‹ L'immunité par les leucomaïnesChapitre 29 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

On s'explique aussi par cette théorie Timmunité que l'on peut obtenir pour arriver à prendre un poison en s'habituant à son usage, et, en augmentant progressivement la quantité jusqu*à la dose mortelle.

Il importe, pour ceci, de distinguer les poisons dont la cause serait un microbe, et ceux chez lesquels on ne saurait admettre l'existence d'aucun microbe.

(1) Poison .'Nom générique de toutes les substances qui, introduites dans réconomie animale, soit par l'absorption cutanée^ soit par la respiration, soit par les voies digestives, agissent d*une manière assez nuisible, sur le tissu des organes, pour compromettre la vie ou déterminer très promptement la mort. (Ë. Littré.)

A cause du sens très large donné au mot poison par M. Littré, on peut observer que si tout empoisonnement par les microbes n'est pas ce qu'on appelle une maladie infectieuse, il n*en est pas moins vrai que toute maladie infectieuse se trouve comprise dans les empoisonnements qui sont causés par l'introduction dans l'organisme de microbes pathogènes. En raison de ceci, le chapitre ci- dessus, qui s'occupe de la loi d'accoutumance aux poisons qui contiennent des microbes, explique comment, pendant une épidémie, des individus peuvent rester indemnes, sans avoir pourtant contracté la maladie ni avoir été vaccinés. L'absence de cette sorte de vaccination naturelle par l'accoutumance explique pourquoi une épidémie est

Dans le premier cas, c'est-à-dire quand le poison est une substance renfermant des microbes qui, en s'introduisant dans l'organisme, vivraient en troublant ses fonctions, voici ce qui se passerait (1) :

Onsaitqu'ilfautcommencerpardonner,àlapersonnedevant s'habituer au poison, une très petite quantité que Texpérience a prouvé être inoffensive pour celui qui Tabsorbe.

Supposons donc que cette quantité renferme S microbes ; ces microbes introduits dans Torganisme vivront et mourront en laissant S leucomû'nes.

Le lendemain on introduira, par exemple, une quantité de poison renfermant 8 microbes, quantité que Ton sait à Tavance ne pouvoir, non plus, troubler l'économie.

De ces 8 microbes, 5 seront probablement tués par les 5 leucomaïnes qui se trouvent déjà dans Torganisme; les 3 restant vivront et laisseront 3 leucomaïnes : 5 M- 3 = 8 leucomaïnes.

Si, le lendemain, on introduisait une quantité de poison contenant 8 microbes, l'effet serait nul, car ceux-ci se trouveraient en présence de 8 leucomaïnes qui les tueraient.

Si la quantité de poison absorbée contenait 13 microbes, comme l'organisme contenait déjà 8 leucomaïnes, reffet produit n'aurait pour cause que 8 microbes, et serait donc pareil au premier cas, dans lequel, on le sait, il ne produit pas de troubles importants (2).

plus à redouter par les personnes qui entrent dans une viUe contaminée, venant d'une contrée saine. (L'Auteur.)

(1) Il est très possible que les propriétés toxiques de certains aliments qui ont éprouvé de la putréfaction ou quelque fermentation d'un genre inconnu, soient dues à quelque virus produit par un micro-organisme. Empoisonnements par le saucisson, le poisson gâté, etc., etc. (D' E. Klbin, Microbes et maladies^ p. 246.)

(2) Si nous fistisons usage de chiffres, c'est pour rendre notre idée plus

LOI D'AGCOUTUiMANCE AUX POISONS. 109

Voici ce qui se passe, lorsque par Thabitude on arrivé à pouvoir absorber une grande quanlilé de poison sans en ressentir les efTets. Les conditions ne sont plus les mêmes pour le sujet qui prend une forte dose de poison qui le tue, et pour un autre qui, prenant la même quantité, est indemne.

Chez le premier, Tantidote n'existait pas dans l'organisme ; chez le second, au contraire, l'antidote a été élaboré à l'avance.

Pour les poisons dont Faction ne peut pas être attribuée à des micro-organismes, l'explication est aussi très simple.

Afin que le lecteur se trouve mieux en mesure d'accepter mon interprétation, je transcris ici l'intéressante et belle expérience de M. Raulin.

M. Raulin a fait des cultures d'une espèce végétale, Vaspergillusniger, et étudié les différentes récoltes qu'elle produit, selon la nourriture qu'on lui donne et les substances qu'elle redoute le plus.

L'aspergillus niger appartient au groupe des mucédinées, dont les types les plus connus sont les moisissures vulgaires et qui sont composées d'un système radiculaire, nommé mycélium, vivant dans les profondeurs du milieu

saisissable. Si le microbe se reproduit il y aura toujours une même relation entre le nombre des semences et celui de la récolte. Si on sème 10 grains de blë, la récolte sera, par exemple, de 100, mais, si on en sème 5 seulement, la récolte sera de moitié.

La proportion des quantités étant toujours la même, notre interprétation reste admissible sous ce rapport. [Note de VAuleur.)

110 LIMMUNITI^: PAR LES LEUCOMAINES.

nutritif, et d*organes.de fructification formés en général d'une colonnette s'élevant dans Tair, et portant les fruits ou spores.

Les spores, ensemencés en terrain favorable, donnent bientôt des tubes mycéliens rameux, dont Tenchevêtrement forme une couche blanche et épaisse.

Cet aspergillus pousse très facilement sur le pain mouillé de vinaigre, sur le jus ou les tranches de citron, en général sur les fruits et les liqueurs acides.

M. Raulin a réussi à constituer un milieu favorable au développement de Taspergillus ce qui lui a permis de faire des expériences très intéressantes.

Le liquide que Ton désigne sous le nom de liquide Raulin est ainsi composé :

Eau \ 500«'.

Sucre candi 70

Acide tartrique 4

Nitrate d'ammoniaque 4

Phosphate d'ammoniaque. . , 0,6

Carbonate de potasse 0,6

Carbonate de magnésie 0,4

Sulfate d'ammoniaque 0,25

Sulfate de zinc. . . , 0,07

Sulfîite de fer 0,07

Silicate de potasse 0,07

A ces éléments, il faut ajouter l'oxygène de l'air dont la plante consomme de très grandes quantités. Elle a aussi besoin d'une température voisine de 35^ d'un air humide et convenablement renouvelé.

« Lorsque toutes ces conditions sont réunies, si on sèmeàla surface du liquide des spores du végétal, on voit, au bout de 24 heures, une membrane blanchâtre etcon-

Loi D'ACCOUTUMANCE AUX POISONS. m

tînue recouvrir le liquide. C'est le mycélium de la plante, La fructification commence le jour suivant. Au bout de trois jours, le cycle de végétation est complet...

« Comme il y a intérêt à obtenir le poids de récolte maximum pour une dépense déterminée de sucre, nous allons employer ces résidus à l'édification de tissus nouveaux. Pour cela, on enlève la plante, on sème de nouveau des spores sur le liquide reslant^et trois jours après on obtient une nouvelle récolte un peu plus faible que la première.

« L'ensemble des deux récoltes équivaut à 35 grammes de plante, pesée à l'état sec, et le liquide nutritif est alors complètement épuisé.

(( Avec ces éléments de succès, attaquons-nous au problème posé en commençant, cherchons, par exemple, par quel chiffre se mesure Tutilité de la potasse dans le liquide nourricier. Faisons vivre pour cela la plante dans deux cuvettes pareilles, renfermant, l'une du liquide Raulin complet, l'autre, ce liquide sans potasse. Dans le premier cas, il se produira, comme à l'ordinaire, à un gramme près, 28 grammes de plante. Dans l'autre nous en trouverons seulemenl 1 gramme. La récolte tombe donc au n de ce qu'elle était. Elle tombe de même au ^^ quand on suprime l'acide phosphorique, au ^ quand on supprime l'ammoniaque La suppression du zinc réduit

la récolte au iô de ce qu'elle est dans le liquide normal, en d'autres termes, la ramène de 25 grammes à 2^', 8. Se serait-on attendu à trouver dans le zinc un élément physiologique de cette importance? Et la quantité de sulfate de zinc employée est de 7 centigrammes, renfermant seulement 32 milligrammes de zinc. L'action de cette faible

quantîlé de métal suffit àproduire une plus-value de 32^,5 dans la récolte, c'est-à-dire qu'elle permet la formation d'un poids de plante 700 fois supérieur au sien.

« Cela n'est-il pas singulier?

« Cela ne le devient-il pas encore davantage, quand on songe que la plante, si sensible à Faction du zinc, est obligée de le puiser dans un liquide où il est dilué à la dose homœopathique du ^

« Nous venons de voir combien Taspergillus est sensible à Faction des éléments dont il réclame la présence, nous allons le trouver plus sensible encore vis-à-vis de ceux qu'il redoute. Ajoute-t-on au liquide nourricier ^^s^^ (un seize cent millième) de nitrate d'argent, la végétation s'arrête brusquement. Elle ne peut même pas commencer dans un vase d'argent, bien que la chimie soit presque impuissante à montrer qu'une portion quelconque de la matière du vase se dissout dans le liquide. Mais la plante, plus sensible que les réactifs, pourtant si sensibles de sel d'argent, accuse, en refusant de pousser, la présence du corps vénéneux. Elle accuse de même jsjJmmî de sublimé corrosif, ^ de bi-chlorure de platine, ^ de sulfate de cuivre.

« Un dernier fait expérimental nous reste à signaler. La plante ne contenant pas de matière verte, on peut être surpris de voir le fer au nombre de ses éléments nutritifs. La suppression de ce métal produit même des résultats du même ordre de grandeur que la suppression du zinc. LMntroduction de 1 gramme de fer dans le milieu nutritif amène une augmentation de plus de 800 grammes dans la récolle.

« Malgré cette ressemblance, le rôle du zinc et celui du

fer sont tout à fait différents. Le zinc enlre dans la plante comme élément constitutif de ses tissus. Le fer ne paraît utile que parce qu'il détruit ou annihile, au fur et à mesure de sa production, un poison sécrété par la plante. En s'accumulant dans le liquide, ce poison finirait par la tuer; c'est une de ces excrétions que tous les êtres vivants produisent et dont ils doivent à tout prix se débarrasser. Le fer rend à Taspergillus ce service. Le zinc est un aliment physiologique; il est, lui, un contre-poison physiologique (1). »

Nous avons vu l'action que des substances minérales peuvent exercer sur la végétation de l'aspergillus niger. Maintenant, il faut, pour arriver à notre but, c'est-à-dire à Texplication de la loi d'accoutumance aux poisons qui ne sont pas des microbes, accepter l'hypothèse de l'existence dans l'organisme de germes ou de microbes (2).

(1) E. DucLAUx, Le Microbe et la maladie, chap. IV.

(2) Voici quelques-unes des conclusions qui terminent un mémoire présenté par M. Béchamp à l'Académie de médecine le 20 avril 1886 :

« 1° L*intérieur des corps vivants n'est point quelque chose de passif, plus ou moins comparable à un vase rempli de matériaux fermentescibles ; et 1 n'y a pas, primitivement, de germes morbifiques dans l'air, dans l'eau, dans la terre.

' tt 20 L'organisme vivant l'est, dans toutes ses parties, non grâce à des qualités occultes... mais bien en tant que formé par des éléments anatomiques vivants per se... qui sont les microzymas.

« Z° L'organisme ne contient pas de germes de microbes atténués latents ou manifestés qui lui seraient étrangers... Mais les microzymas de ces différentes régions et orgaues deviennent, dans certains cas, ce que Ton appelle improprement du nom de microbes.

« 4° Le corps vivant n'est pas réfractaire à l'introduction de micro-organismes du dehors, etc. » (Béchamp, Bulletiîi de VAcadémie de médecine. Séance du 20 avril 1886, p. 577.)

On pourrait expliquer la coexistence du bacille-virgule et du processus cholérique, en supposant que raffection cholérique modifie tellement les conditions vitales de l'intestin, qu'une des nombreuses espèces de bactéries, qui se rencontrent à l'état normal dans l'intestin, se transforme en bacillevirgule, etc. [Recherches sur le microbe du choléra asiastique, par le docteur E. Van Ermengen.)

Celte hypothèse peut être admise sans difficulté, puisque la plupart des micrologues ont constaté l'existence de germes ou de microbes dans l'organisme animal.

L'explication, dès ce moment, devient pareille à celle du premier cas : le poison introduit dans l'organisme agirait en déterminant la naissance des germes ou bien en augmentant laVécolte des microbes dont nous avons admis la présence (1).

Une petite quantité de poison agirait sur un petit nombre de microbes et l'effet toxique serait dû à l'action de ces microbes comme dans le premier cas. Ces microbes laisseraient leurs leucomaïnes : une quantité plus grande de poisoii développerait une quantité plus grande de microbes, et ceux-ci tant par leurs propres leucomaïnes que par celles de leurs précédents, finiraient par mourir en laissant aussi leurs leucomaïnes.

La somme des leucomaïnes des deux premières doses servirait à détruire, en partie ou en totalité, l'action toxique de la troisième dose, et ainsi de suite.

Au moyen de l'expérience de M. Raulin, nous pouvons aussi expliquer le phénomène de l'accoutumance aux poisons. Supposons l'existence de germes de l'aspergillus dans l'organisme animal, et introduisons comme poison le liquide Raulin, privé de fer, à cause de l'action que

(1) Une expérience faite par Koch, en cherchant le bacille -virgule du choiera, semble venir à l'appui du développement des microbes dus à la présence des poisons, et qui nous a servi pour expliquer Taction de ces derniers.

« Il y a plus encore : comme je connaissais les symptômes toujours complexes d'un empoisonnement par l'arsenic, j'intoxiquais des animaux avec cette substance, et après leur mort j'en fis l'autopsie. Je découvris de grandes quantités de bactéries, mais pas de bacilles-virgules. >» (D' Koch. Séance du Conseil impérial de Berlin, 26 juillet 1884.)

celui-ci exerce sur les leucomaïnes dont nous cherchons la présence.

Ceci fait, admettons que la récolte type de Taspergillus privé de fer soit dans une quantité de liquide égale à celle dont nous avons parlé plus haut (2»"-, 80).

Supposons encore que le nombre des germes soit illimité dans l'organisme et, par conséquent, que la récolte soit de même limitée par la quantité de liquide nourricier comme il arrive dans l'expérience de M. Raulin; et que Taspergillus élabore un poids de substance de leucomaïnes égal à celui de la récolte delà plante.

Si, ces prémisses acceptées, nous introduisons dans l'organisme, où nousavons supposé l'existence de germes de l'aspergillus, la moitié de la quantité qui a servi de type à M. Raulin^ nous avons une récolte moitié moindre, soit :

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