‹ L'immunité dans la syphilisChapitre 16 sur 42 · INOCULATIONS SUCCESSIVES CHEZ, LES SINGES · texte numérisé non relu

INOCULATIONS SUCCESSIVES CHEZ, LES SINGES

second accident moins étendu, il n’en reste pas moins acquis d’une façon inattaquable qu'il est possible de produire un second accident syphililique primaire en inoculant du virus actif en quantité suffisante avant l'éclosion du ,remier chancre.

Iln'exisle donc pas à celle époque d'immunilé absolue.

Ces expériences nous perméttent de comprendre clairement les faits que nous voyons chaque jour cliniquement. Les chan:

cres successifs proviennent le plus souvent d'inoculations successives.

ILest encore classique de dire que le chancre syphilitique est unique toujours, en réalité il est fréquent d'observer des chancres multiples naissant les uns après les autres et venant nous

confirmer chaque jour que l’immunité n’est pas faite dès la première infection de l'organisme.

Je ne puis résister au plaisir de citer d’abord une observation de M. Queyrat absolument démonstrative et qui a la valeur d’une expérience.

Obs. X. (M. Queyrar), — Onze chancres syphilitiques apparus successive ment dans le laps d'un mois. — Le jeune malade que voici soulève la question non encore résolue, très difficile à trancher, du moment où l'organisme se trouve immunisé contre le virus syphilitique.

Ce jeune homme, âgé de 22 ans, avait depuis 6 mois une maitresse qu'il aimait passionnément et à laquelle il a été absolument fidèle.

Le 23 juin 1904 (il y à donc maintenant 36 jours), il s'est aperçu de l'apparition d’un chancre dans le sillon balano-préputial, à droite. Discussion avec sa maitresse, dispute : il la quitte et depuis n'a pas eu de rapports sexuels.

J'ajoute, et ceci a de l'intérêt au point de vue de la question que je vais discuter dans un instant, que pendant leur existence commune , ils avaient régulièrement un rapport par jour et que le dernier a eu lieu le 23 juin, enfin que ce malade n'a fait d'autre traitement que des lotions boriquées.

Voici donc notre malade avec un chancre le 23 juin ; huit jours après, le 4er juillet, apparition d’un deuxième chancre sur le fourreau, à droite du raphé, près du limbe, puis, vers le 5 juillet (le malade ne peut préciser exactement), troisième chancre celui-là au niveau du pubis et successivement à un, deux ou trois jours d'intervalle, se sont montrés : huit chancres sur le fourreau, deux près de la base de la verge ; deux autres sur la partie moyenne, deux à gauche, prés du limbe ; il vient enfin d’en apparaitre deux autres à droite, en arrière du limbe, soit au total onze chancres.

Pinard

Les derniers dataient de cinq jours lorsque le malade est venu à ma consultation à l'hôpital Cochin;'le 27 juillet : leur apparition correspondait donc, presque jour pour jour, dans le laps d’un mois, au dernier rapport sexuel du 23 juin. , 4

Il existait une adénopathie bilatérale, trois de ces chancres étaient typiques, les huit autres ressemblaient à des chancres syphilitiques qui n’auraient pu subir leur complète évolution.

Il semble que l’on doive admettre là, l'hypothèse défendue avec tant de talent par M. Queyrat. Ce malade, qui avait un rapport quotidien, paraît s'être infecté chaque jour, mais au fur et à mesure qu'il s'éloignait de la date de la première infection « s’établissait dans son organisme l’immunisation contre le virus syphilitique, de telle sorte que les dernières inoculations ont produit des chancres de plus en plus effacés et pour ainsi dire avortés, les deux derniers près du limbe à droite ne sont plus que des petites lamelles lenticulaires, foliacées ».

Ce sont bien des chancres syphilitiques ; ces ulcérations ont servi à M. Metchnikoff à inoculer des singes et toutes ont été positives. MM. Bonnet et Courjon ont publié une observation analogue (Lyon médical,13 déc. 1908) ; ro chancres syphilitiques de la verge sont apparus chez un malade, chaque jour successivement pendant 10 jours.

Sabaréanu, dans sa thèse, a réuni de nombreux cas de chancres successifs communiqués par les syphiligraphes les plus différents. Ces cas de chancres successifs sont d’ailleurs d’observation courante, j'en ai observé de nombreux exemples en 1906 et en 1908 à l'hôpital Ricord pendant mon internat chez M. le Docteur Queyrat. En voici quelques observations personnelles :

Obs. XI (personnelle). — Six chancres syphilitiques successifs du prépuce el du fourreau apparus en un mois et demi. — Gustave L..., se présente le 24 décembre 1908 avec six chancres syphilitiques qui siègent : les deux premiers, sur l'extrémité libre du prépuce, ils sont à fond rouge, sans bords, indurés ; sur le fourreau,près de l'extrémité de la verge, deux autres chancres, l’un du diamètre d’une lentille et l'autre moitié plus grand, lecinquième, siégeant près du fourreau du côté droit, près du raphé, se présente sous la forme d'une petite papule érosive plus petite que la précédente.

INOGULATIONS SUCCESSIVES CHEZ LES SINGES il 35

tee meunier

Enfin, près de la racine de la verge, une autre papule plus discrète recouverte d’une petite” squame.

Ces chances ont apparu les deux premiers vers le ÿ novembre 1908, c'est-à-dire il y a un mois et demi, et les autres se seraient succédé à peu près à huit jours de distance, suivant les dires du malade ; le dernier chancre est apparu il y a environ six jours, le 18 décembre, ils renferment du tréponème.

IL existe donc un intervalle de plus d'un mois entre les premiers et les derniers

Obs. XII (personnelle), — Jeux chancres syphilitiques du prépuce et deux chancres de la langue. — G..., 35 ans, agent de train, examiné le 3 février 1909, présente deux chancres syphilitiques du prépuce, classiques, l'un assez volumineux, ovalaire, d’un centimètre et demi de diamètre,l'autre plus petit mesure cinq millimètres de diamètre seulement. Ils sont accompagnés d'’adénopathie inguinaïe moyenne.

Ils sont survenus il y a trois semaines,

En même temps on constate l'existence de deux Cban dre de la langue plus récents. Ils se présentent sous forme de deux petites papules jaunes avec un léger halo rouge, le plus reculé présente au centre une ulcération grande comme une tête d'épingle. Ces chancres petits, indolores, ont commencé il y a dix à quinze jours, une semaine au moins après les chancres du prépuce. Ils sont accompagnés d'adénopathie sous-angulo-maxillaire, Le malade marié avait eu à plusieurs reprises des rapports extra-conjugaux deux mois auparavant.

8 février. — Le malade revient accompagné de sa line légitime qui présente un chancre syphilitique gros comme une lentille, induré, érosif, apparu depuis quelques jours. :

Tous ces chancres contenaient du tréponème.

Obs. XIII (personnelle). — Cing chancres syplulitiques successifs de la verge el du scrotum. — Anto-inoculatlion encore positive. — H..., 28 ans, garcon de café, présente cinq chancres syphilitiques apparus successive. ment. È

Le plus étendu est un chancre ulcéreux du scrotum, à la racine de la verge, à gauche, apparu le 5 mars 1909. Il en existe quatre autres ; l’un sur le fourreau, apparu le 11 mars, puis les trois autres apparus entre le 11 et le 18 mars et siégeant à la racine de la verge. Ils sont accompagnés d’adénopathie classique. Ils contiennent du tréponème.

Ce malade a des rapports journaliers avec sa maîtresse avec laquelle il cohabite depuis 7 mois. Cette femme est actuellement enceinte et en traitement à l'hôpital Broca.

19 mars. — On lui pratique une aulo-inoculation à gauche de l’ombilic

avec le produit de son chancre ulcéreux, et à droite de l'ombilic, une inotulation avec le suc d’un chancre syphilitique d'un autre*malade et renfer-

mant du tréponème.

29. — C'est-à-dire dix jours après les inoculations, se développent deux

petites papules aux points inoculés,et elles présentent une évolution parallèle, nous reviendrons plus loin sur ces derniers faits.

Nous pouvons affirmer avec les données de la clinique qu'il ne faut plus accepter à l'heure actuelle le dogme de l’unicité du chancre syphilitique, dogme qui à lui seul a causé tant d'erreurs de diagnostic. Les chancres syphilitiques sont fréquemment multiples. et si dars certains cas ils peuvent avoir été contractés le même jour, comme cela se voit chez les galeux qui infectent d’un seul coup leurs sillons (nous avons pu compter 26 chancres syphilitiques chez un malade de l'hôpital Ricord), souvent aussi ils proviennent non pas de contagions contemporaines, mais successives, le plus souvent ce sont des malades ayant des rapports réguliers avec une femme attitrée, comme dans l'observation X et dans l’observation XII.

Nous pouvons donc conclure pièces en muins, forts des résultats fournis par les expériences autrefois faites sur l'homme, répétées sur les singes et confirmées par les observations cliniques, que pendant l'incubalion de l'accident primitif de la syphilis, le malade peut contracter d'autres accidents primilifs. Sidans certains cas certaines modificalions dans l'aspect, les dimensions, l'incubation du second accident peuvent faire penser qu'il existe déjà certaines transformations liumorales, en lout cas on peul affirmer qu'il n'exisle pas encore d'inununilé absolue à cetle période.

és

Page 1