre des fous augmente de manière alarmante dans toutes les provinces canadiennes; celles-ci déboursent toutes des milliers de piastres par an pour l'entretien de ces aliénés, dont les deux-tiers sont d'origine étrangère, disent les statisticiens des différents ministères provinciaux. Et cependant le ministère fédéral, responsable en grande partie, vu son manque de surveillance de l'immigrant,de cet état de choses, ne s'occupe nullement des provinces. Il est surprenant que les autorités provinciales n'aient pas fait de représentations au ministère fédéral, à ce propos, lors de la dernière conférence interprovinciale, à la fin d'octobre 1913,

L'immigration primée et le droit d'entrée

Le Canada, depuis plusieurs années, a recruté, grâce à différente; moyens, des immigrants dans certains pays d'Europe. Il a surtout fait porter ses efforts sur la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, et certains pays de l'Europe continentale, dont l'Allemagne, la Hollande, le Danemark et l'Islande, la Suède et la Norvège. En Belgique et en France, il a quelques bureaux dont M. Asselin a longuement étudié et expliqué le mécanisme et les défauts, dans son rapport officiel rendu public en janvier 1912, "L'immigration belge et française au Canada". Le Canada recrute aussi des immigrants en Suisse. Il a aussi fait de la propagande, pendant quelque temps, en Finlande, en Russie et en Autriche- Hongrie. Il est inutile d'insister sur l'organisation des bureaux canadiens d'immigration, en Grande-Bretagne, et sur l'infériorité des bureaux continentaux, surtout en France et en Belgique. Le rapport de M. Asselin a traité à fond ces deux sujets.

L'IMMIGRATION PRIMEE

L'un des moyens employés par le Canada pour recruter des immigrants dans tous les pays d'Europe, c'est le versement d'une prime de cinq piastres par tête, à certains agents, pour chaque agriculteur, domestique de ferme, ou servante envoyés au Canada. L'immigration primée, au temps de la North Atlantic Trading Company, a donné lieu à maints abus, dénoncés à cette époque par plusieurs hommes politiques, entre autres par M. F.-D. Monk. L'enquête parlementaire faite à ce propos vers 1904 a nettement démontré que la North Atlantic Trading Company s'est fait verser — tant qu'elle a opéré et fait, si l'on peut ainsi dire, la traite des immigrants, — au delà d'un demi^million de piastres, pour des individus qu'elle prétendait être des agriculteurs, et qui, parfois, — cela fut nettement établi à l'enquête, — étaient des enfants encore à la mamelle, amenés ici par leurs parents.

Depuis 1904, le système de l'immigration à prime s'est un tant soit peu amélioré. Le gouvernement a continué cependant de payer aux agents maritimes ("booking agents") européens plusieurs centaines de mille piastres, — exactement, la somme de $1,026,415, — de 1904-1905 à 1912-1913 inclusivement. Une moyenne de 17.3 pour cent de l'immigration anglaise est de l'immigration primée, de même que 3.22 pour cent de l'immigration américaine et 6.27 pour cent de l'immigration continentale européenne, depuis 1904. Les statistiques officielles du ministère de l'immigration portent donc à 26.79 pour cent la moyenne de l'immigration primée, pendant cette période, et donnent un total de 205,283 immigrants d'un coût de $5 par tête chacun, au Canada. De ce nombre, 147,196 viennent de Grande-Bretagne, 24,142 des Etats-Unis, et 33,985 di l'Europe continentale. Aux termes de la loi, ils devraient tous être cultivateurs, domestiques -de ferme ou servantes. Mais, en pratique, une assez grande proportion de ces gens connaissent peu l'agriculture ou le service domestique. Certains agents, désireux de toucher leur prime de

$5 pour chaque immigrant de cette catégorie qu'ils expédieat au Canada, ne se font pas faute, dans maints cas, de porter à la liste des agriculteurs, des domestiques de ferme ou des servantes, des gens qui ne le sont ni de près ni de loin, ou qui ne le sont que pour fins d'immigration. On dit même, dans certains cercles, que telle ou telle société apparemment philanthropique fait un bon profit, sur le nombre d'immigrants qu'elle envoie ici chaque année. Car elle les inscrirait, pour les besoins de son budget, comme agriculteurs ou domestiques, — et toucherait de ce ch«îf une prime, outre le montant qu'elle retirerait à litre d'ag3nt de placement, au Canada, du fait qu'elle distribuerait un peu partout ces gens. Il est impossible de vérifier cette assertion, pour le moment.

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