‹ L'immortalitéChapitre 19 sur 50 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

Du Caractère.

« Dans l'époque dont nous sommes les premiers nés, le génie sera le caractère.

« Le caractère fît les grands faits de l'histoire.

« Nos pères, les Gaulois, ont défini l'homme idéal que chacun porte en lui : un caractère.

«Plaignons les faibles et les lâches. Ils se cherchent, ils ne se sont pas trouvés.

« Le caractère fait l'égalité ou l'inégalité entre les hommes.

a Cet enfant se jette à l'eau pour sauver son camarade;

a Cette fille prend l'épée pour défendre la frontière avec les hommes contre l'ennemi;

<K Cette servante nourrit ses maîtres devenus pauvres et infirmes;

a Ce philosophe s'atrophie dans une chambre, pour porter, nourrir, enfanter une idée;

a Cet ouvrier donne cpiinze heures de sa journée, pendant tous les jours de sa vie, pour gagner le pain de sa femme et de ses enfants;

a Où est la distinction des classes?

a Tous nobles.

a Ils se sont trouvés. — Ils ont fondé sur Fétemel Fédifice de leurs entreprises.

a Les autres flottent. Us rêvent, ils ne vivent pas.

a L'honune ne vit que par le caractère. »

De la Conscience,

l Quelle sanction proposent les philosophes qui rejettent la croyance de l'immortalité comme étrangère ou indifférente à la morale humaine?

La conscience.

Sanction bien fragile qu'une conscience que la maladie peut suspendre, qu'une passion aveugle, et qui échappe à Fimproviste avec cette vie précaire.

Ouï, il n'est qu'une sanction : la conscience, — mais la conscience qu'on sent en soi immortelle, inamissible, qu'on sait retrouver toujours.

Du Bien vivre.

Celui qui ne veut prendre nulle charge de la vie y glisse et ne laisse nulle empreinte, comme il n'en reçoit aucune. C'est une vie à recommencer,

La vie ne consiste point à effleurer, mais à commencer à connaître à toujours.

Donc pour atteindre la vraie vie en ce monde, il est d'un esprit qui se sait immortel de ne rien fuir, de ne rien dédaigner, s'il le faut d'affronter toute épreuve, toute situation, et de courir gaiement, sans les chercher ni les craindre, tous les hasards de l'action.

De la Longanimités

Je ne dirai point comme Léonard de Vinci : fuir les orages, — mais les conjurer par la sérénité consciente d'une vie continuée où les passions folles, les malentendus et les vaines disputes deviennent expansion et confiance infinies, joies durables.

Rien n'est contraire à la vie dans son acception immortelle, tout la sert et l'augmente.

De la Mansuétude.

Entrer dans l'âme des autres et n'exiger rien, voilà la vertu.

Qui exige est injuste.

De l'Héroïsme et du Sacrifice.

Tout ce qui se fait de grand et de généreux en ce monde dépasse cette vie. Je ne connais rien de plus universel que Tassentiment des hommes et leur admiration à des actes qui excèdent ou ruinent les satisfactions de rhomme en cette vie bornée. C'est un honneur chez tous les peuples de donner sa vie pour ce qui ne peut la payer. Et cependant quand il s'agit de conclure au delà, les plus hardis disent : « Je ne sais, » comme si ce qui fait l'admiration du genre humain se trouvait hors des lois rationnelles.

Il en résulte que les actes héroïques sont des miracles sans cause. Il est temps de rendre à la vraie nature de l'homme le génie, l'héroïsme, d'y reconnaître l'expansion d'une âme sûre d'elle-même, que n'arrête, dans son essor, ni crainte, ni doute, ni barrière.

De VÀmour.

L'amour donne à Fâme te plus vif et le plus complet sentiment d'immortalité dont elle soit capable en cette Tie. Vouloir tout donner, tout recevoir en un instant, supprimer à la fois temps, obstacles, impossibilités, si grand est dans Tamour le désir qu'il contient l'infini en un éclair. Mais pour tout donner, pour tout recevoir. Dieu se charge des voies. Ce sont les lois de la nature. Oui, vous donnerez tout, vous recevrez tout, mais après avoir acquis les puissances d'aimer et d'être aimé, qui ne peuvent se produire que dans une succession ininterrompue de vies et d'existences.

Pour se retrouver et se rejoindre, il n'est besoin d'aucun miracle, d'aucune intervention arbitraire du Créateur; la logique de la perfectibilité seule l'assure. Vous vous retrouverez à toujours, quand vous aurez ce plus grand amour, cette plus grande connaissance, cette plus grande puissance qui donnent à elles seules de retrouver, de posséder et de retenir.

De VÀtnour.

« L'amour est une promesse de Dieu, promesse qui n'est pas trompée pour les cœurs purs, pour les cœurs droits. C'est l'amour qui dessille nos yeux, qui les ouvre à la beauté, ce reflet de la vérité.

a C'est l'amour qui fait germer (qu'importe au prix de quels déchirements?) cette moisson qui croît pour . une vie prochaine. C'est un regard qui dépasse cette vie.

« L'amour est l'ambition d'une vie future.

c< Bénie soit donc la coupe, fragile ou à toute épreuve, de diamant ou d'argile, le cœur d'une femme, où Dieu met, pour que nous l'y prenions, cette semence qui croît sur cette terre, et sera récoltée sur une autre ! »

Du Mal

Le mal n'est pas par lui-même. Il est une conséquence naturelle mais temporaire de la liberté d'une créature distincte de son créateur.

Dans la création de Dieu, tout est bon et il ne peut y avoir rien que de bon. Mais comment, sans être Dieu lui-même, des êtres créés libres arriveraient-ils tout d'abord à connaître le bien, à le vouloir, à le faire? Le mal c'est la transgression des lois divines , établies dans la création. Mais quelle créature pourrait tout d'abord connaître et pratiquer cette loi, sans être Dieu lui-même, ou sans y être conduit fatalement et à l'aveugle par Dieu, c'est-à-dire sans perdre sa liberté?

Tous y arrivent sous la discipline des lois divines

immuables, mais volontairement, mais librement.

Ignorance, résistances, déviations, conflits, tout en

entretenant temporairement le mal, n'ont d'autre solution que le bien. Vertu, amour, héroïsme, ce sont les victoires de la liberté, les ailes puissantes par delà le mal temporaire. Aveuglement, crime, perversité sont des retards, mais aussi temporaires. Au fond de Fenfer même du pervers, le remords le relève, Finstruit au bonheur.

Le mal est dans la nature des choses mortelles, résultat inévitable pour une pauvre vie infirme qui, cherchant ses voies, tâtonne et se trompe. Marcher droit, c'est retrouver sa route. La victoire est d'opposer au mal une âme divine, c'est-à-dire si sûre qu'il finira, que du fond de Fangoisse, du martyre même, Fhorreur de ces moments se passe et s'enlève dans Félan vers le bonheur.

De la Mort.

«La mort n'est qu'une succession de milieux dans la série des transformations de la vie. Elle est le j)oint rapide où Tanneau qui finit se rive à l'anneau qui commence. Est-ce que la vie, par les voies qu'elle ouvre, par les désirs qu'elle suscite, par les vocations qu'elle éveille, par les fautes qu'elle engendre, n'appelle pas la vie qui frayera ces voies, qui satisfera ces désirs, qui développera ces vocations, qui réparera ces fautes?

« Celui qui en ce monde a senti et aimé la na- ture; celui qui a pressé sur son cœur une amante ou un ami, celui qui a donné volontairement sa vie sur la brèche ou au chevet d'un enfant malade; celui qui, chaque jour, a senti son cœur se creuser davan-

tage et devenir plus large ; celui qui chaque jour a mieux connu, plus aimé, supportera- t-il jamais l'idée qu'une fièvre typhoïde ou la balle d'un fusil tranche tant d'espérances, et ferme un livre sur une page commencée, un poëme au miheu d'un épisode?»

La mort est si bien contre la nature de l'homme que le simulacre l'en épouvante.

Dieu ne serait pas Dieu s'il détruisait la vie. Charles Alexandre.

Du Désespoir.

« Que le lâche gémisse et oublie de vivre : le brave vit et sait attendre.

« Celui-là a toute patience qui se sent immortel. »

Consolation.

«Nos souffrances, nos malheurs ne sont qu'illusion et passage ; il n'y a rien dans la nature de mauvais contre nous. L'amitié, les joies de l'âme vont sans cesse grandissant.

« Les choses ou les personnes qui nous ont rendus malheureux nous diront, lorsque nous nous retrouverons à une étape supérieure de notre vie infinie : Et pourtant je t'ahnais !

a Tout ce qui tf est pas de bienveillance est mensonge. Quand par nos actions nous semblons témoigner aux autres de la haine^ nous mentons; nous portons contre les voix les plus mystérieuses et les plus saintes de notre âme un témoignage qui nous révolte contre nous-mêmes, qui nous rend malades et furieux.

a Que si quelqu'un a été pour nous une cause de chagrin, je le plains, car il s'est fait plus de mal qu'à nous. Sa raison a été plus troublée que la nôtre, d

Vn Programme d'Amis.

a Nous sommes une amitié de jeunes hommes qui croyons à Timmorlalité, à la vie illimitée^ sur cette terre et au delà de cette terre. L'univers incommensurable est pour nous le champ de notre activité, de notre amour, de notre connaissance et de leurs progrès indéfinis.

« Cette foi faisait mourir intrépidement les Gaulois, nos pères; nous, elle nous fait affronter la vie aussi intrépidement qu'ils défiaient la mort.

a Nous croyons à l'immortalité comme à notre existence.

a Si la vie ne se démontre pas, elle s'affirme et ne peut se nier.

a Nous affirmons l'immortalité parce qu'elle nous pénètre le cœur, les sens l'intelligence; parce qu'elle

est la trame même de notre vie; parce qu'elle seule peut en rattacher tous les fils qui se brisent incessamment; parce que nous ne conceTons et ne comprenons rien sans elle et que par elle.

« Nous ajffirmons l'immortalité, parce que tout problème de la terre y a sa solution;

a Parce que nous aimons, parce que nous souffrons^ parce que nous avons perdu et que cette foi nous ouvre les horizons pour tout retrouver, guérir, bénir;

«Parce que tout ce qui vit ou peut vivre avec nous, nature, hommes, sociétés, devant y vivre à toujours dans un progrès indéfini, tous les malentendus s'effacent en espérance. L'amitié éternelle commence dès la terre pour celui qui aime et se recueille dans notre croyance.

« Notre dogme, c'est la personnalité indestructible, progressive, solidaire, c'est-à-dire d'autant plus forte et puissante qu'elle croît et s'augmente des autres personnalités.

a Et pour reprendre une image bien connue, nous croyons que chacun de nous dans l'univers est un centre dont la circonférence indéfiniment extensible peut contenir tous les autres centres et toutes les autres circonférences.

« Libres individus, nous sommes légion. Car nous sommes cette âme multiple, universelle, immortelle, qui s'affirme dès la terre.

« Nous sommes la solidarité : c'est-à-dire une vie qui sans cesse se renouveUe, chez tous se puise, se rend, s'échange, s'augmente et s'uniyersalise.

a On cherchera en nous le système, ou l'école, ou le parti, nous sommes la Toie où expire tout système, toute école, tout parti.

«Notre devise est tous appelés, tous élus, tous amis.

a L'immortalité c'est la consolation.

% C'est la yie nouvelle; la langue universeUe par laquelle nous atteindrons le pauvre, l'infirme, le déshérité, le malade, le blessé, en leur apportant la certitude que leur souffrance doit finir et leur félicité durer toujours;

a Le riche, l'heureux, le savant, celui qui aime, celui qui comprend et qui, passionné de la lumière, l'enfarevoit et la veut toujours plus, en leur apportant la certitude que celui qui a aura sans mesure, que celui qui aime aimera toujours mieux, que celui qui comprend possédera en réalité ce qu'il n'atteint que du désir, que celui qui sait en partie saura pleinement sans épuiser jamais sa science.

a La littérature, l'art, la philosophie, toutes les manifestations de l'âme hmnaine ne sont plus désormais circonscrites à cette vie de la terre. Elles balbutient, bientôt elle affirmeront une science universelle.

« Germes féconds qui de ce globe s'élancent pour croître et fleurir dans un développement indéfini !

Notre polémique contre les choses ma^v^^ises sera d'y chercher 4éjà le bien;

« Notre encouragement pour le bien sera 4'y entrevoir le n}ieux;

c( Nptre idéfil, v}ue vie de plus en plus ponsciente et solidaire, une amitié croissante ;

« Notre texte, une même âme exprimée par les intelligences les plus diverses;

« Notre mobile, le cœur de tous associés par l'espérance ;

« Notre récompense, notre œuvre elle-même.» •

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