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CINQUIÈME PARTIE

Conclusions

Conclusions théoriques

Nous ne nous dissimulons pas combien peut être hasardeuse et délicate l’interprétation des résultats que nous venons de rapporter. Ils sont rarement concordants, souvent divergents, parfois contradictoires.

On ne saurait s’en étonner. Ils sont obtenus dans des con-

ditions expérimentales si différentes! Presque avec chaque auteur, nous voyons varier les sujets d’expériences, depuis la souris jusqu’au cheval, en passant par l’homme, Les

antigènes ne sont pas plus constants : bactéries, virus fil- {rants, toxines microbiennes ou végétales, venins, subslances chimiques sont tour à tour utilisées. Les tests de l'immunité offrent la même diversité : tantôt anticorps (agglutinines, précipitines et hémolysines), tantôt résislance à des doses mortelles de virus.

I nous faut bien noter aussi que nombre des expériences entreprises, jadis très probantes, prêtent aujourd’hui à la

critique. Telles sont celles qui mettent en jeu des virus

classés depuis dans le groupe des antigènes microscopiques

et filtrables susceptibles d’une transmission à travers un placenta non altéré. Les mêmes réserves doivent être for- mulées en ce qui concerne toute tenitative expérimentale

utilisant des bactéries génératrices de formes granulaires filtrables (B. tuberculeux, B. d’Eberth, B. dysentérique). Toutefois, parmi toutes ces variables, certains faits nous paraissent relativement constants. Ils n’en ont qu'une plus grande valeur. C’est à les mettre en évidence que nous nous sommes attaché. Et c’est à leur lumière que nous exposerons notre conception de l’immunité transmise.

C’est de sa mère que le jeune reçoit toutes les immunités qu'il présente dans les premiers mois de la vie. Le rôle du père n’a jamais été établi d’une façon certaine.

On admettait jusqu’à présent que la transmission s’effectuait uniquement par voie placentaire. Nous pensons avoir suffisamment démontré que la voie digestive, par l'intermédiaire du lait et surtout du colostrum, joue un rôle au moins aussi considérable.

Ce rôle du colostrum nous paraît tout à fait remarquable. Ce produit est élaboré dès le début de la gestation. Il contient, en très grandes proportions, les substances protéiques (globulines) auxquels les anticorps s’adsorbent le plus facilement.

Au cours de la gestation, les anticorps s'accumulent dans la glande mammaire, à tel point que leur proportion est parfois bien supérieure dans le colostrum à celle du sérum maternel.

Dès l'accouchement, le colostrum est offert au jeune au moment où ce dernier est le plus apte à absorber les anticorps qui s’y trouvent. Ne peut-on penser, dans ces conditions, que la transmission de l’immunité constitue la fonction essentielle du colostrum ?

Ainsi l’immunité transmise nous apparaît-elle comme s'élaborant à tous les stades du développement de l'être. Le plus souvent, c'est au cours de la vie utérine qu’elle s'établit. Dans les jours qui suivent la naissance, ‘elle s'achève; absente à ce moment, elle se constitue entière-

ment; seulement ébauchée, elle se complète; déjà constituée, elle se renforce. Et c’est ainsi que le rôle du colostrum et du lait, qu'il soit initial ou secondaire, demeure capital.

Conclusions pratiques

Parmi les faits que nous avons isolés, il en est qui comportent des applications pratiques.

I. L’immunité de la mère est susceptible d’être transmise au nouveau-né. |

Chez l'animal cette transmission est constatée par un

nn nombre d'auteurs, chez des sujets très différents, et

vec les antigènes les plus divers.

ea l'homme elle n’a, jusqu’à présent, été obtenue que

dans le tétanos par Nattan-Lairier, Ramon et Grasset (1925).

Les notions que nous possédons sur l’immunité transmise nous autorisent à penser qu'elle est réalisable dans bien d’autres cas, tant chez l’homme que chez l’animal.

IL. Le colostrum joue un rôle important dans la transmission de l’inmunité.

1° Le rôle du colostrum est, d’une façon générale,

si important que dans les essais de transmission qui pour-

ront ultérieurement être tentés on devra toujours envisager le rôle de la voie digestive qui est capable de remplacer

ou de compléter une transmission placentaire absente ou

insuffisante.

2° D'autre part, nous avons établi que :

a) Le colostrum peut renfermer des anticorps;

.b) Le nourrisson est capable de les absorber.

Nous ne possédons encore aucune notion précise sur les substances immunisantes du colostrum et du lait de la femme normale (c’est-à-dire celle qui n’a pas acquis, par

tefois, nous savons que tout individu adulte possède des

immunités acquises qui lui permettent de résister aux mul-

tiples agents infectieux qui l’assaillent sans cesse. Or, ne pouvons-mous admettre que ces immunités acquises se

traduisent par la présence dans le sang maternel, sous une forme plus ou moins facile à déceler, de substances à

immunisantes ? Ces substances ne sont-elles pas aussi. capables que les divers anticorps que nous avons étudié de

passer dans le lait, et du lait dans l’économie du jeune ? L °

C'est pourquoi nous estimons que l'enfant ne doit jamais être privé du colostrum maternel. On ne saurait enlever à

un être aussi fragile cette possibilité d'acquérir, à si peu

de frais, une ou plusieurs immunités, fussent-elles partielles et transitoires.

vaccination ou il idie: une immunité particulière). Tous

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