VII. — OBSERVATION DE VITRAC JUNIOR
Hydrometrocolpos congénital par imperforation de l’hymen Accidents de compression dès la naissance.
Rétention de 200 grammes de mucus.
Due à l’obligeance de M. le docteur Vitrac Junior (de Libourne)
Mme M..., âgée de 32 ans el demi, mit au monde le 7 décembre 1899, à terme, un enfant du sexe féminin. C'était sa quatrième grossesse, deux enfants étaient nés prémalurément à sept mois (26 et 28 ans) ; puis, elle avait fait à 30ans une fausse couche de deux mois. En juillet 1898, j'avais opéré Mme M..., d'un volumineux kyste hydatique de la face convexe du foie (1.040 grammes, ponction et injection de liqueur de Van Zwielen): elle était complètement guérie quand elle devint enceinte pour la quatrième fois. Gelte dernière grossesse avait été normale. Pas de syphilis.
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L'enfant est né pelit et chélif, avec une peau dure et ratalinée qui a fait croire Lout d’abord qu'il était atteint de sclérème. C'est même cela qui a empêché dès le début, qu'on altachàt de l'importance à deux symptômes de grande valeur, qui indiquent bien, que la tumeur vaginale était déjà constituée, savoir de l'œdème de tout le membre inférieur gauche et la saillie anormale de la-vulve et du périnée, qui bombaient entre les cuisses et qui étaient également œdematiés.
Pendant les deux premiers jours, l'enfant crie et refuse le sein ; le troisième jour, le docteur Petit, remplaçant mon père, le docteur E. Vitrac, constate que le ventre est très distendu et très résistant; cependant le méconium a été bien expulsé et il y a eu même quelques selles verdàtres.
Le quatrième jour, je vois l'enfant avec le docteur E.Vitrac. La peau du ventre est violacée, amincie, (très tendue, comme prête à se rompre. L’abdomen renferme une tumeur globuleuse élastique, mate, qui remonte jusqu’à travers de doigt au dessus de l’ombilie. Nous pensons aussitôt qu'il s'agit d'une vessie distendue, el ce qui nous confirme dans celle opinion, c'est que la nourrice el la sagefemme se rappellent avoir remarqué que les linges de l’enfant n’ont pas été jusqu'à présent souillés par l'urine.
C’est alors que nous examinons la vulve, croyant y rencontrer quelque vice de conformation de l'urêtre.
Toute la vulve, le périnée et l'anus pointenten bas entre les cuisses les grandes lèvres sont saillantes el épaissies ; elles descendent jusqu'à 2 centimètres au dessous du pli génito-crural. Au-dessous de la fourchette, l'anus est sail- Jant en avant et béant; à travers son orifice, on voit bomber la paroi antérieure du rectum.
Le clitoris est normal et, entre les petites lèvres on voit la paroi vaginale qui bombe et qui présente au milieu une pelile trainée rougeûtre. Je crois à tort que nous avons sous les veux la paroi postérieure du vagin, et que cette traînée n'esl qu'une ecchymose, car la coloration de toute la vulve
et du périnée est rouge et violacée, absolument comme la peau de l'abdomen. En déprimant ce que nous croyons être la paroi postérieure du vagin,on hbère le bord inférieur du pubis: dans notre idée, c’est par là que doivent se trouver et l'urètre et l’orifice vaginal. Et, en effet, nous pouvons arriver à insinuer une sonde qui, rencontrant le méat remonte dans l’urètre et puis laisse écouler, après 4 à 5 centimètres de trajet, une urine claire et limpide.
La vessie contenait 450 centimètres cubes d'urine qui furent évacués en plusieurs fois, la sonde laissée à demeure étant alternativement bouchée et débouchée.
L'enfant cessa presque aussitôt de crier et parut vouloir téter, l'abdomen diminua beaucoup de volume, ainsi que la saillie du périnée et des grandes lèvres, nous pensâmes que les modifications de ces régions étaient provoquées par un œdème dur, ainsique par une infiltration de la cloison recto-vaginaie, dont là cause nous semblait devoir être la même que celle de l'œdème du membre inférieur gauche, mais qui restait somme touteinexpliquée. Peut-être la rétention d'urine dans la vessie était-elle l’origine d’une compression qui avail atteint tous les vaisseaux du petit bassin et les vaisseaux iliaques gauches? Mais alors qu’elle était la cause de cette rétention ? C’est sur quoi nous ne pouvions pas nous prononcer. Z
Les jours suivants, l'enfant sembla se remonter peu à peu ; l'œdème de la cuisse gauche avait disparu ; le périnée et la vulve étaient moins saillants, mais il n’y avait pas de miclions spontanées. Il fallait pratiquer des cathétérismes deux fois par jour. En outre on remarqua que, même lors que la sonde avait expulsé le contenu de la vessie, le basventre était le siège d’une tuméfaction manifeste.
C’est alors que je revis le bébé. A (rois travers de doigt au dessus du pubis, on sentait une tumeur dure, dont le bord supérieur était arrondi en demi-cercle ; comme c'était cette tumeur qui augmentait et diminuait alternativement dans des intervalles des cathérismes, il s'agissait assuré-
ment de Ja vessie, mais d’une vessie pathologiqueet géante car il était difficile d'expliquer autrement la résistance de cet organe et son volume, excessif même à l'état de vacuité. En outre, au dessus de la vessie, on sentait nettement une tumeur qui dépassait l'ombilic; au devant d'elle, les anses inteslinales venaient se loger et masquer en partie ses divers caractères. Elle paraissait plonger en arrière de la vessie et être absolument immobilisée. La consistance paraissait être un peu élastique, mais dure, si bien que, ayant agité la question de l'opportunité d’une ponction, nous crûmes qu'elle était inutile, tellement la solidité de la tumeur nous paraissait indéniable.
A ce moment, je n’eus plus l'idée de pratiquer un nouveau toucher rectal (que j'avais déjà fait lors du premier examen), et, quant au gonflement du périnée et des grandes lèvres qui avait persisté, quoique très diminué, je crus devoir maintenir qu'il s'agissait seulement d’une infiltration œdémateuse très tendue.
Je répèle que je croyais la paroi recto-vaginale œdémaliée, et l'orifice vaginal tout à fait normal.
C'est là évidemment la cause de notre erreur. et j'avoue ne pas avoir pensé que la tumeur abdominale pt être le prolongement supérieur d’une tumeur liquide du vagin.
ën résumé, je pensais que nous étions en présence d'une tumeur solide congénitale du bassin et de l'abdomen, ayant déterminé à la fois :
Par compression de l’urètre ou du col de la vessie, la rélenlion d'urine.
Et, par compression des vaisseaux hypogastriques et iliaques externes, les troubles trophiques du périnée et du membre inférieur gauche.
Dans notre idée, la vessie dure, épaisse, et restée si volumineuse en état de vacuité, devait avoir des connexions intimes avec la tumeur incriminée.
Dans ces conditions, la thérapeutique nous parût devoir être uniquement symptomatique.
Ronan
Les cathétérismes furent donc continués régulièrement, el, du reste, à plusieurs reprises l'enfant urina spontanément.
Mais peu à peu l'état général s'était aggravé.
Les urines devinrent purulentes, et quelques foyers de broncho-pneumonie firent leur apparition.
Le 11 janvier 1900, trente-trois jours après la naissance, je fus appelé pour faire l’autopsie.
Il y avait du pus un peu partout dans la cavité abdominale, et, surtout dans le voisinage du rein gauche.
Toutefois, il n’y avait aucune adhérence entre les anses intestinales et la surface de la tumeur vaginale.
La cause immédiate de la mort à été une péritonite généralisée conséculive à une perforation du bassinet gauche, celui-ci ayant été infecté par voie ascendante.
J'ajoute au’aucun organe, en dehors de l'appareil génital, n'était atteint d’une anomalie quelconque.