‹ L'immortalité de l'âme chez les ChaldéensChapitre 10 sur 10 · Ainsi sa libération tu n'as pas opérée secrètement · texte numérisé non relu

Ainsi sa libération tu n'as pas opérée secrètement

et à cause de cela....

La tablette finit par quelques lignes très-obscures où il est de nouveau question du a Fils de la vie, sa jeune passion » à qui Ton préstîiite «les eaux sublimes « et du jour de la fête du Fils de la vie, »

^ L'esprit de la terre, roi de VHadês ; on Tidentifie quelquefois avec àim^ et Bel L.

^t DE L'imORTALlTÂ DE^'aME

M. •pparC.

0 132. ce Je remplirai de pieires des yeux le vide de mes genoux. »

0133. ... Le Maître des Destinées, lui (à Allât) imposa

silence,

0 134. Elle remplit de pierres des yeux le vide de ses ge-

noux; a 135. < Elle ne m'a pas endommagé une seule côte, « 136. »(Et cependant), du temps du Dieu Rejeton, on m'a ravi la coupé d'albâtre^ on m'a ravi avec elle l'anneau de cornaline ; ^ 137. » Avec lui on m'a ravi les enchanteurs et les enchanteresses; ^138. » Qu'ils remontent par les sacrifices, qu'ils flairent notre encens!..*.

La fin de ce récit est très-obscure, surtout les lignes qui précèdent celles de la fin. Aussi ne proposons-nous pas notre traduction avec celte confiance que nous peut inspirer le reste de notre traduction. Les douze dernières lignes n'ont pas été traduites par nos prédécesseurs, quoique les trois dernières soient complètes, et que le sens en soit presque certain. L'obscurité qui enveloppe ce passage provient des allusions à certains objets mystiques , dont nous ignorons l'histoire.

Nous ne savons rien de la disparition des Enchanteurs et des Enchanteresses ; l'explication de ce terme, inconnu aux savants auxquels nous succédons, se trouve dans une glose grammaticale^

Le petit dieu Rejeton, qui joue un rôle à la fin de l'inscription, a probablement inspiré le commencement du document qui se reliait à une autre narration.

Les premiers versets contiennent évidemment un ordre ;

cela ressort du sutûxe de la première personne, qui finit la

première ligne, et ainsi s'explique la répétition qui se trouve

dans les versets 2 et 3.

La description de l'enfer n'est pas un des passages les plus

1 M. Lenormant, qui a copié ce texte sur les documents inédits, a commis dans son travail une petite erreur, il écrit danninnu. Le mot est unntnnu (p. 45).

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difficiles, bien qu'il n'ait pas été compris par tous lifesérudits dans ses détails.

Il en est autrement du discours que /srar adresse au Porlier, et qui a été méconnu par tous, parce qu'on a mal transcrit la phrase assyrienne ^

Selon mes prédécesseurs, is^ar menace le Portier de l'Enfer de peupler le monde souterrain en tourmentant les vivants. Cela n'a pas de sens, et n'est pas une menace à l'adresse du Gardien infernal. Ce (^u'il doit vouloir empêcher, ce n'est p§s qu'il y ait beaucoup do décès, mais que les morts confiés à sa garde ne s'échappent pas.

La réponse du Portier à Istar a été miîconnue également?, et de même le colloque entre les deux déesses dont on a fait un seul monologue de la Déesse des prof ondeurs.CelÏQ'Ci a peur d'islar qui la tranquillise, en lui expliquant sa propre tristesse^. Alors seulement Allât donne Tordre de l'introduire, en la dépouillant de tous ses ornements, dont quelques-uns peuvent avoir une vertu magique. Nue, comme il convient d'entrer dans la région infernale, Istar est amenée devant la Reine des Enfers.

Celle-ci raille la nudité & Istar ^ qui ne résiste pas à sa colère justifiée; la Déesfîedes ténèbres ordonne alors à son serviteur le dieu des Destinées, (ou le Dieu du Jugement) *, de garder Istaï frappée de maladie.

L'absence d'/sfar produit sur le monde supérieur des effets déjà expliqués par les verrions britanniques ; les Dieux s'en

^ Toutes les versions transcrivent d'une manière fautive et ne donnant pat des mots assyrieos.

* La plirase est luUasmuki, lusanni'^ti je veux l'obéir, je veux référer à, etc; on a lu luUik mukilu sa anni, et l'on s'est donné toutes les peines possibles pour expliquer une plirase inexplicable.

8 Le mot luhki ne peut être que la première personne du précatif. MM . Lenormant et Schrader ont traduit à tort, l'un a qu'elle pleure » et l'autre « qu'elle reste. » La 3® p. devrait être lihki.

^ Il est parfaitement vtai que les deux signes, qui composent ce nom divin, expriment aussi le nom de la peste, ainsi que je Tai expliqué dans le Journal asiatique (1, 1873, p. 289). M. Schrader p. 40 et p. 149 ne mentionne que

Î4 DE L'iimORTALlTÉ DB L'AMB

émeuvent, et le Maître des Ondes seul y retnédie, en envoyant dans rénter un être- hybride, qui porte le nom de « Renouvel- » lement de la lumière. »

Il annonce à Allât la décision des Dieux qui veulent que Istar reparaisse sur la terre.

La Déesse infernale se venge du messager, en le maudissant; mais force lui est de rendre la Déesse aux régions célestes.

Les cérémonies exigées à. cet égard sont assez difficiles à comprendre pour nous. On ne se rend pas compte du rôle que joue ici le Dieu Anunnakij ou Anu ; espérons que d'autres documents nous donneront le mot de Ténigme. En tous cas, /s(ar est rendue aux régions supérieures, non sans regretter qu'elle n'ait pu atteindre son but, de sauver le Dieu Rejeton^ et en déplorant la perte antérieurement faite des objets mystiques comme la mort des Magiciens et des Magiciennes.

Tel qu'il est, le récit néanmoins est d'une grande importance. Il montre cette ancienne croyance du combat des U deux mondes inférieur et supérieur; même les Dieux ne doi- U vent pas connaître le secret dé la vie future, et la Déesse, qui règle en haut les rapports de la vie, est sévèrement punie pour avoir voulu pénétrer ce mystère (C). U est possible que, précisément, cette idée indique la cause pourquoi les rois d'Assyrie ne touchent Jamais dans les inscriptions quilesconcernent , à l'idée de la vie future. Le règne de la Déesse infernale et des Génies est exprimé dans un chant sumérien *, accompagné heureusement pour nous d'une traduction assyrienne; sans

les savants qui oui emprunté les résultats de mes recherches. Mais ici le dieu Namtar n'est que le dieu du Jugement ou des Destinées. (Voyez B. M. 8, 7, 15, 18).

(G) C'est la fable grecque de Prométhée enchaîné sur le Caucase et tourmenté par le vautour qui lui ronge le cœur pour avoir dérobé le feu du ciel. (Bonuetly).

* Le nom de sumérien est le seul qui soit le nom juste;. tous les eiîorts tentés, sans argument?, pour introduire le mot faux A'accadien, ne prouvent que rinanité de ces tentatives. Et, après tout, il ne s'agit que d'un nom.

Le mot d'Accad, comme le fait deviner le texte biblique {Genèse x, iO), est un terme sémitique, et la langue sumérienne est un idiome touranien. LA-dessus tous les savants compétents sont unanimes ; c'est une forme antique et éteiute d'une langue agglutinante.

Nous reviendrons sur ces sujets.

CHEZ LR8 CHAlDéBNS. 25

cela nous ne le comprendrions pas ^ £n vcùci la traduction :

-»!. Le jour de renterrement dans la plage fatale^ l'un corame tous^ (liltéràlement : eux tous).

^2. Le jour du malheur, et la veillée qui le suit, Tun comme tous.

-3. Le jour du malheur et la veillée qui le précède, l'un '• comme tous.

""4. Le vengeur, le fils du vengeur, Tun comme tous.

-5. Les hommes qui par leurs livres répandenlla peste eux tous.

1 11 rst impossible de comprendre un texte sumérien qui n'est pas accompagné de sa traduction assyrienne. Nous ne sommes donc pas de Tavis de notre savant ami, M. Lenormant, et nous regrettons de ne pas pouvoir accepter sans restriction, au sujet du texte des exorcismes. le passage qu'on va lire : « Pour placer immédiatement le lecteur au milieu du monde étrange dans » lequel je lu! demande de me suivre, je rapporterai en entier \e& formules » de cette tablette, du moins celles que l'on peut interpréter (car il en esi '^n* » core quelques-unes qui résistent à l'explication}, et j'accompagnerai n.a » traduction de courtes note^. J'ai été précédé dans cette entreprise par M » Oppert, avec lequel je nfe trouve en complet accord pour la majorité des • cas. Cependant celui qui voudra comparer nos deux traductions y trouvera » quelques divergences : elles tiennent presque toute» à ce que le savant pro- TD fesseur du Collège de Fnyice a traduit sur la version assyrienne^ tandis que » je me suis attaché à suivre le texte original accadien. Or, la version assy- » Tienne est loin d'être toujours littérale, comme on pourra s'en rendre compte, » puisque j'ai noté tous les passages où elle s'écarte de la rédaction pri- ■ mitive. »

Le sumérien est écrit enr grande partie par des idéogrammes (Voir aussi M. J. Duchâieau. sur Vorigine des écritures japonaise et sumérienne, Paris, 1873,) dont le sens est indiqué par le mot assyrien qui l'explique.

On ne saurait deviner que tel signe signifie ulcère^ fièvre, qu'un autre assemblage de clous veut dire f>anarit qu'un quatrième caractère a le sens de poumon, U y a un savant qui s'acharne à prouver que ïaccadien n'est pas une langue du tout. Des centaines de bilingues font justice de cette thèse inepte ; mais pour que cette pensée ait pu surgir dans la tôte d'un homme même plus paradoxal que judicieux, il faut qu'il pu se tromper par quelques phénomènes mal étudiéd. Si les Assyriens ont traduit uo texte accadien d'une manière quelconque, c'est qu'ils y ont attaché le sens qu'ils proposent. En tout cas, ils connetissalent les cunéiformes mieux que nous; la preuve en est que j'ai travaillé deux ans sur cette version assyrienne, avant de la comprendre. Si donc on traduit « l'accadien > autrement que l'assyrien, c'est que l'un d'eux est mal rendu. Moi aussi, j'étudie les deux. Mais si M. Lenormant n'a voulu parler que de la manière différente de

26 m L'nmoBTÀLiTÉ de l'amb

♦ 6. Le courroux d' Allât (le tremblement de terre), l'un comme tous ^ ^7. La foudre qui fond la terre, l'une comme toutes. Jd. Voilà les sept Dieux Maîtres des vastes cieux.

^9. Voilà les sept dieux des vastes contrées.

^10. Voilà les sept dieux des profondeurs.

*11. Voilà les sept dieux des légions du ciel.

•12. Voilà les sept dieux ennemis.

-13. Voilà les sept spectres ennemis.

.14. Voilà les septiflamlnes ennemies.

*15. Ils sont sept dans la terre, ils sont sept dans les cieux (l)).

*16. Génies ennemis, déitions ennemis, génies destructeurs ennemis, satellites ennemis, séducteurs ennemis.

-•17. Esprit du (ïel, souviens-t'en! Esprit de la Terre, souviens-t'en !

•18. Esprit du Dieu juge, roi des contrées, souviens-t'en I

^19. Esprit de Bel^ maître des pays, souviens-t'en l

•20, Esprit de Tavat, souveraine des pays, souviens-t'en !

•21. Esprit de Ninip, Fils du Paradis, souviens-t'en !

«22. Esprit d'isfar, qui éclaire les nuits, souviens-t'en ^!

rendre les mêmes idées dans les deux langues dont la double existence est dénotée par cela même, il a pleinement raison. Malgré la divergence sur le nom, je tiens à rendre hautement justice au mérite qui revient à mon savant ami pour le développement grammatical de Tidiome touranien. La somme des faits acquis à la science, et dont il a une part très-notable, ne sera pas amoindrie par lessophismes fragiles et les allégations inexactes de quelques travailleurs de seconde main, insuffisamment préparés à leurs attaques gratuites. La meilleure manière d*y répondre, c'est de continuer ses recherches.

1 De cette phrase, eux tous, M. G. Smith fait le royaume céleste Amisl

(D) Remarquons encore ce nombre sacré de sept que l'on trouve sacré partout. Voir les preuves dans jnnat^s, t. xx, 5b et 562 (S« série) (Bonnettv).

^ M. Lenormanta déjà traduit avant moi ce texte. Voici sa traduction. (La Magie, p. 17. C(yrrespondani^. 42.).

« Le soir de mauvais augure, la région du Ciel qui produit le malheur. —

• Le jour funeste, la région du Giei mauvaise à l'observation. — Le jour

» funeste, la région du Ciel mauvaise qui s'avance. — — Messagers de

» la peste. — Ravageurs de Nin-Ki-gal. — La foudre qui fait ragis dans le » pays. —Les sept dieux du vaste Ciel. — Les sept dieux de la vaste terre.

• — Les sept dieux des sphères ignées. —Les sept dieux des légions célestes

CHEZ LES CHALUÉENS. 27

Les sept maîtres infernaux qui figurent dans cet exorcisme magique, sont les plus grands désastres qui puissent frapper rhomme.

Le texte énumère la mort, le malheur, et les veillées qui, selon Tusage oriental, finissent ou commencent la journée fatale; puis les représentants de la vendetta, la peste, le tremblement de terre et la foudre.

Le désastre, cité en ô*» lieu, est précisément mis en rapport avec, la Déesse deTEnfer; la colère d'AUat produit les secousses terrestres.

L'esprit des Dieux supérieurs est invoqué pour conjurer l'effet de tous ces maux; parmi ces divinités paraît aussi Istar, nommée celle qui éclaire les nuits. C'est la Venus Vrania d'Hérodote, représentée par la planète qui porte son nom. Dans le chant magique, dont nous venons de donner la traduction, il perce également l'antagonisme des Déesses, que nous dépeint le récit de la descente à'Istar aux Enfers.

Jules Oppert.

» Les sept dieux malfaisants. — Les sept fantômes mauvais. — Les sept » fantômes de flamme malfaisants. — Les sept dieux du ciel. — Les sept » dieux de la terre. — Le démon mauvais, Je alal mauvais, le gigim mauvais, • le telal mauvais, le dieu mauvais, le maskim mauvais.

» Esprit du ciel, souviens-t'en I Esprit de la terre, souviens-l'en I

» Esprit de Moul ge^ roi des contrées, souviens t'en !

» Esprit ûe Nin-gelalf dame des contrées, souviens - t'en I

» Esprit deiVïn-dar, fils du zénith, souviens-t'en I

» Esprit de Thiskou, dame des contrées, qui brille da»is la nuit, souviens « » t'en !

Cette traduction de M. Lenormant, faite en s'appuyént surtout sur le texte «accadien, » est, en effet, antérieure à ma traduction française faite sur l'assyrien. Mais bien des mots et bien des phrases en avaient été établis par moi, par d'autres documents. Mon savant ami partagera mon avis sur l'utilité de la préexistence d'une version quelconque pour l'intelligence de l'accadien. Pourtant, cette imperfection, inséparable de tonte science naissante, ne préjuge rien surles progrès certains que fera Tétude du sumérien, et à laquelle profiteront assurément les travaux de M. Lenormant. Vouloir rejeter tous les résultats, à cause d'un nombre plus ou moins considérable d'analogies erronées, et qui, après tout, n'intéressent pas le fond de la question, serait puéril, sinon de la mauvaise foi. On est en bonne voie ; en cela le sumérien est mieux partagé que ne Tétait naguère le chypriote, par exemple. Et môme là, les tentatives malheureuses do M. Halévy n'ont pas empêché d«s savants instruits et pénétrants d'y reconnaître un dialecte grec.

28 DB L'iBmORTALlTÈ DB L'AMB.

Nous recevons de M. Lenormaiit la lettre suivante que nous nous empressons de publier :

Paris, 10 décembre 1871.

M 00 cher ami^ Dans votre dernier travail Insi^ré aux Annales de philosophie chrétienne. vous hésitez sur la signification à donner & quelques phrases de mon volume sur La Magie chez les Chaldéens. Elles me paraissent pourtant, en les relisant^ fort claires et ne pouvant être entendues que comme faisant allusion aux divergences qui existent quelquefois entre le texte primitif accadien et la version assyrienne ùes docuiiients bilingues. Je m'étonne que l'on y ait ('cherché une autre signification. Mais puisqu'il y a pu y avoir doute dans quelques esprits, je ne veux pas le laisser subsister plus longtemps^ et je tiens à préciser ma pensée en disant que votre seconde interprétation des phrases enq/uestion est la seule exacte, et que je désavoue toute autre.

Mille amitiés.

F. LBNOBMAlfT.

Versailles, imp. Beaugrand et Dax, rue du Potager, 9.

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