‹ L'impérissable [comédie en deux actes]Chapitre 10 sur 13 · DUCROS, EDOUARD · texte numérisé non relu

DUCROS, EDOUARD

\'ous savez ce qui m'amène r

DUCROS

Je m'en doute.

EDOUARD

.Monsieur Leclercq sort de la Chambre.

DUCROS

Vous en venez ?

EDOUARD

Oui.

DUCROS

Eh bien r

EDOUARD

Soyez satisfait.

DUCROS

Il est perdu ?

EDOUARD

Perdu.

DUCROS

Enfin !

EDOUARD

Pas une main ne s'est tendue vers lui.

.\-t-il parlé en faveur de sa maison de Dunkerque r

EDOUARD

On a demandé le renvoi de la discussion. Le billet à ordre dont vous pariez dans votre article et qui serait avalisé par le Directeur de cette compagnie, vous l'avez r

DUCROS

Je l'ai.

EDOUARD

Comment est-il entre vos mains r

DUCROS

Peu importe. Je l'ai.

EDOUARD

Vous ne vous en servirez pas. Vous n'attaquerez plus Leclercq.

DUCROS

Qui m'en empêcherait r

KDOUARD

Song-ez au scandale, à Juliette, à notre mariage!

DUCROS

Si vous aimez réellement ma fille, vous l'épouserez malg-ré tout.

C'est vrai. Ne parlons donc que de Monsieur Leclercq. C'est de lui seul qu'il faut nous occuper... car le temps presse. Soyez généreux. . . ayez pitié de lui.

DUCROS

Ah !.. . Ah !.. . voilà du nouveau.

ÉDOLARD

j'ai voulu tenter une démarche auprès de vous.

DUCROS

Corvée inutile !

EDOUARD

Écoutez-moi d'abord. . .

DUCROS

A quoi bon r .Mon siège est fait.

EDOUARD

Écoutez-moi. je vous assure que l'heure est solennelle. Quelque opinion que vous ayez sur Leclercq, il vous faut reconnaître que c'est un homme énergique et résolu. . .

DUCROS

Ce qui signifie., .r

•EDOUARD

Tout à l'heure, en sortant de la Chambre, il m'a dit : « Si cet article paraît demain, je n'ai qu'un parti à prendre. »

DUCROS

Filer en Belgique >

Me tuer !

DUCROS

Rassurez-vous. Il démentira mon article. Il m'attaquera dans

ses journaux. Il me traînera en correctionnelle. Il ne se tuera pas.

EDOUARD

je VOUS dis, moi, que si je reviens vers lui sans une promesse de silence de votre part, il se tuera.

DUCROS

Qu'il se tue !

EDOUARD

Songez à ce malheureux qui m'attend près d'ici et à qui je vais rapporter un arrêt de vie ou de mort.

DUCROS

Allons donc ! C'est une dernière comédie qu'il vous fait jouer auprès de moi ; je n'en serai pas dupe. Si je ne l'écrasais pas aujourd'hui, demain il n'en aurait que plus d'arroi^ance à mon endroit. Allons, finissons-en. . . adieu.

EDOUARD

Vous voulez vous venger, n'est-ce pas r

DUCROS

Oui. . . et j'attends depuis cinq ans cette heure.

EDOUARD

Eh! bien, M. Leclercq est à bout de ressources. Il a des échéances auxquelles il ne peut pas faire face. Il court à la faillite. (^)ue vous faut-il de plusr

DUCROS

Oh !. .. C'est un vieux renard qui a plus d'un tour dans son sac II saurait encore se tirer de ce mauvais pas. Sa femme lui viendrait en aide. Klle l'adore... l^Ile me Va dit avant-hier.

i';d()uakd \'()us voulez donc qu'il meure?

DUCROS

Il ne se tuera pas.

EDOUARD

Avant une heure peut-être vous regretterez vos paroles.

DUCROS

C'est ce que nous verrons.

EDOUARD

Une dernière fois. . .

DUCROS

Une dernière fois cessons cet entretien. J'ai trop ardemment souhaité ma vengeance pour y renoncer quand je la tiens enfin.

EDOUARD

Ainsi rien ne peut vous toucher, vous fléchir r

DUCROS

J'ai pris une détermination sur laquelle je ne reviendrai pas.

Alors,... adieu.. .

DUCROS

Adieu ...

EDOUARD

Puissiez-vous n'avoir jamais à vous repentir de vous être montré sans pitié.

(// sort.)

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