L'immortalité de l'âme chez les Chaldéens
Dansks textes assyriens, on n'avait jusqu'ici constaté aucune mention de Texistence de Tâme après la mort. Les rois de Ninive et de Babylonc, dans les inscriptions qu'ils nous ont laissées, ne demandent jamais d'autres biens que ceux qui se rattachent à la félicitiî terrestre. Us implorent les Dieux de leur accorder uile vie longue, l'anéantissement de leurs ennemis, la durée de leur trône, et une descendance multiple.
On pourrait donc conclure de ce Fait l'absence de notion sur l'âme immortelle; mais ce serait tirer une conclusion peu justifiée. La vie paraissait en effet aux Chaldéens le bien le plus enviable, cependant on aurait tort de croire qu'ils admettaient un anéantissement complet après la mort.
On connaissait quelques indications au sujet de la distinction du corps etde l'âme. La grande Déesse avait à Borsippa un temple composé de trois sanctuaire:*, celui de Tâme, celui de la vie, celui de Vâme vivante^.
(I) Voir VExpéd. en Mésop, t. i, p. 214.
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4 DE l'immortalité DE L'AME
Le Noé babylonien, Xisuthrus, était enlevé pour une vie éternelle sans passer par la mort (A); d'autres indications de même espèce se trouvent dans les textes, où le séjour des vivants est distingué de celui des morts; ce dernier se nomme le pays d'ilf aUu. Dans l'idée des Assyriens cette localité se trouve dans le pays du nord, la plage de la disparition du soleil. Ce pays d'Arallu est en même temps la terre de Vor, et il est fort probable que le nom du kc A' Aral soit un reste de cette ancienne dénomination assyrienne ^ fSUn texte curieux donne le récit de la descente de la déesse htar {YAslarté des Chaldéens), vers le pays des morts, hlar obéilîà rinjonction de voir son fils Turzi, détenu dans VEnfer.
Cette dernière divinité qu'on a traduit, selon nous, à tort par Fils de la vie, signifie plutôt le Dieu Rejeton^; on Ta comparé à Thammuz oukAdoniSy et il est possible qu'un lien existe entre ces différentes conceptions mythologiques. ^
Le nom de la déesse '/stor se trouve dans les myihologies de toutes les nations sémitiques ; la divinité syrienne d'Astarté est trop connue pour que nous insistions sur ce point. On retrouve ce nom chez les Himyarites et chez les Assyriens. Dans ce pays, comme aussi en Phénicie, il a été généralisé ; car tous les dieux sont des Baal ou des Bel et toutes les déesses des Astarté et des Istar. L^usage biblique a consacré cette idée et nous lisons ainsi dans les Juges : « Ils servirent les Baals et D les Astharoth '^, b le sens est <c les faux dieux et les fausses » déesses ;» cela ne veut pas dire à les images de Baal et d'As- » tarte » comme les interprètes de la Bible l'ont souvent rendu ^ Lé mot a été choisi par l'écrivain sacrépour rendre plus
(A) il faut se Bouvenirici que dans la BiUe'Etieest enleyé au ciel sur uncbar de feu, l'an 896 avant J.-C. (IV Rois, ii, 1-3). On ne sait à quelle époque placer le récit de renlèvement de Xisuthrus. Ceci pourrait servir de point de repère. (Bonnetty.)
i Selon les anciens, le pays hyperboréen était riche en or l (voir Hérodote IV, c. 104).
s Voir B. M. Il, 36, 54. « La mère du Dieu Rejeton » v. %b, 69. 9.
» Juges, X, 6.
4 Voyez mon commentaire de la grande Inscription du palais de Khorsabad, p. 240.
CHEZ LES GHALDÉENS. 5
expressive rhorrear que lui inspirait Tidolâtrie dn peuple dlsraël.
La déesse I$tar, qui nous occupe, est la déesse de la guerre et elle règle en même temps les rapports matrimoniaux; elle est flile du Dieu de la lune Stn, et le mois d'Elul lui est consacré chez les Assyriens où elle est nommée VArchère. « Sargon rinvoqnécommecellequi anéantit les hommes.» Evidemment ily a deux déesses, originairementdifférentes^confondiiesdans une même fiction ; aussi Sardanapale YI les distingue entre Istar de Ninive et htar d'Arbelles.
Is caractère de la déesse militante se montre dans le texte qui va nous occuper. (L. 34).
Dans une imprécation proférée contre tout homme qui endommagerait une propriété foncière * :
« Jstar, la souveraine du ciel et de la terre, s'emparera de » lui et le livrera pour sa perle au dieu et au roi. »
Nous devons ajouter que, dans d'autres inscriptions, le rôle de Lucina est dévolu à une déesse différente qui est nommée Beltt {Beltis)^ également un nom général qui signifie « souve ^ raine. »
La déesse htar descend à TEnfer ; mais retenue par la déesse souterraine, Allat^ elle réussit difficilement à s'échapper de profondeur, où elle s'est imprudemment engagée.
Celte narration forme le sujet d'une inscription que divers savants ont déjà essayé de traduire. Le-sens général de ce texte a été bien rendu par MM. Smithy Fox Talbot, Lenormanij et dernièrement par M.Schrader, qui lui a consacré un ouvrage spécial. Le savant professeur de théologie d'féna a l'avantage de connattro à fond les langues sémitiques, et il a suffisamment expliqué les phrases sur lesquelles il n'y avait aucune contestatio!!; je regrette néanmoins de ne pouvoir adopter une seule d(îs traductions proposées par lui.
Quelques uns des passages, et des plus importants, n'ont été compf is par aucun de mes quatre prédécesseurs, et il me semble nécessaire de soumettre au public une traduction, en tout cas, moins imparfaite.
I CaOUm de Micham, col. III, lig. 3S.
6 DE l'immortalité DE L'aME
L'interprétation de ce texte a formé le sujet de mon Cours au Ck)llége de France, où j'ai pu la développer en expliquant le document d'une manière pbiiolo^iquement rigoureuse.
Il «est très-difficile de traduire un texte assyrien. 1^ langue nous était inconnue naguère, il nous faut former le Dictionnaire et cette partie de la lâche est des plus ardues. La création de la Grammaire nou^ a fait faire un pas considérable en avant; mais encore faut-il une assez grande somme de critique pour appliquer ces règles grammaticales. De plus, le texte est souvent tronqué, il faut de l'intuition pour le com|)léter; en tous cas, l'interprétation d'un texte assyrien exige beaucoup de peine et beaucoup de temps.
Pour faire juger de cette difficulté, je publierai en regard de ma version, celle du troisième traducteur, JM. Lenormant, qui lui-même a eu devant lui les versions des deux savants anglais. 11 est juste de dire que, presque partout où nous sommes d'accord, les Anglais avaient déjà proposé le même sens.
Ce n*est que très-tardivement que le vrai sens de linscription a été reconnu par la restitution du texte entier. Le commencement manquait, et MM. Fox Talbot et Lenormant, avaient, à cause de cette mutilation du document, cru voir dans le texte un mytbe tout différent de celui qui s*y trouve réellement. On avait pensé à une énumération' des bijoux d'une reine, puis à une initiation mystique^ dans cette dernière visée, M. Lenormant avait tiré parti de ce texte, dans son Commentaire sur Bérose, et en avait donné un tronçon de l'inscription dans les Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne. M. Smith a retrouvé au musée britannique un morceau delà brique qui s'adaptait au fragment déjà photographié dans la Collection des Trustées (K. 160), et a pu, dès lors, indiquer le vrai sens général du texte. Sa version, bien que trèsimparfaite, a eu les honneurs à\x Journal officiel^ qui l'a traduite du Daily Telegraph. Depuis peu, et postérieurement à la version de M. Lenormant, on a retrouvé les trois ou quatre derniers signes des dix premières lignes qui manquaient. Ils ont été fournis par un second exemplaire du document. Ces compléments ne manquaient pas à M. Schrader ; mais je ne
CHB3S LES GBAL1>ilR8. 7
partage pas son interprétation qui n'y a pas reconnu le disooiirs adressé à Jstar, et se rattachant à un récit précédent. Ia savait orientaliste et assyriologue a néanmoins le mérite d'avoir fait ressortir justement le caractère du poëme comme faisant partie d'une œuvre plus grande.
8 DE l'immortalité DE L'AME
'Voici ma traduction où lès restitutions sont mises entre parenthèses.
■f DESCENTE
D'ISTAR AUX ENFERS.
Oppert.
©i.i« Que vers la terre dont on ne retourne pas (l'ira/)
la terre de mon exil^ <^ 2. » Uiar^ fille de SU^ dirige son esprit ! « i> 3. Et 7itar, fille de Sm, dirigea son esprit, (selon cette
demande du fils), ^k. Vers la maison de Tétemilé, la demeure du dieu Ir^
kalla, ^ 5. Vers la maison où Ton entre, mais dont on ne sort pas ; •à 6. Vers la route où l'on s'achemine sans retour,
01. Vers la maison oii, pour celui qui entre^ la cécité remplace la lumière.
<^8. C'est l'endroit de ceux qui sont affamés de poussière et qui mangent de la boue ;
^9. La lumière n'y est pas vue, on reste dans l'obscurité (B).
«> 10. Comme des oiseaux, y voltigent les âmes des corps, ctl. Âu dessus de la porter et du pignon pèse la poussière. 42. Istar^ en s'approcbant de l'Ara/,
(B)On voit que c'est exactement ce qae dit Job : « Laissez-moi reposer un » moment, avant que j*aille au liea d'où je ne reviendrai plus, dans la terre » ténébreuse et couverte de la noirceur de la mort, terre de misère et de » ténèbres, où habite l'ombre de la mort, et aucun ordre, mais une éter- » neile horreur (Job, x^ 20-22). »
Les notes sigées (B) sont de l'éminent éditeur des Annales, mon vénérable ami, M. Bonne tty (0).
C'est encore notre croyance; on voit combien elle est ancienne et générale (B).
CHEZ LB8 GHALDÉBN8.