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IMMUNITÉ RAIMDI': ET PASSAGÈRE CONTRE LES MICROBES

péritoine de cobayes neufs, auxquels il injectait de petites quantités de sérum spécifique, (.oniine ce dernier licpiidc, entre les mains de M. Pfeifter, était incapable de transtonner les vibrions en granules in vitro, cet observateur a sup[)osé que les éléments cellulaires d’un animal neuf possédaient le pouvoir de modilier la substance inactive du sérum spécifi(pie en substance bactéricide. D’après cette conceptioiq 1 immunité, conférée par ce sérum, n ôtait pas purement passive, car elle exigeait le concours des cellules vivantes pour préparer la substance (jui transforme et tue les vibrions.

La démonstration que nous avons faite de la possibilité d’obtenir le phénomène de 1 feilter in vitro a aussitôt lait pencher la balance en faveur de la théorie, d’ajirès la(]uelle rimmunité par le sérum spécifique est due à une action humorale directe sur le microbe. Dans ces conditions, cette immunité devait être inteiqirétée comme [uireinent passive, (jette opinion semblait tléünitive après la décoinerte de M. Bordet qu’un sérum spéciti(|ue, inactif par lui-même, devenait capable de provoquer le phénomène de Pfeiffer, aussitôt qu'on lui additionnait un peu de sérum neuf, non spéciti([ue. Voici comment M. Bordet (1) résume sa théorie de l’immunité, conférée par les sérums spécifiques : « L’imhiiinité passive est due, tout au moins en partie, à un phénomène chimique exercé sur les vibrions par deux substances préformées, Piine existant chez ranimai avant toute injection, l’autre se rencontrant déjà dans le sérum qu’on injecte; ce phénomène est purement chimique en ce sens qu'il peut s’accomplir sans le concours d’une réaction vitale, d’aucune sécrétion cellulaire nouvelle . on le constate en ctlet dans des liquides entièrement dépourvus de cellules » (p. 217). A la suite de ces constatations, on a cru que l'organisme reste absolument inactif dans le cas où il est soumis à l’action de sérums préventifs ou antiinfectieux, et que l’exemple du vibrion cholérique représente une sorte de schéma.

Bpplicalile à tout renscmblc de phénomènes, réunis dans la catégorie de 1 immunité passive.

De même que dans l’étude de rimmunité, obtenue à la suite des vaccinations par les microbes ou leurs produits, dans 1’ « immunité passive », on ne voyait (jue l’action chimique directe de deux substances sur le microbe et on tâchait d’étendre la démonstration à toute une série de maladies infectieuses.

(I) Annates de l’instifut Pasteur, 1890,, T. X, p. J93.

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MM. Pfeitrer et Kolle (1), après avoir conslaté que le sérum du sangdes convalescents de la fièvre typhoïde, ainsi que celui des animaux, vaccinés avec le bacille typhique, inanirestent un fort pouvoir préventif pour le cobaye, ont voulu se rendre compte du mécanisme de cette immunité. Ils ont vu que dans le péritoine de cobayes, inoculés avec du bacille typhique et soumis en même temps à Paction de sérums préventifs, les microbes perdent presque aussitôt leur mobilité. Un peu plus tard, ils accusent une dégénérescence de forme, deviennent moins réfringents et s'émiettent. A la suite de l’injection de fortes doses de sérum spécifique, les bacilles se transforment en granules, à peu près comme dans le choléra. « Seulement — disent les auteurs cités — ce dernier mode de destruction, c’est-à-dire la formation de granules au dépens des bactéries in jectées, ne se tait pas avec la même régularité surprenante que dans le phénomène de Pleitter avec le vibrion cholérique « (p. 219). Pendant que ces changements se produisent dans le liquide péritonéal, les leucocytes commencent à arriver et à englober les bacilles et leur débris. « La phagocytose prend donc une part incontestable à la destruction des bactéries. Cependant, comme la majorité des bactéries injectées meurent dans le liquide de l’exsudât, la phagocytose ne peut nullement être considérée comme cause de l’action préventive du sérum » (p. 220). On voit, d’après cet exposé, que déjà pour le coccobacille typhique, l’action directe des humeurs est sensiblement moins marquée que dans l’exemple du vibrion cholérique. Mais, même pour ce dernier, il faut faire beaucoup de restrictions. A l’immunité contre ce microbe, conférée par le sérum des animaux immunisés, s’appliquent les mêmes règles qu’à l’immunité, due aux vaccinations par les vibrions ou leurs produits. Si nous voulions longuement traiter ici ce sujet, il nous faudrait répéter presque textuellement tout ce qui a été dit dans les deux chapitres précédents. Bornons-nous à rappeler que cette transformation presque générale et rapide, comme on l’observe m vitro sur des vibrions, mis en contact avec du sérum spécifique frais ou bien avec le mélange de ce sérum, chautlc à 55®-56^, et du sérum neuf, non chautie, ne se rencontre dans l’organisme que dans des cas de phagolyse. C’est dans le péritoine que M. Pfeiffer a découvert le phénomène qui porte son nom et c’est là qu’on peut l’observer le mieux pendant la période de la phagolyse des globules blancs. Des vibrions

(1) Zeitschrift für llygiene, 1896, ï. XXI, p. 203.

IMMÜNITI!: HAI'IDK KT PASSAGÉHI-; CONTKK LES M1CROI5ES

mélang'cs avec des petites doses de scpiini spécifique qui par lui-même peut les immobiliser et les agglutiner, mais qui est absolument hors d’état de les transformer en granules, présentent cette transformation aussitôt qu on les introduit dans la cavité péidtonéale de cobayes neufs. Dans ce cas, les vibrions, imprégnés de fixateur du sérum spécifique, se trouvent touchés parla microcytase du liijuide péritonéal, échappée aux phagocytes avariés. La préparation du péritoine des cobayes neufs avec une injection de bouillon ou d’eau physiologiijue, faite la veille, enqiêche le [ihéiiomône de Pfeillér de se produire, malgré le sérum préventif, tout à fait comme chez les cobayes vaccinés. Dans les deux cas, les vibrions, sans être transformés en gi-anules parla partie liquide de l’exsudât péritonéal, sont englobés en masse et avec une rapidité extraordinaire par les phagocytes. Cette exj)érience a été reproduite [>ar M. Carnier (1) [)Our le coccobacille ty[)hique. Il injectait dans la cavité [)éritonéalc de jeunes cobayes d abord quchpies c. c. de solution physiologi(]ue de chlorure de sodium, de houillon frais ou de plusieurs autres li(|uides. Le lendemain, il introduisait au même eudi*oit des coccobacilles typhiques, mélangés avec du sérum sanguin d àne, longtemps immunisé contre ce microbe. l‘eu de minutes c2-4) après cette dernière injection, les leucocytes, dont la phagolyse était empêchée parla préparation de la veille, se ti-ouvaient bourrés de coccobacilles. Quelques-uns d'entre eux, comme ceux qui restaient encore libres dans le liquide péritonéal, conservaient leur forme normale, tandis qu’un très grand nombre de ces microbes englobés par les microphages, étaient déjà transformés en granules. Cette expérience confirme encore une fois la thèse que la substance qui ti'ansforme les coccobacilles ou les vibrions en granules, est la microcytase. A l’état normal des phagocytes, elle se trouve dans les microphages. mais lors de la phagolyse, elle s’échappe en partie dans le liquide environnant. Dans les expériences de contrôle de M (iarnier, faites avec de jeunes cobayes neufs, non préparés la veille,

1 injection simultanée de coccobacilles fyphicpies et de sérum sp.écifique d’àne, provoquait cette sorte de phénomène de Pfeiffer atténué ou peu typique quia été décrit dans le mémoire de MM. Pfeiffer et Kolle.

Bientôt après la découverte du phénomène de Pfeiffer, j’ai pu (2) fournir la preuve qu'il ne se produit ni dans le tissu sous-cutané, ni

(1) Annales de l'Institut Pasteur, t8!»7, T. XI, p. 773.

(“2) An?iales de l' Institut Pasteur., 1S9.^, T. IX, p. 453.

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dans les œclènios, provoqués par l’arrêt de la circulation, ni dans la chambre antérieure de l’œil des animanv, lorsqu'on injecte dans ces endroits des vibrions cholériques, mélangés avec du sérum antiinfectieuK spécitbpie. Dans ces conditions, ces microbes conservent leur forme normale, restent bien vivants et dans cet état, sont englobés par les leucocytes (]ui arrivent auv points envahis. Ces cellules, attirées par les produits vibrioniens, ne subissent aucune phagolyse et remplissent leur fonction phagocytaire sans aucune entrave. On trouve dans leur intérieur des vibrions ayant conservé leur forme allongée et d’autres, transformés en granules. Les exsudats, rentermant ces éléments, donnent des cultures cholériques sur des milieux nutritifs, ce ([ui prouve que, parmi les vibrions intracellulaires, il y en avait de vivants. Dans ces exemples, il n'y a pas de destruction des microbes dans les bumeurs, par conséquent pas d’action directe de la substance bactéricide. Celle ci, renfermée dans les phagocytes, ne peut agir que par l’intermédiaire de ces éléments.

M. Mesnil (1) a fait des expériences analogues avec le vibrion de Massaouab qui présente cette particularité qu’il est très virulent lorsqu’on l’injecte sous la peau de cobayes. Eb bien, malgré cette ditférence, ce microbe, injecté avec le sérum préventif à des animaux neufs, se comporte de la même façon que le vibrion cholérique proprement dit. M. Mesnil a introduit les vibrions de Massaouab en même temps que le sérum antiinfectieux spécifique, dans le tissu sous-cutané de cobayes jeunes et adultes et de jeunes lapins. Dans tous les cas, il a observé les mêmes phénomènes de réaction de l’organisme. Les vibrions provoquaient la formation de l’œdème au point d’inoculation et restaient isolés dans le liquide. La majorité de ces microbes s immobilisaient, mais quelques-uns demeuraient mobiles. Le phénomène de Pfeiffer ne se produisait jamais. Tl y avait quelquefois un certain amoncellement des vibrions, mais qui n’était pas comparable à la forte agglutination que l’on observe dans le sérum spécifique in vitro. Ijes vibrions conservaient leur faculté de reproduction et M. Mesnil a pu les observer dans toutes les phases de la division. Quelques heures (fi-8) après rinoculation, les leucocytes commençaient à arriver au point d’inocnlation et se mettaient aussitôt à englober les vil>rions. Cette phagocytose devenait de plus en plus ti'équente et aboutissait à l’englobement total des microbes Des gouttes d’cxsudat ne renfermant

(1) Annales de l'Institut Pasteur, t897, ï. XI, p. 37t.

IMMUiNlïÉ HAPIÜIC KT PASSAGÈRE COÎS’TRE LES MICROHES

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(|iie des vilR’ioiis iiitraphagocylaircs, transportées à l’étuve, donnaient des cultures abondantes. Les leucocytes mouraient en dehors de l’or-

gaiiisine, tandis que les vibrions vivaient et poussaient bien dans ces conditions, (certains leucocytes avaient triplé de volume et on voyait leur contenu composé uniquement de vibrions ti'ès seii'és. L’exsudât sous-cutané, retiré môme huit jours après rinjeclion des microbes, et ensemencé sur des milieux nutritifs, donnait encore des colonies vilnâoniennes.

L’action directe du sérum préventif sur les vibrions se réduisait donc à bien peu de chose. I^lle amenait leur immobilisationet une agglomération très faible, mais elle était incapable de transformer les vibrions en granules et de les détruire. On voit donc que, même dans ce groupe des vibrions, le rôle du phénomène de Pfeiffer est très limité. La destruction des vibrions se fait sûrement et définitivement sous l’iidluence des sérums spécifi(|ues, non [>as par une action directe des deux substances antibactériennes, mais bien par rintermédiairc des phagocytes. Avant que le fixateur, introduit avec le sérum préventif, amène au résultat, il faut que les leucocytes, impressionnés dans leur sensibilité, arrivent au point inoculé, qu’ils saisissent les microbes et sécrètent autour d’eux leur cytase. Ce n’est (ju’à la suite de ces actes, purement vitaux, que se produit la réaction chimique ou physico-chimique des substances qui interviennent dans la destruction des vibrions.

Dans ces conditions, il est facile de concevoir que si l’action vitale des phagocytes subit un retard ou une dépression, l’injection de sérum préventif sera incapable de préserver l’animal de la mort. M. Cantaeuzène ( l) qui a déjà fait une démonstration analogue pour les cobayes, vaccinés contre le vibrion cholérique par ces microbes ou par leurs produits, a exécuté des expériences nombreuses sur l’action de l’opium sur les cobayes neufs, inoculés avec des vibrions en meme temps qu’avec le sérum spécificpie. Avant d'injecter ce mélange, M. Cantaeuzène narcotisait ses animaux au moyen de la teinture d’opium. La grande majorité (4/5) des cobayes ainsi traités mouraient au bout do un ou plusieurs jours. La transformation des vibrions en granules, sous l’influence du sérum, se ])roduisait dans la cavité péri-', tonéalc, mais les leucocytes, à cause de l’action narcoti(pie de l’opium, ; étaient lents à venir. Arrivés dans le [)éritoine, ils étaient capables ,

(1) Anyiales de l'inslilul Idtsieiir, fS'JB. T. Ml, p. :290.

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d’englober les granules, mais refusaient d’une façon absolue de saisir les vibrions entiers, toujours assez nombreux dans les exsudais. Malgré l’apparition d’une quantité de leucocytes, ces cellules étaient encore trop faibles pour exercer une opposition suffisante aux vibrions. Ceux-ci augmentaienten nombre et se multipliaient jusqu'à la mort de l’animal. A ce moment, l’exsudât contenait une foule de vibrions très mobiles. Ouelquefois la lutte sepi-olonge. Les leucocytes affaiblis permettent un développement des vibrions, mais, après un temps plus ou moins long, ils se rétablissent et commencent à englober les microbes

avec vigueur.il s’ensuit la phagocytose ( omplèle,mais le cob;iye, utleiiit par les produits toxiques du vibrion, huit par succomber, malgré l’ab- -sencc de vibrions libres dans son corps.

L’analyse des phénomènes qui se produisent dans rorganisme, traité avec le sérum antivibrionien, nous montre que malgré un certain ellét direct des substances, renfermées dans celte huineni*, il reste encore tout un ensemble de processus, dans lesquels ce sont les porteurs des cytases, c’est-à-dire les phagocytes, qui remplissent le rôle essentiel. Et cependant le vibrion cholérique et ses congénères sont encore les microbes les plus sensibles à l’action bactéricide des humeurs. On concevra donc facilement que les microbes plus résistants subissent encore moins l'influence directe des sérums spécifiques. C’est ce que nous avons vu dans l’exemple du coccobacille typhique qui ne présente le phénomène de Pfcilfer,dans le liquide péritonéal phagolysé, que d’une façon atténuée. Les autres représentants du groupe des bacilles sont encore moins sujets à l’action directe des sérums. Ainsi dans ses études sur le bacille pyocyanique, M. Gheorghiexvsky (1) a constaté que les cobayes neufs, injectés sous la peau avec du sérum antiinfectieux spécifique, et inoculés dans le péritoine avec ce microbe, présentent les mêmes phénomènes que ceux que nous avons rapportés dans le huitième chapitre au sujet des animaux vaccinés. Il n’a jamais pu observer ni la dissolution des bactéries dans les humeurs de l'organisme, ni leur transformation totale en boules en dehors des phagocytes. La résistance, opposée par l’organisme, était toujours eu rapport direct de la rapidité d’apparition et du degré de la réaction phagocytaire.

Pour établir l’importance de chacun des facteurs qui agissent dans la préservation des animaux, soumis à l’influence du sérum spécifi-

(t) A /males de L’bistitut Pasteur, 1899. T. Xlll, p. 312.

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